AU COEUR DU METIER

Edito - Qu’est-ce qui fait la valeur d’un soignant ?

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Epidémiologie

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Oui, qu’est-ce qui fait aujourd'hui la valeur d’un soignant ? Quelle valeur a-t-il pris en quelques jours, acteur valeureux d'une "guerre sanitaire" sans précédent ? Une valeur certaine, une valeur inestimable, oui, mais à quel prix ? Partout dans le monde, observons-le, la valeur santé et ses acteurs de terrain, ont enregistré une extraordinaire augmentation de leur cotation. Nul ne peut dire ce qu'il va en advenir. Nous ne pouvons, encore une fois, qu'affirmer que la valeur d'un soignant est inestimable et que chacun d'entre nous devra s'en souvenir, à jamais. 

équipe soignants covid

Crédit : Collectif Inter-Blocs - Chacun des soignants souligne aujourd’hui que même en temps de crise exceptionnelle, au plus haut de la vague, toujours sur le pont, il ne fait que son travail, ce pour quoi il s’est engagé… mais il exhorte les Français à respecter les mesures strictes de confinement.

Qu’est-ce qui fait la valeur d’un soignant ? A l'hôpital, en ville, ailleurs... Qu’est-ce qui fait que subitement on le qualifie de "héros", on s’intéresse à lui, on le loue, on le chérit, on lui rend hommage en le dessinant, coeur à l'appui, on l’encourage, on l’applaudit, on le remercie, on le gâte de mille et une attention ? On lui livre des viennoiseries, des pizzas, du chocolat, on lui propose des séances de relaxation, d’hypnose. On s’intéresse à sa santé, à son organisation de vie, à ses déplacements, à ses enfants et à ses modes de garde. On lui propose des taxis pour se déplacer, des chambres d’hôtel pour dormir au plus près de son lieu de travail. On veille sur lui en espérant qu’il va tenir le coup, lui et ses homologues, au bénéfice de tous en oeuvrant sans relâche pour leur santé. Les anciens viennent lui prêter mains fortes, ainsi que les réservistes, tout comme les étudiants en formation, eux aussi réquisionnés.

On relaye ses coups de blues, ses coups de gueule, ses revendications pour des équipements de protection dignes de ce nom, à l'hôpital comme pour les soins de ville. On s'en émeut et on partage à notre tour... Les fondations, les millionnaires, les grandes entreprises, notamment du secteur cosmétique, proposent leurs contributions (produits d'hygiène, production de gels hydroalcooliques...), les idées fleurissent, la solidarité fait son œuvre et ce n’est qu’un début. C’est tout ce que l’on espère, car oui, les soignants le valent bien !

Quelle valeur le soignant a-t-il pris en quelques jours ? Une valeur certaine, une valeur inestimable, oui, mais à quel prix ?

Partout dans le monde, la valeur santé et ses acteurs de terrain, ont enregistré une nette augmentation de leur cotation. Parce que oui, qui sommes-nous lorsque nous sommes malades ? A qui confions-nos corps, nos douleurs, nos peurs, nos doutes et nos espoirs, si ce n’est aux soignants qui prennent soin de nous ? Que sommes-nous quand nous imaginons le pire, pour nous ou pour nos proches, en espérant que dans les services de soin les soignants seront là, en nombre et en bonne santé, équipés comme il se doit pour travailler en toute sécurité, pour eux comme pour nous ? Que serons-nous demain si, inconséquents, inobservants, minimisant une crise sanitaire sans précédent, notre attitude, notre défaut de citoyenneté et de solidarité nationale joue contre nous parce qu’on ne joue pas avec un virus, surtout de la catégorie du COVID-19 ?

"Restez chez vous ou prenez nos blouses", le message des soignants est répété des centaines de fois , photos à l’appui sur les réseaux sociaux, égrenés sur les ondes des radios, déployés dans les reportages télévisés. Bien que relayé très officiellement, par le Gouvernement et l’ensemble de ses représentants, le message peine encore aujourd’hui à passer. Jusqu’à quand et pour quellles conséquences ?

Chacun des soignants souligne aujourd’hui, avec une belle éthique professionnelle, que même en temps de crise exceptionnelle, et chacun de nous peut constater à quel point elle l’est, au plus haut de la vague, toujours sur le pont, il ne fait que son travail, ce pour quoi il s’est engagé… Oui mais… "Héros un jour, héros toujours", il semblerait que cette formulation, certes facile, devra, à l’heure du bilan, prendre tout son sens, pour chacun d’entre nous mais surtout pour le Gouvernement, et qu’au-delà des belles paroles et d’une attention soutenue quelques semaines ou plusieurs mois, les actes, forts, envers les soignants, quels que soient leurs terrains d'exercice, réclamés depuis déjà des mois, seront enfin au rendez-vous.

Vous pouvez compter sur nous, le contraire reste à prouver, rappelez-vous cette formule déployée par François Salachas, neurologue à la Pitié-Salpêtrière face à Emmanuel Macron il y a quelques semaines… A l’heure des comptes et du bilan, il faudra nécessairement une réponse forte de l’État pour que l’attractivité des métiers de la santé, leur reconnaissance, et notamment financière, soit à la hauteur de l’engagement et du sacrifice que les soignants auront montré tout au long de cette crise sanitaire, de cette « guerre », qu'ils auront mené avec un sens du devoir exemplaire. Nul ne peut dire à l'heure d'aujourd'hui ce qu'il va en advenir. Nous ne pouvons, encore une fois, qu'affirmer que la valeur d'un soignant est inestimable et que chacun d'entre nous devra s'en souvenir, à jamais. 

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (2)

Orange amère

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#2

Le spectre de la cornette...

Marre de voir une fois de plus ce genre de photo à la une de Libé, la soignante qui se dévoue corps et âme, les yeux baissés d'humilité dans l'accomplissement de sa vocation... Le spectre de la bonne sœur est toujours là, et n'est pas pour rien dans le manque de considération des infirmiers, des aides-soignants (et auxiliaires de vie). J'en profite pour saluer le boulot de ceux qui aident nos aînés à domicile en ce moment parce qu'il n'y a pas que les urgences et la réa pour gérer cette crise.

Orange amère

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#1

Le spectre de la cornette...

Toute ressemblance entre la soignante à la une de Libé et une bonne sœur ne serait... Pas un hasard. La vocation a bon dos, espérons que ceux qui sont en 1ère ligne auj hui seront récompensés à leur juste valeur demain, et pas seulement avec des bravos et mercis. Courage à tous.