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Edito - Joëlle, infirmière, emportée par la COVID-19...

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Epidémiologie

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La triste nouvelle communiquée le mercredi 4 novembre par le centre hospitalier de Bastia a suscité une très vive émotion au sein de la communauté infirmière. Le 2 octobre, la Covid-19 a emporté Joëlle Ferricelli, une mère de famille de 56 ans, infirmière depuis 20 ans au sein de l'hôpital de Bastia ; la première victime parmi les soignants au sein de cet établissement, mais également sur l'île. Joëlle exerçait pendant la crise sanitaire au bloc opératoire ainsi qu'aux endoscopies. Elle était traitée depuis plusieurs jours dans le service de réanimation de l'établissement.

Joëlle, infirmière au Centre hospitalier de Bastia

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Notre rédaction adresse également ses pensées les plus sincères à la famille de Joëlle, à ses amis et ses collègues de travail. Qu'elle repose en paix et comme on le dit en Corse "ch'ella riposa in pace."

Joëlle Ferricelli, selon un communiqué du Centre hospitalier de Bastia, était très appréciée de ses collègues ainsi que des patients pour lesquels elle était d'un grand dévouement : une professionnelle reconnue, très engagée dans son métier d'infirmière ainsi que dans la vie de l'hôpital. Elle avait successivement exercé au sein du service des urgences, de réanimation, du bloc opératoire et endoscopies et a également beaucoup œuvré pour les démarches de certification et dans la formation professionnelle des aides-soignants.

L'établissement de santé adresse également ses douloureuses pensées à la famille, aux proches et à son personnel soignant. Un message de profond soutien à l'ensemble des personnels du bloc opératoire et des endoscopies qui ont partagé son quotidien professionnel, mais également personnel. Ainsi qu'aux personnels mobilisés sur le front du Covid 19 et de la réanimation, qui l'ont prise en charge et accompagnée dans ses derniers instants.

Des messages de soutien laissés à Joëlle sur notre page Facebook laissent percevoir la vive émotion de la communauté soignante, riche d'empathie mais également teintée d'interrogations sur le fait de passer sa vie à s'occuper des vies des autres, pour au final, y laisser la sienne... Est-ce que ce qu'on vit aujourd'hui, vaut ce sacrifice ? Tout ce stress, et cette peur de ramener ce virus à la maison, de partir en laissant nos enfants, est-ce que vraiment tout ça vaut la peine. Face à cet événement, je ne sais plus...

Elle laisse un vide immense au sein de notre communauté hospitalière ; et nous nous souviendrons de son courage et sa générosité.

Des soignants morts dans l'exercice de leurs fonctions

Il nous faut le rappeler, tous les jours, et depuis des mois maintenant, les décès liés à la COVID-19 chez des patients hospitalisés dans les services de réanimation français, avoisinant aujourd'hui 39 000, sont devenus une réalité éprouvante qui touche chacun d'entre nous. Derrière ces chiffres, des personnes, de tous âges, de toutes catégories socio-professionnelles, des hommes, des femmes, des inconnus, des proches et... des soignants. Au printemps dernier, durant la première vague de l'épidémie, des professionnels de santé étaient déjà "tombés au front", médecins pour la plus grande partie d'entre eux mais pas que... Elena Mamelli, une infirmière de 52 ans, directrice des soins par intérim à l'hôpital de Montfermeil-Le Raincy, décédait elle aussi le 29 mars, frappée par le Covid-19. Aucun décompte officiel n’a pu cependant être réalisé sur l’ensemble des professionnels de santé. Pourtant, ce décompte est réclamé, notamment par l'Ordre national des infirmiers mais aussi par le Conseil international des infirmier(e)s (CII), qui estimait en avril dernier que "le nombre réel de décès parmi les infirmières pourrait être largement supérieur à l’estimation actuelle, avançant le chiffre de quelque 100 infirmières dans le monde décédées des suites de l'infection dans l’exercice de leurs fonctions. Il y a quelques jours encore, le même CII estimait que le nombre d’infirmier(e)s mort(e)s de la COVID-19 s’élèvait à 1 500, contre 1 097 en août. L'instance infirmière rappelait que ce chiffre, qui ne prend en compte que les IDE de 44 pays sur les 195 au monde, est bien en-deçà du nombre réel de décès

Le prix à payer est déjà lourd pour les soignants et risque de l'être plus encore à l'heure où la deuxième vague s'avère déjà plus haute que la première. Alors oui, si l'on peut considérer que nous sommes en "guerre sanitaire", les effets collatéraux sur les personnels de santé, assimilés à des soldats, "au front", peuvent, eux aussi, être plus importants. S'ils seront sans doute mieux protégés qu'au printemps contre le virus puisque les équipements de protection semblent ne pas manquer, ils n'en restent pas moins très exposés et donc vulnérables. Ils sont aussi épuisés et moins nombreux, car nombre d'entre eux sont infectés ou en arrêt de travail quand ils n'ont pas carrément quitté définitivement leur poste.

L'année 2020, que l'Organisation mondiale de la santé a dédiée à la profession infirmière, leur a certes donné - crise sanitaire oblige - une très belle visibilité, mettant en lumière leur valeur et leur précieux autant qu'indispensable apport aux systèmes de santé à travers le monde. Cependant, le prix à payer de leur engagement est déjà lourd. Gageons qu'il ne s'aggrave pas encore. Il faut donc continuer à protéger les soignants, car ils protègent notre santé. 

Notre rédaction adresse également ses pensées les plus sincères à la famille de Joëlle, à ses amis et ses collègues de travail. Qu'elle repose en paix et comme on le dit en Corse "ch'ella riposa in pace."

A tous ceux qui nous soignent au péril de leur vie. Sincères condoléances à toutes les familles qui ont perdu un être cher parmi les soignants, nous dit une collègue infirmière.

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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