INFOS ET ACTUALITES

Ebola : des soignants inquiets et la psychose qui monte

par .

Cet article fait partie du dossier :

Epidémiologie

    Précédent Suivant

Alors que l'épidémie Ebola ne cesse de progresser en Afrique où elle décime la population, dans le reste du monde et notamment en France, devant les premiers cas avérés qui concernent notamment des infirmières, la communauté soignante s'inquiète et s'interroge ; une nouvelle suspicion de maladie est encore d'actualité pour une infirmière française et les premiers test sont heureusement négatifs...

Tenue de protection masque

Les infirmiers se disent insuffisamment informés face à Ebola

C'est Thierry Amouroux, secrétaire général du SNPI-CFE-CGC, qui a ouvert les hostilités sur le sujet, déclarant le 13 octobre 2014 dans un communiqué  : Omerta sur Ebola ? Alors qu’elles sont en première ligne, en France les infirmières n’ont aucune information des autorités ! Et de poursuivre : Pire, les infirmières ne sont même pas informées quand leur hôpital est un établissement de référence ! Le syndicat infirmier a réagit : face aux carences méprisantes des autorités qui nous considèrent visiblement comme des agents d’exécution et non des professions de santé de première ligne, nous mettons en ligne sur notre site une synthèse des informations utiles : Ebola : recommandations pour les professionnels Cette "inquiétude" a été largement relayée dans les grands médias nationaux : Le Monde, Le Figaro, Sciences et Avenir, L'Express, FranceTVinfo...

Le syndicat Résilience, de son côté, s'est empressé de condamner de telles déclarations jugées inutiles et alarmistes, affirmant que les pouvoirs publics en France ont mis en œuvre les dispositions visant à sécuriser les professionnels de la Santé et la population en cas d'apparition du virus Ebola sur notre territoire, comme cela a été le cas récemment au CHU Bichat à Paris, comme cela est le cas au CHU de Strasbourg et dans les autres CHU...

Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI), tient un discours plus nuancé : Parler d'omerta est à mon sens très excessif. Il ne faut ni minimiser les risques, ni affoler la population et créer une psychose chez les soignants. Le sujet est grave. Rappelons que le ministère de la Santé a mis en place des procédures et informé, via les ARS, les établissements de santé. Bien sûr, il peut y avoir des disparités selon les établissements. Les membres du CHSCT ont une responsabilité en la matière pour prévenir les risques professionnels et demander les ÉPI (équipements de protection) adéquats. Il est vrai que certains collègues disent ne pas être informés sur la maladie Ebola. Je l'ai constaté hier encore alors qu'il suffit d'ouvrir l'intranet de son établissement pour disposer de toute la procédure en tapant le seul mot "ébola". Ceux qui le savent doivent le montrer à leurs collègues et chacun d'entre nous doit être un relayeur d'informations utiles et dans ce cas, indispensables. Mais au-delà de la formation et du matériel, l'inquiétude réside plus sur les effectifs disponibles... Cela sera un réel souci en cas de crise sanitaire Ebola, ou autre d ailleurs...

En Espagne, les syndicats et les personnels de santé ont également dénoncé une formation limitée.  Nous n’avons pas de protocole d’action pour ce genre de maladie. On a à peine eu une formation pour enfiler les combinaisons de protection. On a reçu en tout et pour tout 20 minutes de formation.

Ebola 1ère et 2ème phase

Une page d'information spécifique est dédiée aux professionnels de santé sur ebola.sante.gouv.fr

Des mesures qui ne cessent d'évoluer...

Force est de constater que depuis que l'épidémie Ebola est devenue (enfin ? ou trop ? ) surmédiatisée, les équipes soignantes de par le monde ont déjà payé un lourd tribu car en première ligne face à la maladie. Dans les pays touchés, 416 soignants ont déjà contracté la maladie à virus Ebola et 233 en sont déjà morts. D’autres sont malades et de nombreux autres n’osent venir travailler par crainte du virus. Au Liberia, le pays d'Afrique le plus touché par la maladie, les personnels de santé estiment ne pas être suffisamment payés pour les risques pris face à la maladie, prêts à se mettre en grève.

L'OMS et les états du monde attendaient des contaminations en dehors de l'Afrique et c'est arrivé très vite. En Europe et aux Etats-Unis, des personnels soignants ont été contaminés. En France, la première malade, volontaire MSF et infirmière de son état, a été rapatriée et soignée à l'hôpital Bégin avec des thérapeutiques innovantes, exceptionnellement mises à disposition. Elle est heureusement guérie. Mais l'angoisse monte et les cas avérés ou suspectés de soignants infectés apparaissent à travers le monde, comme aux Etats-Unis où un deuxième cas d'infection est jugé ces derniers jours « très inquiétant ».

Le 16 octobre, nous apprenions qu'une nouvelle infirmière était hospitalisée dans le Val-de-Marne, à l'hôpital Bégin, pour une "fièvre suspecte". L'infirmière aurait été en contact régulier avec l'humanitaire française infectée par Ebola, soignée dans ce même hôpital début octobre. Fort heureusement, les dernières nouvelles sont plutôt rassurantes, sous réserve d'un deuxième test négatif en attente.

Le monde entier s'angoisse et la psychose gagne du terrain... Des questions se posent : les procédures de contrôle, de protection sont-elles respectées ? Et avant même, connues de tous les protagonistes exposés ? L'ONU s'alarme : Ebola a une longueur d'avance sur nous affirmant que la réponse internationale est insuffisante pour contenir le virus.

En France, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, a rappelé le 14 octobre dernier le dispositif de préparation de la France pour détecter au plus vite et prendre en charge dans les meilleures conditions un patient éventuellement atteint d’Ebola sur notre territoire. La ministre a par ailleurs décidé de renforcer l’information du public face à cette maladie à travers la mise en place d’un point d’information hebdomadaire, piloté par le Directeur général de la santé (DGS), l’ouverture d’un numéro vert - 0 800 13 00 00 - et la création d’une page dédiée à la maladie Ebola sur le site internet du ministère.

Un volet s'adresse aux professionnels de santé qui disposent ainsi d'informations spécifiques et détaillées. Le site de l'assurance maladie, quant à lui, propose également une fiche de recommandations sanitaires à l'attention des professionnels de santé.

Jour après jour, les mesures préventives montent d'un cran. Le 16 octobre, exhortée, comme d'autres grands pays européens, par les Etats-Unis à faire davantage d'efforts dans la lutte contre Ebola, la France annonce la mise en place d'un dispositif de contrôle sanitaire à l'arrivée des vols en provenance des zones touchées par Ebola ; des contrôles menés par l'équipe médicale de l'aéroport,  la Croix-Rouge et la Protection civile seront effectifs dès le 18 octobre à Roissy sur le vol quotidien d'Air France en provenance de Conakry, en Guinée. Marisol Touraine s'est rendu à Roissy ce midi pour passer en revue ce dispositif de contrôle et de suivi des passagers.

De plus, Matignon vient d'annoncer dans un communiqué, renforcer son dispositif de réponse international et national. Manuel Vals a désigné le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l'ANRS (l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales), comme coordinateur de l'ensemble des opérations internationales et nationales de réponse à cette crise Ebola.

Des soignants qui ne cessent de s'interroger...

Sur les forums, les réseaux sociaux, les questions demeurent, l'angoisse est perceptible, les témoignages de soignants s'accumulent, confirmant ou infirmant un niveau d'information, voire de protection insuffisant. En voici quelques-uns recueillis sur le forum d'infirmiers.com et sur notre page facebook.

  • Johanna : Les seules infos que j'ai eu sont celles que j'ai plus ou moins chercher, dans mon service aucune trace d'Ebola. Je suis pas dans un grand hôpital mais je me dis que le jour où ça arrivera on sera formé quelques mois après le problème, comme d'habitude !
  • 3aaac94 - Je suis très étonnée que vous n'ayez pas été informée !?! Je travaille de nuit en médecine (adultes), et il m'a suffi de poser la question à un urgentiste (pas de médecin la nuit dans mon service), pour savoir quelles mesures sont mises en place dans mon CHU (en plus du message envoyé via l'intranet il y a quelques semaines). C'est en effet surtout les urgences qui sont en première ligne...
  • Claire : Même en service "prêt à accueillir Ebola" il n'y a eu aucune formation et le personnel est loin loin d'être préparé et en nombre !
  • aaac91 : Travaillant aux urgences pédiatrique nous reçevons régulièrement des familles qui rentrent de pays d'Afrique et lorsqu'on les reçoit généralement c'est qu'il y a les premiers symptômes fièvre et vomissements. Comment se protéger avec nos masques à poussière et nos blouses en papier ainsi que nos gants s'arrêtant aux poignets ?
  • Jean-Arnaud : L'information est disponible, il suffit simplement de la chercher un peu et de s'intéresser... Quand à distribuer en masse des kits "Ebola" : aucun intérêt si il n'y a pas une formation associée !
  • anneL57 : Perso j'exerce en tant qu'infirmière de santé au travail, et pour nous aucune info non plus. Je me suis fait un petit dossier avec les infos glanée à droite à gauche, au cas où. J'espère ne pas avoir à m'en servir.
  • Elise : Aux urgences ou je suis, kits Ebola, formation, et mise en pratique de plusieurs cas de figure possible : le patient arrive avec sa famille, le patient arrive seul..., aussi essais d'habillage et de déshabillage...
  • Alinepitt : Je travaille aux urgences et donc je suis en première ligne, et dans mon CH il n'y a aucune protection adaptée (c'est en commande qu'ils disent !) Pas de thermomètre sans contact. Pas de pièce adéquate pour isoler un patient suspect. Donc si un cas suspect se présente on n'est pas du tout prêt... D'où ma question, peut-on refuser de prendre en charge un patient suspect ? Oui ce n'est pas très éthique , mais je ne tiens pas à faire partie des statistiques, notamment à cause du manque de logistique de mon CH...
  • Seb : Je travaille dans un service d'urgences et nous n'avons aucunes instructions pour la prise en charge de ce type de patients...!!
  • caducee33 : Je ne pense pas que chacun va prendre son téléphone pour se renseigner, mais en revanche une campagne télévisée en séquence courte pourrait impacter tout aussi bien les esprits par sa répétitivité... Bref je le maintiens, je ne me sens pas plus informée que cela par la voie "officielle", et je ne dois pas être la seule professionnelle de santé libérale à avoir ce ressenti...
  • Naima : Moi je suis libérale, je n'ai rien pour ni pour me protéger ni pour protéger les autres. Pour la grippe aviaire on avait reçu le nécessaire, mais le virus Ebola, nada ni matériel ni informations !
  • Damdou : Pas entendu parler dans mon service alors que j'ai entendu dire le médecin du travail avoir eu des réunions sur le sujet. Mais personne ni même la médecine du travail n'est venu en parler dans le service !! C'est leur rôle pourtant non ?? la prévention des risques professionnels !!!
  • Sylvie : Exactement! je suis en libéral en ce moment et aucune mais vraiment aucune info ni sur maladie ni sur conduite a tenir !

Dernière information émanant de l'Ordre national des Infirmiers (ONI) en date du 16 octobre et qui montre peut-être quelques lacunes reconnues par les pouvoirs publics en termes d'informations : la direction générale de la santé lui a demandé de relayer les recommandations sanitaires auprès des infirmiers.  L'information des infirmiers français est un enjeu de santé publique en cas de risque épidémique. Les infirmiers sont avec les médecins les premiers professionnels de santé au contact des patients et donc parmi les plus exposés. L'Ordre infirmier est le seul en France à disposer d'un fichier d'infirmiers exerçant tant comme salariés qu'en libéral au domicile des patients. C'est donc un outil de santé publique essentiel pour relayer les messages de prévention et de protection et réduire les risques de transmission, explique Didier Borniche, président de l'Ordre national des infirmiers. Selon l'ONI, les 160 000 inscrits à ce jour au tableau ont reçu le 15 octobre 2014, par mail et/ou SMS, le document intitulé "Recommandations à l’attention des professionnels de santé exerçant en ambulatoire. Pour l'abord d'un patient cas suspect de maladie à virus Ebola". Des compléments d'informations leur seront envoyés au fur et à mesure.

A travers cet article, nous honorons également notre mission d'information et nous vous rappelons qu'un dossier "Ebola : des prémisses à l'épidémie" est également disponible sur infirmiers.com étayé, au fil du temps, par les nouvelles informations en lien avec l'épidémie à travers le monde. Nous espérons, comme tout un chacun, que l'épidémie puissent être endiguée dans les meilleurs délais. Rappelons en effet un dernier chiffre énoncé par Bruce Aylward, adjoint au Directeur général de l'OMS le 14 octobre avant une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la propagation du virus : Ebola pourrait provoquer en décembre 5 000 à 10 000 nouveaux cas par semaine en Afrique de l'Ouest.

Creative Commons License

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

Retour au sommaire du dossier Epidémiologie

Publicité

Commentaires (4)

krokmor

Avatar de l'utilisateur

4 commentaires

#3

Psycho-Tic

Mme Fabregas, je travaille en CHS et je peux vous dire que quand "la psychose monte", c'est autre chose! Pourquoi désigner une inquiétude du nom d'une maladie mentale (qui va bien au-delà de l'angoisse)? En cas de négociation difficile ente l'Etat et les syndicats, on ne dit jamais que la tension artérielle monte!
Faisons attention à notre langage pour ne pas stigmatiser les patients et leurs familles et faire mieux connaitre ces pathologies.

me.opa

Avatar de l'utilisateur

4 commentaires

#2

Écoeurée

Bien évidemment la formation de TOUT le personnel soignant est indispensable et réalisable (médecins, IDES, AS,agents d'entretien, ambulanciers...) mais cette épidémie voire pandémie me laisse un goût bien amer sur plusieurs points :

1) tant que les malades étaient des noirs africains, peu ou prou de recherches et d'infos :pas grave, hein ?
Ce ne sont que des blacks qui meurent par milliers : l'habitude est prise avec les famines, les guerres ethniques et le SIDA.

Si quelqu'un veut prétendre le contraire, j'écoute.
Rappelons quand mème les sommes dérisoires nécessaires pour stopper la famine sur le continent africain et qu'aucun état dans le monde ne met en place.

2) lorsque l'on veut faire une information concrète pour les soignants, c'est réalisable partout en France : souvenez vous de la "terrible" menace du H1N1 : l'info a tellement été relayée dans les services, que les mesures de protection démentielles avaient été prises avec une perte financière colossale au final.
Le gouvernement fait ses comptes et Miss Touraine ne veut pas se faire taper sur les doigts.

3) OK, le personnel peut chercher sur le Net intra ou extra: c est vrai qu'il a vachement le temps, le personnel :bientôt, en exagérant pas tant que ça, les professionnels de santé devront se former eux mèmes, sans passer par les cases écoles .....
Youpi.....

Je suis en colère, oui,que l'on ne se bouge QUE lorsque une épidemie arrive en Europe ou aux States :c'est plus grave, là ?

Utilisateur supprimé

Avatar de l'utilisateur

494 commentaires

#1

Pinocchio !

Ce qui est marrant c’est que Mameri/ONI vient contredire ce jour sur Europe 1 midi ce qui a été dénoncé quelques jours plus tôt par lui-même et son compère Amouroux ONI/SNPI…

Resilience et la CNI ont largement tempéré ces propos alarmistes pour l’heure !

En substance selon lui, les IDE sont formés/informés (formation initiale/continue) y compris aux risques NBC dans tous les SAU de France et que le dispositif mis en place par le GVT est sous contrôle.