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Edito - Se diviser pour moins régner...

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Baisse des salaires, gel du point d'indice dans la fonction publique, conditions de travail délétères, réforme LMD non aboutie... Autant de raisons pour les infirmiers d'être en colère. Pourtant, la profession, qui peine à se faire entendre, reste divisée au regard des différents rassemblements à venir au mois de mai...

infirmières débat discussion

Sur les réseaux sociaux, les infirmiers sont très réactifs... sur le terrain, pour se réunir, un peu moins...

Les appels à la révolte se suivent et se ressemblent, et il y en a déjà eu de nombreux jusqu'ici (manifestations, communiqués de presse, lettre au président de la République, à la ministre des Affaires sociales et de la Santé...)... Ainsi, en mai 2014, les infirmiers sont invités à se mobiliser deux fois. D'une part, le collectif NB3NP  souhaitent rassembler l'ensemble de la profession dans sept villes de France le 12 mai à l'occasion de la Journée internationale des infirmières. D'autre part, le collectif Lesinfirmières Encolère et le syndicat Résilience se réuniront le 22 mai à Paris afin de répondre à l'appel des infirmiers de l'éducation nationale. Deux manifestations à dix jours d'intervalle, cela ne fait-il pas beaucoup pour une même profession ? Surtout lorsque l'on sait que les précédentes mobilisations ont été globalement peu suivies, hormis celle organisée le 4 mars 2014 par les étudiants en soins infirmiers qui ont su frapper fort pour sauver leurs stages.

La dernière initiative en date est celle d'une infirmière en reconversion, C.B. qui souhaite rester anonyme. Elle vient en effet de lancer une pétition appelant à la démission de tous les infirmiers de France. En six jours, elle a récolté plus de 1 600 signatures. L'instigatrice de la pétition estime qu' il faut se donner les moyens de lutter et refuser le chantage de la mise en danger des patients. Que chacun prenne ses responsabilités, et si les infirmiers démissionnent en masse, alors, que les administratifs, médecins, internes, externes, cadres de santé prennent le relais, ce sera la situation idéale pour qu’enfin on se rende compte ce qu’est une journée type d’un infirmier, ce qu’on lui demande, ses responsabilités au quotidien et la charge de travail qui lui incombe. Et d'ajouter : pour que les choses bougent, il ne faut pas juste râler, il faut agir, et surtout il faut que les français prennent conscience de ce qu’est un infirmier. Car le métier est très caricaturé, stigmatisé et, finalement, ce qui nous dessert est en grande partie cette ignorance de la société pour notre métier. Tant que dans la conscience collective l’image des infirmiers sera qu’il s’agit d’un métier à vocation et de dévouement, on ne pourra jamais se battre pour obtenir quoi que ce soit car personne ne comprendra que notre profession, aussi belle soit-elle, est avant tout un métier : compétences, techniques, savoir-faire, savoir-être, théorie.

Une manifestation "unitaire" de la profession... on aurait pu l'espérer à l'occasion de la Journée internationale de l'infirmière, le 12 mai prochain !

L'union fait la force

L'insatisfaction infirmière est de plus en plus palpable. En parcourant les forums et les actualités, on se rend vite compte à quel point la profession est malmenée, et cela parfois bien avant l'obtention du Diplôme d'État...

Chez les infirmiers libéraux, la grogne monte également. En cause notamment, une nomenclature générale des actes professionnels ambiguë, des litiges avec les services administratifs des CPAM, des contraventions reçues pour infraction au stationnement durant la dispensation de soins ...

De leur côté, les spécialités (IBODE et IPDE) sont toujours en attente de la réingéniere de leur formation. Les IADE sont également dans l'expectative, le décret attribuant le grade Master au DEAI n'ayant pas encore été publié.

Le mécontentement se trouve donc partout. Pourtant, lorsqu'il s'agit de manifester, c'est chacun dans son coin ce qui fait, à n'en pas douter, le bonheur de l'avenue de Ségur... Le ministère des Affaires sociales et de la Santé, qui semble ignorer purement et simplement l'existence de la profession, est en effet bien silencieux face à toutes ces revendications. N'est-il pas temps, pour la profession infirmière dans son intégralité, de manifester sa colère ?

Un mouvement contestataire est-il possible ?

Michèle Bressand, directrice des soins de l’AP-HP, puis inspectrice générale des Affaires Sociales (IGAS), désormais à la retraite, l'a affirmé lors de sa récente conférence à Sciences Po sur « Les conflits de la santé », un mouvement infirmier de la même ampleur que celui de 1988 est hautement improbable. Pour Ivan Sainsaulieu, sociologue, cela s'explique par le fait que les infirmières se voient comme des individus, plus que comme un collectif mais aussi à cause de la pression hiérarchique. Il note également qu' elles n’ont pas la culture de la contestation des ouvriers. Autre point non négligeable : la nécessité d'assurer la continuité des soins... Mais cela n'a pas arrêté les 100 000 manifestants de 1988.

La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a déclaré que plusieurs mesures devraient permettre d'économiser dix milliards d'euros sur les dépenses d'assurance maladie. Bien entendu, cela ne devrait pas aboutir à un système de santé « low cost » selon la ministre. Si toutefois, tel était le cas, les infirmiers seraient-ils capables de défendre leur profession et le système de santé avec autant de vigueur qu'en 1988 ? On l'espère en tout cas... Et les événements à venir -ou pas- devraient nous l'indiquer...

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Aurélie TRENTESSE  Rédactrice Infirmiers.com  aurelie.trentesse@infirmiers.com

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Commentaires (11)

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#11

Structures intermédiaires

Je te laisse vagabonder à tes errances (anti) cléricales et autres mises en garde ☺qui ne me concernent pas.

Ton pamphlet sur la lutte (dépassée) des classes et l’indépendance des syndicats m’ont beaucoup amusée ; je pense à tel, promu dans un grand corps de la fonction publique après une vie de lutte ou à untel parachuté tête de liste aux européennes.

Et bien d’autres encore.

Fais attention car ton argumentaire dépassé nourrit aussi l’anti syndicalisme.

delphineb

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#10

Solidarité et réalisme

Sancho,
attention à ne pas confondre unité et corporatisme : les infirmier(e)s ont des revendications communes de part leur profession mais aussi des revendications en communs avec les professions qui les entourent (ASD, ASH, ASH, auxiliaire de vie...) et plus largement avec l'ensemble des travailleurs!
Evidemment, que les revendications sont nombreuses mais elles ne sont pas (toutes) propre à la profession infirmière : augmentation des salaires, arrêt des licenciements, amélioration de la qualité de travail ...
Et dire que le smicard est plus avantagé je trouve cela pathétique, s'en prendre au plus petit que soit n'équivaut qu'à se tirer une balle dans le pied, nos exploiteurs sont aillleurs ...

execho

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#9

structure intermédiaire

Le syndicat,structure intermédiaire utile?Attention ,ce vocabulaire me fait penser à Vatican2.pensée qui veut assigner une place au syndicat au mépris de sa nature même.Donc revenons à vatican 2..."la doctrine sociale enseigne que les rapports au sein du monde du travail doivent être caractérisés par la collaboration ;;;elle ne pense pas que les syndicats soient les portes paroles d'une lutte des classes qui gouvernerait inévitablement la vie sociale.Ils doivent au contraire défendre les justes droits dans le cadre du bien commun".La lutte pour un syndicalisme indépendant des gouvernements et du "bien commun",ou des ordres de bruxelle est ardue.il y a des trahisons,je suis d'accord avec toi;mais c'est notre outil,c'est une bataille permanente contre l'intégration,d'accord,la lassitude peut entrainer l'anti syndicalisme.c'est contre quoi je te met en garde.Ce petit couplet sur la nature du syndicat peut te sembler a dix kilomètres de ce que tu voulais dire,mais tes interventions sur les syndicalistes bien au chaud et les syndicats pas représentatifs méritaient réponse.

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#8

Légalité vs légitimité

Pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, oui les syndicats en tant que structures constituent des intermédiaires utiles et indispensables.

Ces partenaires sociaux sont les seuls habilités à négocier au nom des salariés du public comme du privé.

De même que dans le secteur libéral sous une autre forme et avec d’autres missions.

Maintenant quand je parle du faible taux national de syndicalisation, sujet préoccupant s’il en est, tu réponds audience des organisations syndicales au sein d’un groupe de salariés (privé ou public)… Si tu prends 3 salariés dont 2 qui votent pour une même organisation, on obtient un score de 66 %

Ce n’est en effet pas la même chose et c’est ce qui conduit beaucoup à s’offusquer de cette minorité (parfois ultra) aux pleins pouvoirs… cf par exemple, les accords 2010 sur la retraite dans la FPH.

execho

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#7

représentativité

Les élections permettent de mesurer l'audience des organisations syndicales.c'est sur cette base qu'est mesurée la légitimité des syndicats pour pouvoir représenter les salariés.négocier et signer des accords.en 2011 le taux de participation pour les élections technique paritaires était de 53% pour la FPE,59% pour la FPT,51% pour la FPH.Pour les élections de la commission administrative paritaire de la fonction publique d'2tat,59%.L'audience se mesure aussi sur la capacité de mobiliser:grève,manifestation.si l'inscription effective est souhaitable,ce n'est pas la seule mesure de la légitimité syndicale.

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#6

Et ça marche... ou pas !

Fait gaffe que "ça se retourne pas contre toi" execho de mettre en parallèle l'absence d'engouement pour le ordres (et donc le faible taux d'intérêt/d'inscription...) avec pour seul motif le rejet du corporatisme...

cf taux syndicalisation en France...

execho

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#5

et ça marche!

il n'y a qu'à voir le nombre d'inscrit à l'ordre pour comprendre l'envie de corporatisme des infirmières.Pour info,à l'embauche en 2010 le salaire d'un étudiant IUT plus un an(licence pro.) était entre 1100 et 1500 euros.demande aussi le salaire d'embauche d'une educatrice de jeunes enfants(bac plus trois).Et ensuite on t'expliqueras la nécessité de l'unité contre le dictat de la finance .

Sancho

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#4

Bon article

Bonjour,
Les manif. inter-professionnelle mettent toujours les infirmiers en avant pour émouvoir (C'est un beau métier) mais nous récoltons trop souvent les miettes.
En effet, nous voyons nos salaires augmenter faiblement voir très faiblement alors que les bas salaires (au SMIC) augmentent.
Le salaire d'un infirmier était supérieur de 23,9% du SMIC en 1986 et de 11% en 2009... Cherchez l'erreur...
Les rassemblements pluri-categorielles ne servent pas les infirmiers.CQFD
Un peu de corporatisme et de rassemblement ne feraient pas de mal à notre profession.
Cordialement.

eusèbe

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#3

Réponse de Résilience

"Ainsi, en mai 2014, les infirmiers sont invités à se mobiliser deux fois. D'une part, le collectif NB3NP souhaitent rassembler l'ensemble de la profession dans sept villes de France le 12 mai à l'occasion de la Journée internationale des infirmières. D'autre part, le collectif Lesinfirmières Encolère et le syndicat Résilience se réuniront le 22 mai à Paris afin de répondre à l'appel des infirmiers de l'éducation nationale. Deux manifestations à dix jours d'intervalle, cela ne fait-il pas beaucoup pour une même profession ?"

Réponse de RESILIENCE :

comme suite à votre article / édito "diviser pour moins régner", nous vous informons que si nous avons décidé de rejoindre la manif du 22 mai initiée par les infirmières scolaires c est, justement, pour ne pas multiplier les manifs infirmières et essayer de rassembler un minimum que nous espérons important, à l appel de deux syndicats d infirmières scolaires, du collectif infirmier Lesinfirmières Encolère et de RESILIENCE.
Les trois revendications mises en avant par nos collègues Lesinfirmières Encolère et RESILIENCE devraient logiquement rassembler : revalorisation salariale, prise en compte de la pénibilité et abrogation de l ordre infirmier. Enfin, RESILIENCE est un syndicat infirmier dont les membres adhérents sont tous infirmiers(ères), issues de toutes les composantes de notre profession sans exclusive aucune,

delphineb

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#2

Je veux un avenir

Il y a aussi la manif' du 15 mai qui concerne (entre autre) la profession infirmière ainsi que l'ensemble des salariés du public!


La solidarité doit être inter-professionnelle et non cantonnée à telle ou telle profession : nous travaillons en équipe, la dégradation des conditions de travail du collègue impact automatiquement sur celles des autres !

dino

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#1

On n'est jamais si bien asservi que apr soi-même

...commençons déjà par ne plus mettre au pouvoir des gens qui nous maltraitent. Voter et grogner ensuite n'a aucun sens !