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Edito - Euh... Heureux les soignants ?

L'information vous a peut-être échappé. C'est une enquête de l'institut "Viavoice" intitulée « Les palmarès du bonheur professionnel », réalisée pour Le Nouvel Observateur et publiée le 25 octobre dernier, qui l'affirme et ce, contre toute attente. Les Français sont en très grande partie heureux dans leur vie professionnelle, particulièrement ceux qui, à l'image des professionnels de santé et notamment des infirmiers, exercent des métiers incarnant le plus la notion de service public. Quelques réserves cependant...

des soignants heureux

Infirmiers, aides-soignants ou kinésithérapeutes, ils se disent à 81 % « heureux » dans leur travail

Les résultats de l'enquête sont homogènes : quels que soient leur âge, leur sexe,  leur région d'exercice ou la taille de leur agglomération, les professionnels interrogés se disent en moyenne à plus de 70 % « heureux au travail ».

En termes de conditions de travail, d' intérêt porté à son travail, de reconnaissance sociétal et de relations avec les collègues... l'enquête pointe en tête du palmarès du bonheur professionnel les cadres de la fonction publique (90%), les agriculteurs (86%), les enseignants (85%), les artisans-commerçants (84%) et les médecins, pharmaciens et dentistes (84%). À l’autre extrémité du palmarès figurent des métiers jugés moins valorisants ou intéressants : professionnels de la banque et de l’assurance (63%), ouvriers dans l’industrie (62%), agents d’entretien, femmes ou hommes de ménage (56%)...

Entre les deux, on trouve les professionnels de santé dont les métiers incarnent le plus la notion de service public : 81 % des infirmiers, aides-soignants ou kinésithérapeutes interrogés se déclarent « heureux » dans le cadre de leur travail. Les raisons : l’intérêt qu’ils portent à leur métier et un sentiment d’utilité pour la société plus important que les autres professions.

81 % des infirmiers, aides-soignants ou kinésithérapeutes interrogés se déclarent « heureux » dans le cadre de leur travail

Ce que disent les chiffres...

Si l'on observe précisément les résultats concernant les professionnels de santé, voici ce que l'on peut retenir :

  • parmi les facteurs positifs influants sur leur bonheur au travail, ils sont 94 % à affirmer que leur travail est utile à la société, 85 % à souligner la stabilité de l'emploi, 84 % à dire que leur activité professionnelle les passionne et qu'ils entretiennent de bonnes relations avec leurs collègues ;
  • parmi les facteurs plus négatifs, seuls 63 % des soignants soulignent des conditions matérielles satisfaisante (mobilier, bruit, équipement...en dehors du salaire), 33 % des conditions de travail favorables sans pénibilité et 26 % la reconnaissance par leurs supérieurs. 41 % ont un sentiment d'ascension sociale (situation professionnelle par rapport à celle de leurs parents).
  • une question avait trait au souhait de départ à la retraite : les soignants répondent à 44 % souhaiter partir avant 60 ans et à 50 % entre 63 et 65 ans...

On aime ce que l'on fait, nous dit Manon, mais pas forcément comment on nous le fait faire...

Réactions de soignants...

Ces résultats sont quelque peu paradoxaux car on le sait, la grogne est bien là, tenace chez les soignants. Quelques jours avant cette enquête, un article intitulé « L'hôpital rend les soignants malades », publié par le même Nouvel Observateur, dressait un triste tableau de leur état d'épuisement avancé... Ainsi, une infirmière y disait ceci : Dans les couloirs des urgences, les brancards s’entrechoquent. Je n’ai plus le temps de parler aux malades, alors que, parfois, en pleine nuit, quand le patient est stressé, quelques minutes d’échange seraient plus efficaces qu’un cachet. On se met en danger et, en même temps, on met en danger la vie des patients. La conception du bonheur au travail ?

Laure sur le réseau social facebook réagissait immédiatement à cet article : cela ne concerne pas que les infirmières qu'elles soient en public ou en privé mais également les aides- soignantes, les ASH... Magali renchérissait : Ce qui met hors de moi c'est de travailler en totale insécurité et c'est ce qui se passe ! Je bosse en salle de naissance, j'adore ce que je fais, c'est une passion !  Comment continuer à le faire dans de telles conditions ?  Laurence, aide-soignante, avouait , être dégoûtée de voir ce que la santé devient ! J'ai peur de perdre mon diplôme ! Seule pour 86 personnes âgées avec une ASH de nuit de 20h45 à 6h45 et une charge de travail infernale : cachets à donner sur plusieurs étages, cantou à surveiller de 14 personnes ! 40 changes, ménage en plus à faire et pour clôturer le tout 3 toilettes à faire à 5h 30... Bonjour le respect du sommeil des personnes âgées, sans compter les transmissions à rentrer sur ordinateur... Que devient le respect de la personne, le relationnel, 1 demi-heure de pose en tout dans la nuit si on arrive à la prendre !... Et Nathalie de renchérir : l'hôpital n'évolue pas, il décourage tout le personnel et le manque d'effectifs fatigue ceux qui restent et qui finissent par être surmenés. Quant aux patients,  comment voulez-vous qu'ils aillent mieux avec des conditions de travail pareilles ?

Les résultats de l'enquête sur le bonheur au travail, également relayée sur notre page facebook, recueillait en un temps record pas moins de 60 commentaires, assez unanimes - oui, les soignants aiment leur métier - mais très dubitatifs et sans illusion aucune. Dominique se demandait d'emblée : On a sondé qui et où ??, Violaine soulignait ceci : après on aime tous ce qu'on fait - ou pratiquement - car sinon on ne le ferait pas, c'est les conditions qui laissent à désirer.... Héloïse lâchait son humour noir : Euh... Heureux, bien sûr, au pays des Bisounours, dans lequel nos conditions de travail sont merveilleuses, où il n'existe pas de burn-out ni de dépressions, où nos payes sont à la mesure de nos responsabilités et de la pénibilité de notre profession et où le système se montre particulièrement reconnaissant et gratifiant envers notre travail ! Manon, jeune diplômée, temporisait : Moi je rentre à peine dans le métier et je l'adore ! Cette très dur moralement et physiquement mais au fond de moi ça me comble ! Et comme vous dites on aime ce que l'on fait mais pas forcément comment on nous le fait faire... Noémie concluait ainsi : En fait, 81% des soignants sont masochistes, bon je dis ça mais j'en fais partie et Rémy enfonçait le clou  : Moi aussi je suis heureux dans mon travail, mais que lorsque je franchis la porte pour aller à ma voiture... Rapportons pour finir la réaction de Céline, une aide-soignante : je suis même plus épanouie dans mon travail que dans la vie, je sais que je suis très utile, que les gens ont besoin de moi et que je leur apporte du bonheur... Certes ce métier est mal reconnu, les conditions de travail sont limites, les horaires idem, la charge du travail une horreur, mais on l'a choisi. D'ailleurs, c'est pas un métier mais une vocation ! Oups ! Voilà qui est dit et ceci explique cela... l'ombre des cornettes n'est jamais loin...

Alors, euh... heureux ?

Alors, pourquoi est-on heureux (ou malheureux) au travail ? La conclusion de l'enquête Viavoice dit ceci : au-delà des conditions de travail, le sentiment de reconnaissance et d’utilité sociétale contribuent largement au bonheur professionnel. Il semblerait que cela soit vrai pour la plupart des soignants mais on peut tout de même se demander jusqu'à quel point... Alors, euh... heureux ?

• Les palmarès du bonheur professionnel », Viavoice – Le Nouvel Observateur, octobre 2013. Interviews effectuées en ligne du 21 au 29 août 2013. Échantillon global de 5.021 actifs, représentatif de la population active française de 15 ans et plus : dont un échantillon initial de 4.720 actifs, complété par un sur-échantillon de 301 professionnels de santé. Représentativité par la méthode des quotas appliquée aux critères suivants : sexe, âge, profession, région. Synthèse de l'enquête en ligne.

Creative Commons License

Rédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com

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Commentaires (2)

WUCAN

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19 commentaires

#2

De qui se moque-t-on ?

Pour avoir une idée plus précise du moral des soignants lire l'enquête PRESST NEXT, Santé, satisfaction au travail et abandon du métier de soignant, réalisée en 2004. C'était il y a 9 ans, mais rien ne s'est amélioré depuis, on peut même dire que cela a continué à se dégrader. Il n'y a aucune raison pour que le moral des troupes soit revenu miraculeusement au beau fixe.

Comme quoi, on peut faire dire ce qu'on veut à un sondage, compte tenu des questions posées... A méditer dans les conditions actuelles et s'interroger sur le pourquoi diffuse-t-on aujourd'hui de telles pseudo-informations. Craindrait-on une pénurie de candidats aux inscriptions en formation ? Voudrait-on contrecarrer par anticipation une grogne grandissante et non encore totalement exprimée ?

martinette4433

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1 commentaires

#1

AS heureuse dans mon travail...Heuh...

Heuh...En partie, OUI. Je rejoins l'idée d'utilité pour les gens dont on a la prise en charge. Ce n'est effectivement pas pour le salaire que nous nous dirigeons vers les métiers de la santé. C'est une vocation que de s'occuper des gens. Jusqu'à quel point? Celui de se rendre compte (je suis en poste de nuit) que malgré mes belles idées, certains concepts notamment d'Humanitude et de Bienveillance, que depuis 1 mois et demi, mon binôme ASH et moi même, nous nous sommes engouffrées dans une faille: nos tâches étant à plus de 80% des tâches ménagères avec le stress de ne pas les avoir terminer au petit matin...Mes belles idées ont été mises de côté. Je me réveille lentement et essaie de renverser la vapeur. Je ne veux pas me résigner à quelque chose qui ne me convient pas professionnellement. L'idée d'indignation est en cours; le moteur est en marche. Quand on demande aux équipes de jour et de nuit de s'immerger du travail des unes et des autres, il faut qu'il y ait réciprocité. Le gentil petit bisounours que je suis est en mode réveil, prête à défendre ses idées et ses valeurs.
Entre oublier un bol sur un plateau petit déjeuner, se le faire remarquer, parce que l'on a tenu la main à un de nos résidents à tour de rôle pour le rassurer une grande partie de la nuit...Qu'est-ce qui était ou est le plus important?
Ce qui me ramène aux préceptes, aux fondamentaux pour lesquels j'ai choisi ce métier de par ses valeurs.
Avec beaucoup d'humour, mon travail écrit en formation AS traitait du sujet du droit à s'indigner et je concluais sur une belle phrase de Jérôme Pélissier qui disait ceci:
"SOIGNANT, SOIGNES! ET JE TE DIRAIS QUI TU ES".