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Des cohortes pour la santé publique

Financement à hauteur de 200 millions d'euros de dix cohortes destinées à améliorer la connaissance de certaines pathologies (dont le cancer) ou groupes populationnels (étudiants, par exemple).

Dans le cadre des investissements d'avenir, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, et le commissaire général à l'investissement, René Ricol, ont présenté le 25 janvier 2011 un programme de financement sur le long terme de 10 cohortes. L'appel à projets "cohortes" est doté de 200 millions d'euros qui, avec les intérêts, permettront de financer ces cohortes sur 9 à 10 ans. René Ricol a souligné le fait que ces financements publics avaient vocation à être complétés par des financements de collectivités locales ou de partenaires privés.

Cet appel à projets avait reçu 44 candidatures. Alors qu'initialement, cinq ou six projets auraient dû être choisis par le jury présidé par le Pr Nino Künzli du Swiss Tropical & Public Health Institue à Bâle, "compte tenu de la qualité des projets", ce sont finalement 10 projets qui ont été sélectionnés pour recevoir un financement, a indiqué Valérie Pécresse. "Les choix ont été difficiles", a-t-elle commenté, ajoutant à l'adresse des non-sélectionnés que "notre devoir est de donner suite à toutes les énergies mises en oeuvre". Pour ces autres projets, "il faudra trouver des financements adéquats", soit "au travers de financements courants", soit via "d'autres programmes d'avenir".

La ministre a rappelé l'importance des grandes cohortes de patients étudiés sur de nombreuses années en prenant l'exemple d'une cohorte de femmes constituée aux Etats-Unis en 1990 qui avait permis de mettre en évidence le rôle du papillomavirus (HPV) dans le cancer du col de l'utérus. Le dossier de presse donne quelques autres exemples: cohorte de Framingham pour les facteurs de risque cardiovasculaire, l'étude européenne EPIC sur l'obésité, la National Child Development Study britannique. L'objectif avec le programme "cohortes" des investissements d'avenir est "de faire franchir à la science et à la médecine un cap décisif", a-t-elle ajouté. "Les cohortes revêtent une mission d'intérêt scientifique général".

Quatre projets en cancérologie

Quatre cohortes concernent la cancérologie. Le projet CANTO porté par l'Institut Gustave-Roussy (IGR, Villejuif, Val-de-Marne) et l'Inserm a pour objectif l'étude des toxicités chroniques des traitements anticancéreux chez 20.000 patientes atteintes d'un cancer du sein localisé. Cette grande base de données clinico-biologiques permettra de trouver des prédicteurs moléculaires (tests génétiques ou sériques) des toxicités des médicaments, afin d'éviter ces effets délétères, et de rechercher les causes de ces toxicités.

Le projet COBLAnce de l'Inserm s'intéresse aux cancers de la vessie. Une cohorte de 2.000 patients va être suivie durant neuf ans. Seront recueillies dans 17 centres des données épidémiologiques, économiques, urologiques, pathologiques et de biologie moléculaire, dans le but de mieux comprendre la progression de ce cancer et d'identifier des marqueurs de pronostic et des cibles thérapeutiques.

Porté par la Société française de greffe de moelle et de thérapie cellulaire, CRYOSTEM est centré sur la maladie du greffon contre l'hôte, complication parfois très grave des greffes de cellules souches hématopoïétiques. Le responsable du projet a indiqué mardi lors de la conférence de presse que l'objectif était d'inclure 3.000 patients dans cette cohorte qui se veut "exhaustive". Des prélèvements sanguins seront récoltés pour rechercher les facteurs prédictifs de maladie du greffon contre l'hôte.

C'est également l'exhaustivité que vise HOPE-EPI, cohorte des cancers pédiatriques français. Capitalisant sur les registres qui existent déjà et ont déjà plus de 20.000 cas, le projet s'intéressera aux risques environnementaux et génétiques aux cancers de l'enfant, ainsi qu'aux effets secondaires à court et long terme des traitements.

Maladie rénale, sclérose en plaques, maladies rares, psychiatrie

Parmi les autres projets, CKD-REIN de l'Université Paris-Sud inclura 3.600 patients présentant une maladie rénale chronique avant le stade terminal. Il explorera les causes de progression vers l'insuffisance rénale terminale et le démarrage des traitements de suppléance, pour identifier des facteurs sociaux, environnementaux, comportementaux, génétiques et des biomarqueurs prédictifs de l'évolution de la maladie.

Le projet OFSEP des Hospices civils de Lyon (HCL) et de l'Inserm vise à consolider et développer la cohorte de patients souffrant de sclérose en plaques (SEP), qui compte déjà plus de 30.000 patients. Le financement permettra d'enrichir la base avec des données biologiques, d'imagerie et socio-économiques, et de développer des cohortes plus ciblées (SEP à début précoce, grossesse, suivi de la sécurité de certains traitements).

Porté par la fondation FondaMental, le projet Psy-COH a pour but de suivre sur 10 ans une cohorte de 2.000 patients jeunes, atteints de trois maladies psychiatriques majeures: schizophrénie, trouble bipolaire et syndrome d'Asperger. Dans ce domaine où il n'existait aucune cohorte, l'objectif sera d'identifier des biomarqueurs, notamment génétiques, de rechercher des facteurs de risque, d'améliorer la stratégie diagnostique et de déterminer le coût de ces maladies.

Les maladies rares sont concernées avec le projet RADICO. Cette fédération de cohortes sur de nombreuses maladies permettra d'une part de recueillir des données épidémiologiques, qui font souvent défaut, d'autre part de stimuler l'émergence de programmes de recherche, notamment en lien avec l'industrie pour identifier de nouveaux traitements.

Enfin, deux cohortes ne sont pas centrées sur un seul domaine. E4N est la suite d'E3N, où 100.000 femmes de l'éducation nationale ont été suivies depuis 20 ans. Elle s'intéresse d'une part aux conjoints de ces femmes, avec l'espérance d'en inclure 30.000, pour étudier notamment des pathologies liées au vieillissement. D'autre part, elle vise à enrôler 50.000 enfants de ces femmes qui sont souvent maintenant de jeunes adultes, voire leurs petits-enfants car on espère que 20.000 seront motivés pour faire entrer toute leur famille dans l'étude. Des échantillons de sang et de salive sont récoltés chez tous les participants.

Le projet i-SHARE piloté par l'Université de Bordeaux sera une cohorte d'adultes jeunes, en l'occurrence des étudiants, au nombre de 30.000, qui seront suivis durant au moins 10 ans. Dans cette tranche d'âge peu étudiée jusqu'à présent, quatre sujets le seront tout particulièrement: la migraine, les infections par HPV et les chlamydiae, les comportements à risque (drogues, alcool, accidents de la circulation), et la dépression et le risque de suicide.

Cela sera la première cohorte à utiliser de nouvelles technologies (internet, sms...) pour le recueil de données.

Mettant sa "casquette" de ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse s'est déclarée particulièrement intéressée par les données que fournira cette cohorte sur les étudiants.

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