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Crise des urgences : les infirmiers feront-ils baisser la tension ?

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Compétences infirmières

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La ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a choisi le CHU de Poitiers pour annoncer de nouvelles mesures visant à améliorer la situation des urgences, en crise aigüe depuis plusieurs mois, en attendant une autre série d'annonces la semaine prochaine. La ministre mise notamment sur le soutien à la médecine de ville pour désengorger les urgences, mais aussi largement sur les compétences des infirmiers avec la possibilité pour les personnels paramédicaux des urgences de prescrire de la radiologie ou de faire des sutures ou encore, à un peu plus long terme, la création d'Infirmiers de Pratique Avancée (IPA) Urgences, en formation dès la rentrée 2020. Le collectif Inter-urgences continue à déplorer que la pénibilité du métier ne soit pas elle-aussi au coeur des discussions.

Buzyn Mesnier

Pour que les urgences, premier réflexe des patients, deviennent leur dernier recours, Agnès Buzyn a annoncé une première salve de mesures issues des recommandations de Pierre Carli, chef du Samu de Paris, et Thomas Mesnier, député LREM, dans le cadre de la mission qui leur a été confiée en juin. Tous deux étaient chargés d'un rapport sur les structures d'urgences, alors que depuis bientôt 6 mois, un mouvement de grève inédit s'est étendu à près de la moitié des services du secteur public - 233 selon le collectif Inter-Urgences qui en est à l'origine, 195 selon le ministère de la Santé. C'est pour tenter de répondre à cette crise que la ministre a fait le déplacement dans un établissement qui a fait preuve d'inventivité pour lever un peu les tensions. Agnès Buzyn a ainsi annoncé une batterie de mesures qui fonctionnent, qui sont consensuelles (et) remontées du terrain

Accédez à l'ensemble des services d'urgences en grève via cette carte interactive mise à jour régulièrement par le collectif Inter-Urgences. Retrouvez en bleu, les services d’urgence en grève, en vert, les contacts en cours et en rouge, les services qui ont manifesté leur soutien au mouvement :

La ministre entend s'appuyer sur les compétences infirmières 

Fluidifier les urgences, c’est aussi libérer du temps médical et s’appuyer sur la grande compétence des paramédicaux : c’est pourquoi Agnès Buzyn a décidé de donner un coup d’accélérateur aux protocoles de coopération. Les personnels paramédicaux des urgences auront ainsi le droit de faire des gestes qu'ils ne peuvent pas faire aujourd'hui, comme prescrire de la radiologie (ou) faire des sutures, ce qui leur permettra de toucher une prime de coopération de 80 euros net par mois, a-t-elle annoncé. A plus long terme, le nouveau métier d'infirmier de pratique avancée, avec des compétences élargies (diagnostic à l’aide d’un algorithme, réalisation d’actes techniques en autonomie, prescription d’imagerie), sera étendu à la spécialité "urgences", avec de premières formations à partir de l'automne 2020, et de premiers soignants diplômés en 2022.  

Soutenir la médecine de ville comme premier recours pour les patients 

Agnès Buzyn propose également d’encourager l’émergence d’une offre en ville avec l’ouverture dès maintenant pour les SAMU de la possibilité de déclencher, sous certaines conditions, un transport sanitaire pour emmener un patient vers un cabinet de ville ou une maison de santé, et de sortir du « tout urgences » auquel sont contraints actuellement les SAMU ; elle propose également l’élargissement aux cabinets de médecins libéraux et aux maisons de santé de la possibilité de pratiquer directement certains examens de biologie dite ‘’délocalisée’’, pour permettre au patient de réaliser ses examens dans le même lieu à l’issue d’une consultation et d’obtenir un résultat dans des délais courts . Enfin la mise en place du tiers-payant pour la part Assurance maladie obligatoire des actes réalisés dans le cadre de la garde des médecins de ville et des Maisons médicales de garde, devrait permettre d'abolir les freins d’accessibilité financière à cette offre.

Pour "réduire au maximum les passages des personnes âgées" aux urgences, elle entend aussi généraliser des filières d'admission directe, promettant à la clé une incitation financière, une forme de bonus aux hôpitaux qui (les) mettront en place. La ministre souhaite encore développer une vidéo-assistance entre les Ehpad et le Samu, pour éviter des hospitalisations en cas de pathologies bénignes.

La minstre avait choisi de se rendre au CHU de Poitiers pour mettre en avant un système informatisé de gestion des lits utilisé par l'établissement. Ce logiciel, qui permet d'identifier plus rapidement les lits disponibles, pourrait être étendu à d'autres établissements.

D'autres mesures à venir dans un contexte de méfiance 

Lundi 9 septembre, la ministre recevra tous les acteurs hospitaliers et libéraux ainsi que les partenaires sociaux et le collectif Inter-Urgences, pour compléter et formaliser un ensemble de premières mesures, propres à refonder le modèle de soins d’urgences, en cohérence avec l’engagement de l’ensemble des professionnels de santé de la ville et de l’hôpital. Sans attendre, plusieurs organisations de médecins hospitaliers ou urgentistes ont toutefois décidé lundi de rejoindre la mobilisation portée par le collectif Inter-Urgences et de participer à son assemblée générale le 10 septembre à Saint-Denis. Nous demandons de mettre fin aux restrictions budgétaires, expliquent-elles dans un communiqué, réclamant notamment un moratoire sur la fermeture de lits et un recrutement de personnels à la hauteur des besoins. Il y a une convergence entre le personnels médicaux et paramédicaux, parce que les difficultés des urgences sont celles de l'hôpital public, mais ce n'est pas un appel à la grève, a nuancé Jacques Trévidic, président d'Action Praticiens Hôpital (APH), auprès de l'AFP. Ca va être aux médecins de se décider, a confirmé Patrick Pelloux, de l'association des médecins urgentistes de France (Amuf), présentant cela comme un exercice de solidarité avec les personnels pour dire qu'on est avec eux.

L'Union Nationale des Infirmiers en Pratique Avancée (UNIPA) a également réagi, se réjouissant de la création de l’IPA dans le domaine des urgences, première étape vers l’accès au premier recours, en établissement de soins ou en ambulatoire. Cependant, l’UNIPA rappelle que pour que l’implantation des IPA réussisse, le gouvernement doit lui en donner les moyens, soulignant que pour le moment, les IPA diplômés depuis juillet 2019 ne connaissent toujours pas le modèle économique de leur exercice. L'UNIPA appelle à ce que la réorientation de l’offre de soins, la réorganisation des soins primaires, l’accès aux soins dans un contexte de raréfaction de l’offre médicale et d’augmentation de la population des usagers en parcours de soins complexes, soient une prioritéLa promotion de la santé, le dépistage, l’éducation doivent être valorisés et développés. Les compétences de l’IPA participeront à la rationalisation des dépenses de santé et à l’augmentation de la qualité des soins, conclut-t-elle.

Le collectif Inter-urgences reçu ce mardi matin par Mesnier et Carli

Le Collectif Inter-urgences a rencontré ce mardi 3 septembre au matin Pierre Carli, chef du Samu de Paris et Thomas Mesnier, député LaREM, chargés tous deux d’une mission sur la refondation des urgences. Pour Hugo Huon, infirmier aux urgences de Lariboisière depuis cinq ans et membre du collectif joint par la rédaction d'Infirmiers.com, c'est une réorganisation à moyens constants qui est proposée, or ça fait 30 ans qu'on s'organise à moyens constants. Pour l'infirmier, tant qu'on ne réinjectera pas de moyens, on ne s'en sortira pas. La mission se refuse à travailler sur la question du médico-social et du social, ainsi que sur l'attractivité, déplore-t-il. On ne veut pas faire des actes supplémentaires pour suppléer les médecins dans des conditions de travail toujours aussi dégradées, on désire que la pénibilité de notre métier soit reconnue et traitée, explique en substance l'infirmier. On n'a pas de mal à recruter les nouveaux infirmiers, on a du mal à les garder ! rappelle-il. Il est donc urgent de rendre le travail moins pénible. Pour l'heure, le collectif a prévu une action région par région le 6 septembre. Le 10 septembre, au lendemain de la seconde série d'annonces par la ministre, le collectif tiendra son assemblée générale. Enfin, il rencontrera l'ARS Ile-de-France le 13, voilà pour le calendrier.


 

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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