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Edito – La créativité au service de l'infirmière...


Par les temps qui courent et au vu d'un certain découragement et d'une grande morosité observés chez les infirmières1 en tout lieux de soins, j'ose le saut de côté qui pourrait paraître inopportun, voire totalement décalé de la dure réalité des services, en me ralliant aux propos développés dans un excellent article2 d'une consœur québécoise, Margot Phaneuf, qui prône le recours « à la créativité », une possibilité thérapeutique souvent peu explorée - et de fait valorisée - par les infirmières pour mieux aider les patients, notamment lorsqu'ils sont douloureux.

Edito – La créativité au service de l'infirmière...Pour Margot Phaneuf (formation universitaire en sciences infirmières, maîtrise de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, doctorat en didactique), « il est fréquent que l’infirmière rencontre des personnes de tous âges faisant l’expérience de moments très difficiles pour lesquels notre arsenal thérapeutique demeure insuffisant. Que ce soient des enfants, des adultes dépassés par la douleur physique, surtout si elle se révèle chronique, des sujets que la souffrance psychologique afflige, des personnes en fin de vie ou encore des malades âgés que le vieillissement fait régresser, leur détresse l’interpelle. Et, très souvent, elle se demande qu’est-ce qu’elle pourrait faire pour les aider au-delà de la médication et de la thérapeutique courante. (…) Pourtant, il arrive que nous puissions, directement par nos interventions ou plus indirectement par nos suggestions, proposer des alternatives qui permettent à la personne en détresse de trouver un peu de soulagement. » Margot Phaneuf argumente donc en faveur de « la diversion au service du mieux-être et du soulagement de la douleur ». « Il est prouvé que la diversion permet au sujet de diminuer son stress, de se distancier de sa douleur physique, de permettre, chez lui, un meilleur équilibre sympathique/parasympathique et de créer ainsi, un état plus favorable au jeu des mécanismes intrinsèques du soulagement de la douleur, c'est-à-dire la sécrétion des endorphines, nos analgésiques physiologiques » écrit-elle. Elle explore ainsi la thérapie par le rire, la gélothérapie, un rire joyeux représente en effet un exercice remarquable pour le corps, un genre de « jogging intérieur ». Et de rappeler que si la présence des Docteurs Clowns est appréciée dans les services de pédiatrie, « il n’est en somme nécessaire que d’un nez rouge et d’un chapeau drôle pour opérer cette transformation. C’est l’attitude ludique et la volonté d’aider l’enfant qui comptent plus que le costume… ». Margot Phaneuf souligne également l'importance « de notre manière de créer la relation avec le malade et notre attitude lors des soins. La douceur d’un sourire, le baume de paroles chaleureuses et drôles, peuvent faire la différence en dédramatisant la situation. Certains auteurs voient même l’humour bien placé comme une habileté de relation d’aide. » Au-delà de la thérapie par le rire, Margot Phaneuf insiste sur le fait que l’utilisation de diverses formes d’art, que ce soit la musique, le dessin, l'écriture... est bénéfique et que l’art-thérapie peut devenir « un outil d’empowerment inestimable pour faire face à des expériences douloureuses. »

Certes, ces pratiques « diversives » ne sont pas accessibles dans tous les services de soins et il est plus facile de les proposer en psychiatrie, en pédiatrie, en gériatrie... que dans les services de soins aigus. « Pour de nombreux malades que ce soit des cancéreux, souffrants, rongés par l’inquiétude et dépassés par les désagréments de leurs traitements, des personnes qui vivent les tourments d’une maladie physique chronique ou des personnes âgées en perte d’autonomie cognitive, l’expression de soi à travers une activité artistique, peut devenir une échappatoire, un moyen de prendre ses distances avec l’anxiété et la souffrance et de reprendre goût à la vie. La créativité leur communique la sensation d’être vivant, pour un temps et l’envie de goûter pleinement les moments qui leur sont encore donnés » souligne Margot Phaneuf. Cependant, poursuit-elle, « il faut reconnaître que de multiples embûches se dressent pour qui veut emprunter cette voie de la diversion dans les soins. D’abord, la personne n’est pas toujours en état de s’adonner à de telles activités et nos services très conformistes ne possèdent pas cette approche dans leurs habitudes ». Et de conclure, « les voies nouvelles sont parfois difficiles à emprunter, mais combien satisfaisantes lorsqu’elles nous conduisent à de bons résultats. Tous les moyens sont bons lorsqu’ils sont efficaces disait Jean-Paul Sartre et c’est un peu vrai pour nous en soins infirmiers lorsqu’il s’agit du bien-être des malades. Aussi, pourquoi ne pas utiliser notre propre créativité et oser proposer des interventions moins habituelles… ? »

Alors bien sûr, certains verront dans cette prose de fin de semaine, des propos bien éloignés des préoccupations urgentes des soignants, voire quelque peu candides. Faisons donc preuve de créativité à notre tour et, dans une dernière pirouette, inversons-les et mettons-les dans la bouche des décideurs en tous genres du monde de la santé pour pouvoir lire ceci : « Tous les moyens sont bons lorsqu’ils sont efficaces disait Jean-Paul Sartre et c’est un peu vrai lorsqu’il s’agit du bien-être...

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Commentaires (1)

christine54

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28 commentaires

#1

Avec la souffrance, la créativité marche aussi

La créativité bien sûr et parfois avec peu de moyens..
Ainsi on a d'une façon générale beaucoup progressé dans le traitement de la douleur physique,même si effectivement la douleru chronique et les douleurs complexes mixtes à composante neuropathique comme dans le cas du cancer nous montrent que bien des progrès sont encore à faire et que tout est bon pour soulager, ne serait-ce qu'un peu, une personne. On oublie aujourd'hui la souffrance, encore insuffisamment traitée et surtout reconnue et prise en charge: qu'elle soit d'origine psychologique, morale, spirituelle, psychique ou provoquée par plusieurs causes. On ne se rend pas compte à quelpoint nous passons souvent à côté..simplement parce qu'il est encore plus difficile de parler de sa propre souffrance que d'une douleur physique. La souffrance morale ou psychique est si personnelle, si indicible..impossible d'en parler si l'interlocuteur soignant n'est pas un interlocuteur de confiance ouvert à cette expression. Je l'ai souvent noté à domicile. j'ai réalisé que parfois la personne que j'avais en face de moi était quelqu'un qui souffrait et qu'en étant plus attentive, en lui permettant, en étant moi même disponible, ouverte à son expression, elle en parlait, ce qui est déjà un grand pas. Après, là aussi, un peu de créativité, de diversion aidant la personne à prendre la distance par rapport à son problème peut aider ou poser une première pierre vers une aide plus substantielle. C.Dejours psychiatre a écrit un livre sur la souffrance sociale en disant qu'elle ne se disait pas et c'était le pbme. Dans une société en crise, avec tant de personnes en situation difficle, c'est bien d'y penser et d'être aux aguets. Se sentir un peu moins seul(e) c'est peu mais un peu qui compte et désamorce des situations morales qui peuvent dégénérer..