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Edito - Aux urgences de Saint-Nazaire, les soignants "balancent la blouse"

"Oh j'veux que tu parles de nous, c'est quoi le problème ? Buzyn on a pour toi le plus triste des poèmes..." On a pris l'habitude que les soignants expriment leur souffrance en chanson. Cette fois ce sont les personnels soignants des urgences de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique, qui ont remixé le tube Balance ton quoi d'Angèle pour dénoncer leur situation. Et la vidéo a fait plus de 40 000 vues sur YouTube en une semaine.

Donc laisse-nous te chanter / On te d’mande pas un p’tit billet / On n’passera pas à la radio / Parce qu’on est tout l’temps au boulot / Les patients disent à demi-mot / Quand t’es malade y a pas d’locaux / Quand t’es pas bien y a plus d’médecin et les soignants ont du chagrin…

Voilà maintenant environ sept mois que le personnel des urgences est en grève un peu partout en France, pour dénoncer ses conditions de travail qui ne cessent de se dégrader, le manque de personnel, de reconnaissance et des salaires trop faibles. Le Collectif Inter-urgences, à l'origine du mouvement continue aujourd'hui de dénoncer des conditions de "maltraitance institutionnelle", rejoint par d'autres, comme le Collectif Inter-hôpitaux qui souhaite désormais "élargir le mouvement" afin de "sauver l'hôpital public". 

Cette fois, c'est donc une infirmière de l'hôpital de Saint-Nazaire qui s'est attelée à adapter les paroles de la chanson d'Angèle pour exprimer sa colère et celle de ses collègues. Ils parlent tous comme des comptables de tous les lits de l’hôpital / 2019 j’sais pas c’qui t’faut mais je suis plus qu’un numéro / Urgences en grève c’est à la mode, les SMUR en moins dans les campagnes / Ben faudrait p’t’être casser les codes / Les urgences l’ouvrent c’est bien normal / Balance ta blouse ! L’infirmière à l’origine de cette chanson de protestation s'est posé la question de changer de métier, selon France Bleu Loire AtlantiqueEn grève depuis le 10 mai, les aides-soignants, les infirmiers, les médecins du service dénoncent le manque de moyens humains et le manque de lits dans leur unité

Fabien Paris est infirmier aux urgences de l'hôpital de Saint-Nazaire et a participé au clip. L'une de nos difficultés, c'est le manque de lits d'aval. Par exemple, dès 12h ce week-end, nous savions que nous n'avions aucun lit disponible pour les gens hospitalisés. Ils restent donc sur des brancards aux urgences, sans lit, sans chambre, sans accès facile aux sanitaires... Nous n'avons pas non plus bien sûr le personnel disponible pour s'occuper de ces patients souvent âgés et polypathologiques. Cette chanson c'était donc pour alerter et pour dire qu'en plus d'avoir ce sentiment qui a pu tous nous traverser de "balancer la blouse" et d'aller faire autre chose, nous tentons encore de sauver l'hôpital. Nous croyons encore à notre mission de service public et d'accueil inconditionnel des patients aux urgences. Ce qui nous importe, ce sont les conditions dans lesquelles nous travaillons. Actuellement, c'est un système qui marche sur la tête. On ferme des lits ou on n'en rouvre pas alors que le besoin s'en fait ressentir de plus en plus. C'est là qu'on a atteint les limites du système et en particulier celui de la tarification à l'activité. On a décidé hier, malgré les annonces d'augmentation de l'effectif paramédical (un équivalent temps plein infirmier, 4,6 équivalents temps plein aide-soignant et trois équivalent temps plein d'agents d'accueil) de poursuivre la grève localement parce qu'il reste un manque de concret sur la mise en oeuvre de ces annonces, notamment d'un point de vue du financement. Pour l'heure, nous attendons une rencontre avec le directeur de l'établissement et celui de l'ARS. Nous attendons de cette rencontre des réponses concrètes afin de pouvoir nous projeter et travailler au plus vite sur le recrutement (Un seul exemple : alors même que l'on sait la difficulté de recruter des aides-soignants aujourd'hui, on nous promet des postes... Mais comment fait-on ?) Nous espérons que cette chanson fera évoluer la position des pouvoirs publics parce que la situation est urgente.

La souffrance de l'hôpital en chanson 

C'est devenu une habitude, les soignants parodient des chansons dans l'espoir de "faire le buzz" et de se faire entendre, sinon des politiques, du moins de l'opinion publique. Souvent adressées directement à la ministre des Solidarités et de la Santé, leurs vidéos illustrent le malaise de l'hôpital en mettant en avant les difficultés rencontrées. Un cri de colère musical fait pour marquer les esprits.  

  • En juin 2018, c'est au tour du CHU de Toulouse de se mobiliser en chanson : c'est cette fois le clip Basique, du rappeur Orelsan, qui obtient leurs faveurs. Evidemment, là encore, les soignants détournent les paroles pour illustrer la crise qu'ils subissent. 
  • En mars 2019, ce sont cette fois les personnels des urgences de Valence qui se lancent : alors que la direction prévoit la suppression d’environ soixante-dix postes dans le cadre d’un « plan de retour à l’équilibre », 200 soignants se mobilisent. C’est en chanson et sur l’air d’A nos souvenirs du groupe Trois Cafés Gourmands, qu’ils dénoncent la situation.

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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