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Le pouvoir des mots...

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Le pouvoir des mots... Qu'est-ce qui fait qu'à un moment précis, les mots de l'un déclenchent les mots de l'autre ? Comment ces mots font écho, se transformant en catharsis collective ? Pourquoi, dans un même élan, les langues se délient et les réactions s'affichent en cascade face à ces mots qui en suscitent d'autres car ils évoquent des maux partagés ? Est-ce que le courage de l'un à dérouler sa pensée suffit à briser les tabous, à parler enfin des choses douloureuses, tues au fond de soi ? Un récent article "J'ai demandé pardon..." nous autorise à tenter de comprendre ce phénomène de partage par une appropriation des écrits d'autrui.

Coeur courage

Les mots de Malika, comme une vague, petit tsunami du web, se sont répandus sur bien des rives.

Malika, ancienne aide-soignante, témoigne. Auprès des personnes âgées dépendantes, elle a vécu des situations difficiles. Parce qu'elle y a  parfois contribué, elle fait le bilan, explique, argumente et demande pardon... Son texte publié sur infirmiers.com et sur aide-soignant.com, relayé sur nos pages facebook et par notre compte twitter a rapidement fait le tour du web et des réseaux sociaux, aimé, commenté, partagé par des milliers d'internautes et ce, bien au-delà de la seule communauté soignante1.

Merci pour ce texte très émouvant, je travaille en gériatrie et vais bientôt prendre un poste de cadre en maison de retraite. Je vais faire passer votre lettre pour qu'elle soit un moment de réflexion et d'échanges.

Touchante de vérité, la parole de Malika est courageuse. Elle s'aventure vers des contrées où les tabous demeurent, où parler de maltraitance - ou de ce qui pourrait s'y apparenter - ne se fait guère, et la dénoncer encore moins. En effet, si le sujet reste peu abordé, du moins pas de façon aussi frontale, et encore moins par un soignant, il fait pourtant l'unanimité.

Malika parle, Malika décrit, Malika s'excuse, sans jamais se défendre de n'y être pour rien. C'est aussi ce qui en fait sa grandeur. En s'excusant ainsi, elle montre sa capacité à se questionner sur le degré de tolérance que peut avoir un soignant face à des situations de soins qui manquent d'humanité, proches parfois de la simple cruauté de "l'hôpital-entreprise" qui ne s'embarrasse guère des valeurs soignantes. En effet, à l'hôpital, en institution, ici comme ailleurs, le temps c'est aussi de l'argent, alors tout ces petits gestes, ces petits riens du soin qui font toute la différence, paraissent bien dérisoires face aux quotas, ratios et autres indicateurs d'activités et de rentabilité...

Pour être bien traitant, il faut être bien traité. Face à l'augmentation continue des besoins d'aide, il semble important de reconsidérer les pratiques de soins pour aller vers des logiques de soin. Ce témoignage montre bien la limite de nos pratiques actuelles.

En "disant", en dénonçant, Malika se fait tout à coup porte-parole de toute une communauté qui subit et dont les quelques "débordements" sur le sujet ne trouvent que peu d'écho. Ce que Malika dénonce, ce peu de "bienveillance" ou cette "petite maltraitance ordinaire" exercée au quotidien auprès des plus vulnérables, chacun la vit, l'observe, la pratique, la subit... et au final l'accepte. Combien en parlent autour d'eux ? Combien osent déposer leur costume de soignant, refusant de travailler à l'encontre de leurs idéaux ? La prise de distance, le départ de l'univers des soins autorisent-ils plus facilement de briser l'omerta et, enfin, de pouvoir dire, sans peur - mais pas sans reproches - des réactions probables de sa hiérarchie, voire des effets collatéraux de ces dénonciations ?

Témoignage criant de vérité. Combien de fois je me dis mais "qu'est-ce-que tu fais..."

Interrogeons-nous maintenant. La parole de Malika s'est répandue loin, très loin. La plupart de ceux qui l'ont lue l'ont félicitée pour son courage, pour sa capacité à dire et que chacun s'y reconnaisse... Cette vague là, petit tsunami du web, s'est répandue sur bien des rives. Des soignants y ont réfléchi, des cadres de santé en ont fait un sujet d'équipe, des familles de patients y ont trouvé une triste description du quotidien de leurs aînés. Bien sûr, certains se sont défendus, rappelant que ça et là les choses ne se passent pas toujours ainsi, que la bienveillance est de mise, que ces écrits ne mènent à rien. Ils ont leur importance, une importance capitale même car leur mérite est de poser des mots sur des sentiments complexes, des mots qui, de l'intérieur, semblent impossibles à dire et à écrire. S'en emparer ainsi est déjà une petite victoire, une petite lumière qui s'est mise à clignoter, attirant l'attention de tous. Il en va ainsi du pouvoir des mots qui oeuvrent de belle façon lorsque ce sont les maux qui ont pris le pouvoir !

Pas de mots pour dire combien ce texte est criant de vérité !

Note

  1. Le texte de Malika a été republié par le site Rue89 faisant plus de 44 000 pages vues, plus de 10 000 likes et quelques 156 commentaires...
Creative Commons License

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (2)

dino

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320 commentaires

#2

Liberté, égalité, fraternité, tout ça tout ça...

...cela rejoint le constat que nous avons fait ce weekend, en groupe (deux jours de partage, petit oasis dans ce monde e brutes) : nous avons un besoin urgent de cohérence et de bienveillance.

lilumultipass

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4 commentaires

#1

Voilà ce que m'évoque ces mots : prévention et connaissance, et mot doux entre soignants pour un bon travail d'équipe !

Salut la communauté,
Moi j'ai changé de voie car trop sensible pour continuer à faire mal et me faire mal !
Je me suis toujours demandé pourquoi les soignants en arrivaient là, pourquoi ils négligent des besoins simples, se voilent la face en disant que la personne simule, bref en ne voulant pas écouter par manque de temps, de patience...
Il est sur les soignants ne sont pas bien considérés par la hierachie qui malheureusement commence dès la relation AS IDE (désolé pour vous IDE) car le pouvoir des mots aussi se joue dans les petits mots qui permettent de se sentir à l'aise dans une équipe sinon, on perd confiance en soit, on a plus envie d'aider nos chères IDE et de demander de laide (IDE que j'admire, autant qu'elles nous admirent quand elles reconnaissent la patience dont nous faisons preuve!) Bref je souhaite juste dire que cette relation mise à mal fait que l'on préfère travailler seule et souvent se faire mal et faire mal ! Ensuite une autre chose importante celà fait presque 5 ans que dans l'hopital où j'ai fait mes stages les soignants se sont battus pour avoir des draps de glisse, très chers à lépoque(100e pièce) ! et là je tombe des nues en voyant le prix pour des particuliers : 28 euro ! que l'on ne nous fasse pas croire qu'en EHPAD ils ne peuvent pas en avoir au moins 2 par étage (pour faire un roulement) pour éviter le burn out, les mauvais mouvements qui jouent aussi sur notre travail... au final le prix d'une intérim à 2euro de plus par heure est vite plus couteux pour la structure NON? alors il est grand temps que vous sachiez que cela existe car dans clinique et les EHPAD de ma métropole: PERSONNE ne connaissait ! et surtout ne pas oublier d'utiliser le matériel,lève malade(s'il est chargé!) on a qu'un seul dos il faut le préserver;
Et on voit bien qu'on est dans un système gouverné par les lobbies pharma, on préfère gaver de forlax plutot que de faire des régimes riches en fibres(pas grave L'AS s'occupera de la diarrhée et le patient on s'en fou)