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Décès évités, taux d’hospitalisations réduits : l’effet bénéfique du pass sanitaire démontré

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Epidémiologie

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Le Conseil d’Analyse Économique s’est penché dans une étude sur l’impact qu’a pu provoquer l’instauration du pass sanitaire d’un point de vue sanitaire et économique, et notamment sur le nombre de décès et d’hospitalisations. Les bénéfices apparaissent indiscutables.

L'enquête du CAE démontre les effets positifs du pass sanitaire sur les taux d'hospitalisations et le nombre de décès.

L’instauration du pass vaccinal a eu un impact positif effectif, sur les plans sanitaire et économique, dans la lutte contre de l’épidémie de Covid-19. En France mais aussi chez deux de ses voisins, l’Allemagne et l’Italie.  C’est  ce que révèle une étude menée par le Conseil d’Analyse Économique (CAE) et publiée ce 18 janvier. Rattaché à Matignon, ce dernier réunit toutefois une dizaine de chercheurs indépendants (mathématiciens, économistes…), qui ont de plus bénéficié des conseils de l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique. Adhésion à la vaccination, taux d’hospitalisations, nombre de décès…Le document démontre ainsi un fort impact de la mesure sur un ensemble d’indicateurs.

4 000 décès évités

Pour mener son étude, le CAE a construit des contrefactuels, c’est-à-dire des modèles permettant d’estimer ce que la dynamique de vaccination aurait été sans la mise en place du pass, est-il ainsi indiqué. Il en ressort que la mise en place du précieux sésame a permis d’augmenter considérablement le taux de vaccination. Le CAE juge en effet que, sans le pass, celui-ci aurait équivalu à 65,2% en six mois, contre 78,2% dans les faits, soit une différence de 13 points. Conséquence positive de cette augmentation : une pression moindre sur le système hospitalier. La mise en place des pass sanitaires a en particulier réduit la pression sur les unités de soins intensifs et, en France, a évité de dépasser les seuils d’occupation pour lesquels les confinements précédents avaient été déclenchés, précise l’étude. L’impact du pass aurait ainsi permis de réduire de 31% le nombre d’admissions en hôpital à la fin 2021. Pour ce qui est des hospitalisations en soins intensifs, le taux à fin 2021 aurait été environ 45% supérieur à ce qui a été observé. La différence n’est pas anodine : elle aurait entraîné des niveaux de pression hospitalière au-dessus des seuils atteints lors des confinements précédents. Plus important encore, ce sont en tout 4 000 décès qui auraient ainsi pu être évités en France. Enfin, d’un point de vue purement économique, le dispositif, en permettant aux personnes vaccinées d’avoir, avec moins de risque, davantage d’interactions sociales et économiques, aurait réduit les pertes de PID d’environ 6 milliards d’euros.

Les modalités de mise en œuvre du pass sanitaire sont déterminantes pour son efficacité

Une mise en œuvre du pass sanitaire efficace en France

Parallèlement à la situation en France, l’étude établit une comparaison avec l’Italie et l’Allemagne, qui ont appliqué peu ou prou le même dispositif et dans les mêmes délais. Cette étude se concentre sur ces trois pays car l’instauration du pass sanitaire y a été introduite pratiquement en même temps (entre juillet et août 2021) et avec des caractéristiques assez semblables (le pass permet l’entrée dans les lieux publics, restaurants, bars...), souligne-t-elle. Pour autant, les résultats s’avèrent assez hétérogènes. En Italie, le taux de vaccination aurait été de 70% sans le pass sanitaire (contre 80% observé) quand, en Allemagne, il se serait élevé à 67% (contre 73% dans les faits). En revanche, l’impact sur les taux d’hospitalisation en soins intensifs serait moindre, avec une réduction estimée à 27% et 12% respectivement. Quant au nombre de décès évités, il est estimé à 1 100 en Allemagne et 1 300 en Italie.

Comment expliquer ces différences entre les trois pays ? Pour les auteurs de l’étude, la réponse tient dans les modalités d’application du pass. En Allemagne, notamment, la communication autour du pass sanitaire a été moins claire, les restrictions d’activités sans passe moins fortes et la mise en place moins centralisée. Cela suggère que les modalités de mise en œuvre du pass sanitaire sont déterminantes pour son efficacité, ajoutent-ils. Et de noter que les annonces sur le pass en France et en Italie ont été portées par les gouvernements, favorisant ainsi une communication plus cohérente. Alors qu’en Allemagne, le pass a été introduit plus graduellement et selon des règles différentes en fonction des régions.

Quid de l’obligation vaccinale ?

Le pass sanitaire a eu un effet visible et clairement positif sur les taux de vaccination, sur la santé et sur l’économie en France, en Allemagne et en Italie, en conclut l’étude. Néanmoins, les auteurs reconnaissent qu’un travail supplémentaire doit être mené afin de mesurer l’impact du dispositif sur les bénéfices et les désavantages économiques et sociaux sur le long terme.

Quid alors du pass vaccinal, que le gouvernement français entend instaurer dans les prochains jours ? Au sujet de l’obligation vaccinale, les auteurs se montrent prudents. Le pass sanitaire est en effet perçu comme une alternative plus inclusive que l’obligation vaccinale. Un avantage, d’autant plus que, face à un variant Omicron particulièrement contagieux, les chercheurs affirment le pass sanitaire peut permettre de maintenir, voire d’augmenter, la protection contre le Covid-19 en encourageant la vaccination. Néanmoins, préviennent-ils, certains facteurs sur la poursuite de ce dispositif : l’approvisionnement en doses de vaccin, la confiance donnée aux autorités politiques, la gestion et la réalisation des tests, ou encore l’accès à des groupes de population encore marginalisés, sont autant de paramètres à prendre en compte pour ne pas menacer la cohésion sociale ou exacerber des inégalités déjà existantes.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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