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Deux infirmières libérales qui "piquent" et soignent avec un stylo…

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Lors de cette 5ème édition des Journées nationales des infirmiers libéraux (JNIL), une rencontre "littéraire" était organisée le jeudi 5 avril avec deux infirmières libérales qui savent aussi bien manier les mots que panser les blessures. Les deux n'étant pas incompatibles, ces infirmières blogueuses, fières de leur métier ont chacune publié un livre racontant des histoires de vies, des histoires de soins et des histoires de patients.

Peggy et charline

Rencontre littéraire avec Peggy D'Hahier (à gauche) et Charline (à droite), deux IDEL fières d'écrire sur leur profession et reçues par Bernadette Fabregas, rédactrice en chef d'Infirmiers.com

Lors des JNIL, cette année, une rencontre "littéraire" était organisée avec deux infirmières libérales blogueuses et auteures qui ont pu partager leurs expériences, parler de leur livre et même dédicacer les ouvrages de leurs lecteurs assidus sur le stand de CBA, éditeur de logiciels, et promoteur de cet événement. L'occasion de parler à deux professionnelles du soin qui ne manquent ni de style ni d'humour. L'une Peggy D'Hahier ou Mlle Peggy, exerce depuis plus de 10 ans en région parisienne, l'autre Charline est infirmière rurale dans la région angevine. On a en quelque sorte l’infirmière des villes et l’infirmière des champs, remarque Bernadette Fabregas qui animait la rencontre. Deux livres, deux fortes personnalités, deux perceptions d'un métier voué aux autres, deux visions qui tantôt se croisent, se rejoignent ou pas... et un objectif, montrer la réalité de ce qu'elles vivent au jour le jour !

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Un besoin de prendre du recul, une envie de faire réagir

D’abord interrogées sur leur envie d’écrire et sur comment elles parvenaient à trouver du temps libre pour cela, les deux professionnelles ont tout de suite montré des points de vue divergents. Charline s’est lancée dans l’écriture de son blog « C'est l'infirmière - Brèves et chroniques d'une infirmière rurale ! » car c’était une nécessité du quotidien j’ai besoin d’écrire pour me sentir bien. Quand je me retrouve toute seule derrière mon volant, ce n’est pas simple de prendre du recul, l’écriture est le moyen que j’ai trouvé. C’est également un défi qu’elle s’est donnée : je voulais intéresser les gens à la profession d’infirmière libérale en milieu rural. La dernière raison était de mettre en lumière les gens extraordinaires qu’elle croisait dans ses tournées.

De son côté, Peggy a toujours écrit et aimé témoigner. Je me suis installée en libéral sur un coup de tête, je voulais soigner les gens de la façon qui me plaît. Du coup, j’ai démissionné en août et j’ai ouvert mon cabinet en septembre. C’est ensuite, au fil des tournées, que la professionnelle a souhaité  immortaliser certaines rencontres, les mettre à l’honneur avec "les petites histoires de Mlle Peggy". Pour cette auteure, mettre en exergue des situations permettrait de toucher les soignants comme l’opinion publique. C’est une profession difficile à mobiliser, alors pourquoi ne pas essayer par les mots ? En étant lu par tous, les soignants comme les non soignants, on espère créer des réactions. Peggy tient aussi à travers ses petites histoires à dénoncer des injustices de l’exercice afin de susciter des réactions. Enfin, c’est un souhait…

Les coups de gueule pour moi c’est important car c’est ce qui permet d’accrocher les gens

Des manières différentes d’aborder l’écriture

Un hommage à un métier, à des patients mais une façon différente de poser les mots. Charline met sur le papier ce qui sort de là » en indiquant son cœur. Une écriture instinctive appréciée par ses lecteurs c’est pas forcément très beau mais c’est dès fois ce qui marche le mieux". Même si elle avoue être incapable d’écrire à chaud. Quand une situation m’énerve, je crie dans ma voiture avec un groupe de rock à fond. Peggy de son côté a une écriture assez besogneuse. Je relie, je corrige, j’ai une insatisfaction assez difficile à régler. Aimant la solitude, dans sa voiture elle réfléchit déjà au sujet de ses chroniques.

Pour l’infirmière rurale, cette façon d’écrire est liée certainement à sa personnalité. Les coups de gueule pour moi c’est important car c’est ce qui permet d’accrocher les gens. On parle beaucoup de l’ambulatoire mais on ne nous donne pas les moyens. Je n’ai pas l’impression que les politiques nous aident beaucoup. La jeune femme reste néanmoins optimiste sur l’avenir parce qu’il le faut. Peggy D’Hahier, elle, dit ne pas être dans la revendication. Je suis là pour témoigner de situations de vie et je reste dans le partage. Je n’écris pas pour faire changer le monde. Si j’étais cuisinière, je pense que je ferais la même chose.

 « L’ascenseur émotionnel », le quotidien des IDEL

Les deux soignantes n'ont pas la même façon non plus de gérer leurs émotions. L’ascenseur émotionnel qu’évoque Charline dans son livre comme ce qu’elle estime le plus fatiguant du boulotLe fait de passer d’une maison où l’on suit quelqu’un en fin de vie à soigner un petit garçon qui pète le feu puis à un patient qui vous reproche votre retard… On passe d’un étage à l’autre dans les sentiments. Je vis 15 millions de trucs dans une journée. Le soir j’en ai gros sur la patate alors j’écris. Certains préféreront courir ou le shopping.

Pourtant, cet aspect du travail ne parait pas aussi difficile à gérer pour Peggy. Pour moi c’est indispensable et utile de passer de la tristesse, à la joie puis à la colère en peu de temps. En exerçant en libéral, on côtoie la vraie vie. Peggy d’Hahier est une combattante et cela lui vient de son enfance. Mon père était anesthésiste. Je le voyais des fois partir avec cette expression « ce soir, papa est de garde » et je savais qu’il y avait quelque chose d’important là-dessous, comme s’il enfilait un costume de super héros et allait accomplir des choses extraordinaires. Pour elle, être soignant, c’est un combat au quotidien contre la maladie, un adversaire, un ennemi qui peut toucher tout le monde. C’est sans doute pour cela qu’elle se décrit elle-même comme un petit soldat du prendre soin.

Mais pour nos deux professionnelles de santé, prendre soin d’une personne pendant longtemps revient à être l’infirmière d’une famille ou d’un quartier, explique Peggy. On rejoint le combat de la famille au point qu’un lien indéfectible s’est établi.

Pour moi c’est indispensable et utile de passer de la tristesse, à la joie puis à la colère en peu de temps. En exerçant en libéral, on côtoie la vraie vie

Du blog au livre…

Tenir un blog et écrire un livre, le passage n’est pas forcément évident. Charline a pu le constater. Je n’avais pas la prétention d’écrire un livre mais quand Flammarion m’a contactée j’ai été fière, pas d’être publiée mais fière de parler au grand public de mon travail. Son livre, elle l’a réalisé avec l’aide de l’éditrice qui l’a coachée.  Elle n’a pas touché m’a façon d’écrire mais l’a enrichie. Je trouve le résultat chouette et on reconnait bien que c’est moi qui l’ai écrit.

Peggy, quant à elle, voyait moins l’intérêt d’écrire un livrece que j’écrivais sur mon blog était lu et partagé, pourquoi passer le pas ? Si la soignante a reçu plusieurs propositions de différentes maisons d’éditions, elle les a refusées même si elle se sentait honorée. D’autre part, les éditeurs avaient la tendance à modifier ses textes, or j’ai un caractère un peu fort et je ne me laisse pas faire. Puis elle a été abordée par une toute petite maison d’édition, l’éditeur en question était un ancien infirmier. Il m’a dit : « moi je t’aime comme tu es ! », il a fini de me séduire et j’ai vraiment eu l’impression qu’on vivait cette aventure ensemble.

Passer de patients à personnages…

Les deux infirmières n'ont pas non plus la même manière de voir leur métier en général. Pour Peggy, il faut soigner tout le monde même les personnes que l’on n’aime pas. Quand je rentre chez le patient, je suis soignante et je laisse mes jugements personnels de côté. J’ai soigné un ancien député qui avait été condamné. Il était en fin de vie et je n’avais aucune sympathie pour ce monsieur. C’est une difficulté de ce métier mais c’est aussi ce qui le rend enrichissant car cela nous pousse à chercher des ressources en soi.

Charline, elle, aime ses patients. Tous ses patients même si elle admet avoir ses préférences  il y en a avec qui ça match plus que d’autres, mais si je n’aimais plus les gens que je soigne, je n’aurais plus qu’à changer de métier. Son blog, comme son livre a été très bien accueilli d’ailleurs par ses patients.  Au départ, je flippais, j’avais peur de leur jugement.  Elle évoque une anecdote particulière de la femme d’un patient violent : elle est venue pour une prise de sang, elle a posé le livre sur la table et m'a dit « vous avez parlé de mon mari ? Merci c’est un très belle hommage.

Peggy, elle, est très discrète et a beaucoup de pudeur sur son travail d’écriture. Je sépare vraiment maison et travail. En général, quand les patients m’en parlent, c’est qu’ils le découvrent. Ils me disent : Peggy, vous auriez dû nous le dire !.

Quoi qu’il en soit nos deux auteurs ont fait forte impression auprès des participants venus à cette rencontre littéraire et les séances de dédicace autour d'un cocktail ont été aussi nombreuses qque réjouissantes. Cendrine a apprécié leur optimisme ça fait plaisir de voir des gens qui aiment leur métier. Christelle et Florence ont aussi trouvé la rencontre intéressante mais : on n’a pas acheté leur livre. Nous n’avons pas envie de lire des choses que l’on vit tous les jours. Géraldine, Katlin et Brigitte, elles, les connaissaient et les suivaient sur Facebook mais regrettaient qu’il n’y ait pas d’autres blogueuses. C’était quand même bien, on voyait deux opposées, souligne Katlin. Deux opposées qui suivent le même chemin et que d’autres voudront peut-être rejoindre…

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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