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COVID-19 : les sous-entendus du confinement...

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Epidémiologie

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Prendre du recul pour voir autrement, pour changer de perspective, n’en aurions-nous pas un peu besoin ? Le confinement, avec son acolyte Covid-19, sont actuellement les quasi-uniques sujets de la toile et des médias. Partons des mots ! Et voyons ce que "confinement" nous dit, sous la couverture.

confinement grotte

Partons des mots ! Et voyons ce que "confinement" nous dit, sous la couverture. Au-delà de la situation actuelle et en substance, le confinement questionne notre humanité avant tout.

Comment faire aujourd’hui ? Comment le monde changera demain ? Quelles seront les prochaines mesures ? Qui croire ? Nous voilà envahis de questionnements et d’injonctions à "ne pas faire", "d’avis d’experts", de points de vue de monsieur-tout-le-monde, chacun ajoutant son grain de sel aux controverses, incohérences, scandales actuels et projections futures. Il en résulte un trop plein d’informations, alimentant une vaste contagion émotionnelle. Il en résulte, en surface, une situation kafkaïenne où l’absurde a pris les rennes. Avec, au plus vif du sujet, les professionnels non confinés travaillant aussi bien que possible dans de telles circonstances. Partons des mots ! Et voyons ce que "confinement" nous dit, sous la couverture.

Un confinement, c’est avant tout une mise à l’écart

Le dictionnaire de l’Académie française définit le confinement comme l’action de confiner dans un lieu, c’est-à-dire de reléguer dans un endroit précis, dans un espace délimité. Il cite deux exemples courants depuis le XVème siècle : le confinement d’un prisonnier dans sa cellule et celui d’un malade dans sa chambre. Un confinement permet donc de mettre à l’écart les malades et les condamnés. Cette définition se rapporte directement à l’étymologie du mot cum-finis signifiant "qui a la même frontière".

La plupart des autres dictionnaires ajoutent une définition "par extension" : "procédure de sécurité visant à protéger des personnes dans des espaces clos afin d’éviter, un contact avec un nuage nocif (de gaz ou radioactif) ou la propagation d’une maladie infectieuse". Le confinement est désormais le fait d’imposer une frontière pour sécuriser, pour faire barrière face à un danger.

Là où la France, l’Italie, l’Espagne, l’Inde, par exemple, décident de mettre à l’écart la population, de la confiner pour préserver la santé (sous-entendu parce que le covid-19 est partout, invisible et dangereux), d’autres pays comme l’Allemagne, la Corée, la Norvège, la Suisse, décident de ne confiner que les personnes testées positives et les malades.

Mise à l’écart du virus, ou de la population ?

Lors de son allocution le 11 mars 2020, Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur Général de l’OMS annonce deux raisons amenant l’OMS à qualifier le Covid-19 de pandémie : nous sommes ‎profondément préoccupés à la fois par la propagation et la gravité ‎des cas, dont le niveau est alarmant, et par l’insuffisance des ‎mesures prises qui l’est tout autant.‎ Nous avons par conséquent estimé que la COVID- 19 pouvait être ‎qualifiée de pandémie. Seule la dernière phrase sera reprise pour légitimer notamment les mesures de confinement pour la population en France. Quelques jours plus tard, le 17 mars, le gouvernement français déclare le confinement pour la population en France comme "mesure sanitaire", restreignant les contacts humains et les déplacements pour l’ensemble de la population, à quelques exceptions près, plus ou moins clairement définies. L’objectif officiel est de préserver la santé (sanitas) de la population face au Covid-19.

Là où la France, l’Italie, l’Espagne, l’Inde, par exemple, décident de mettre à l’écart la population, de la confiner pour préserver la santé (sous-entendu parce que le covid-19 est partout, invisible et dangereux), d’autres pays comme l’Allemagne, la Corée, la Norvège, la Suisse, décident de ne confiner que les personnes testées positives et les malades.

Deux choix bien différents : mettre à l’écart le virus ou la population

Cela ne s’organise pas de la même manière, les conséquences de ces choix étant aussi très différentes. Au-delà de la décision,  ces deux tendances révèlent surtout des états d’esprit diamétralement opposés et des référentiels culturels distincts !

Le confinement dévoile les arbitrages culturels

La situation actuelle révèle notre hiérarchie de principes culturels, avec ses forces et ses failles. L’idée n’est pas de juger quel gouvernement ou quelle culture aurait tort ou raison, l’idée est de montrer en quoi une même situation amène des choix, des mesures et des comportements différents.

A un premier niveau, national, certains pays optent pour que chacun tienne ses distances face à chacun. Ceci nécessite surtout esprit civique et discipline, grandement facilité en situation de faible densité ou dans les zones où se déplacer avec un masque fait déjà partie des mœurs habituelles. Les écoles sont fermées, le télétravail favorisé lorsque c’est possible. Les rythmes de vie dans tous les secteurs ralentissent, mais ils se poursuivent. D’autres pays, dont la France, tranchent pour la mise à distance de la population dans son ensemble. Le quotidien national est profondément chamboulé, avec une mise à l’arrêt totale de certains secteurs d’activité et un exode massif des citadins. Quelles en seront les conséquences concrètes, économiques, émotionnelles, psychiques, à terme ?

A un autre niveau, individuel, nous nous répartissons entre plusieurs typologies de réactions. Ceux qui souffrent du confinement, de la promiscuité, du temps à disposition ou au contraire du manque de temps, de la réduction d’échappatoires quotidiennes, des anxiétés cumulées, du face à face à la violence d’aujourd’hui ou à l’incertitude de ce que sera demain. D’autres se disent à l’aise avec cette situation : ils découvrent et accueillent d’autres manières de gérer leurs temps de vie personnel et professionnel, retrouvent une présence de qualité avec leurs proches, identifient ce qu’ils ne souhaitent plus revivre dans "l’après" et ce qu’ils aimeraient maintenir.
D’autres encore continuent leur quotidien, sans trop de chamboulements et sans pâtir de la situation, si ce n’est l’adaptation aux contraintes extérieures ; pour eux, confinement n’est pas synonyme de réclusion.

A un premier niveau, national, certains pays optent pour que chacun tienne ses distances face à chacun. Ceci nécessite surtout esprit civique et discipline, grandement facilité en situation de faible densité ou dans les zones où se déplacer avec un masque fait déjà partie des mœurs habituelles.

Vous avez dit "services essentiels" ?

A un troisième niveau, les services dits "essentiels" montrent une étonnante disparité ! Essentiel signifie indispensable, primordial, dont nous ne pouvons nous passer. Dépassons le stade initial de survie qui inclut un lieu où s’abriter, de quoi manger et boire, et de quoi communiquer avec autrui et assurer la reproduction de l’espèce. En tant qu’anthropologue, j’ajouterai la dignité et la reconnaissance, la liberté de mouvement et de création, la mise au monde et la fin de vie respectables et respectées, l’hygiène de vie comme rapport Sacré au quotidien, pour ce qui est du plus fondamental.

Tiens, nous n’y sommes déjà plus vraiment : le confinement de la population saine (ou non testée) est déjà une atteinte momentanée à nos droits fondamentaux. C’est sur cet aspect que la Suède a renoncé au confinement, sachant les suédois aptes à adapter les distances sociales pour maintenir leur droit inaliénable de liberté de mouvement.

Tiens, l’hygiène, cette notion à la fois universelle et très variable selon les cultures ! Mise en place systématiquement de frontières physiques pour certains, recherche et maintien d’un équilibre de vie pour d’autres, comme je le décris en détail dans mon ouvrage L’Esprit des mots.

Tiens, l’hygiène ne permettant pas aux professionnels non confinés d’accéder au matériel de première nécessité à l’exercice de leur profession.

Tiens, les librairies sont fermées là où les bureaux de tabac restent ouverts.

Tiens les marchés de producteurs locaux sont interdits dans de nombreuses villes là où les supermarchés entassent les clients aux caisses.

Tiens, le train continue de circuler en France alors que l’Inde a supprimé tous les trains de voyageurs pour les reconvertir momentanément en lits supplémentaires aux abords des hôpitaux surchargés. Est-il essentiel de partir en vacances malgré le confinement ou de trouver des lits supplémentaires pour les personnes positives et malades ?

Cette période de confinement, avec les mesures sanitaires et le choix de services essentiels retenus, questionne : l’efficacité globale des dispositifs passés et actuels, la cohérence réelle du dispositif, les volontés profondes des décisions prises. Loin de proposer une analyse approfondie, il s’agit d’une perspective, parmi d’autres. Au-delà de la situation actuelle et en substance, le confinement questionne notre humanité avant tout.

L'esprit des mots pour retrouver sens et cohérence

L'esprit des motsExplorations personnelle et anthropologique. En quoi l'utilisation des mots anodins et galvaudés nous impose-t-elle une pensée uniformisée et manipulatoire? Pourquoi est-il indispensable de mettre à jour notre lecture du monde? Comment s'allier aux mots pour retrouver du sens et changer la donne au quotidien? Mêlant anecdotes personnelles et réflexions anthropologiques, Audrey Chapot décrypte, interpelle et met en perspective ce que les mots montrent de notre civilisation et de notre époque, à notre insu. Au-delà du constat, son approche singulière et multifocale invite chacun à dépasser les dérives et fausses promesses ambiantes pour agir en conscience : elle propose de réinvestir les mots pour se réinvestir soi-même.

L'esprit des mots, Audrey Chapot, Books on Demand, 384 p., novembre 2019

Anthropologue hybridewww.audreychapot.comauteur de L’Esprit des mots, BoD, 2019.

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