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Edito – Tombées sous les coups… ou pire

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« Un peu plus chaque jour et bien moins que demain… », telle pourrait être la devise inscrite sur la « médaille du désamour », médaille offerte aux femmes par les hommes qui les maltraitent quand ils ne les tuent pas. Et des chiffres qui nous accablent : une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, soit 121 en 2018, et 70 femmes ont été tuées dans ce contexte depuis le début de l'année 2019. Pas de trêve à la violence, malgré les politiques engagées, le nombre de tentatives d'homicide augmente. Une récente étude menée à l’échelle nationale montre que même pendant les 9 mois de la grossesse les violences ne cessent pas : deux femmes sur 100 en seraient victimes avec des conséquences très néfastes sur leur santé et celle de l’enfant à naître.

Des chiffres « d’une régularité glaçante »

femme, violence

Dans les meurtres de femmes et les violences conjugales il n’est pas question de trop de passion ou de trop d’amour , il est question de possession, de pouvoir et d’ego... Il n'y a pas que les coups mais aussi la mort donnée, par armes blanches...

Il semble bien que les violences faites aux femmes ne connaissent pas de trêve. Ce n’est pourtant pas faute d’en parler, de les dénoncer, de tenter de les prévenir par des campagnes de sensibilisation musclées portées par le gouvernement ou des personnalités.  Les faits perdurent.

L’étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple sur l’année 2018, établie par la Délégation aux victimes des directions générales de la police nationale et de la gendarmerie nationale vient en effet de rendre ses tristes statistiques. En 2018, 149 personnes sont décédées sous les coups de leur partenaire ou de leur ex-partenaire de vie. Parmi ces victimes, on dénombre 121 femmes et 28 hommes. Ainsi, un décès criminel survient au sein du couple tous les deux jours et demi et une femme décède sous les coups de son partenaire ou de son ex-partenaire tous les trois jours. Les couples mariés sont les plus concernés par les homicides au sein du couple. Quelle que soit la politique publique menée, ces chiffres restent d’une régularité glaçante, a commenté Marlène Schiappa, secrétaire d’État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

L’étude des faits commis en 2018 laisse apparaître qu’il s’agit dans la grande majorité des cas d’un meurtre, commis avec une arme et dont les principaux mobiles sont la dispute ou la non acceptation de la séparation. On peut noter que dans 54,6 % des cas (soit 81 faits), on constate la présence d’au moins une substance susceptible d’altérer le discernement de l’auteur et/ou de la victime au moment des faits (alcool, stupéfiants, médicaments psychotropes). Par ailleurs, dans de nombreux cas, la violence était déjà installée au sein du couple, que l’auteur de l’homicide en ait été victime ou que la victime ait déjà subi les violences physiques et/ou sexuelles et/ou psychologiques de son partenaire ou ancien partenaire de vie.

Un Grenelle des violences conjugales sera lancé le 3 septembre prochain, annonce Marlène Schiappa


La vidéaste féministe Marinette a posté une vidéo salutaire qui s’attaque aux idées reçues sur ces violences et les lamine, une par une.



2 femmes sur 100 subissent des violences pendant leur grossesse

Une équipe réunissant des chercheurs de l’Inserm et l’Université de Paris au sein du Cress (Centre de recherche en épidémiologie et statistiques), a enquêté sur la fréquence des abus physiques pendant la grossesse, ses conséquences pour la mère et pour l’enfant, ainsi que les caractéristiques associées à ces violences, dans le cadre de l’Enquête nationale périnatale de 2016 qui incluait plus de 12 000 femmes. Publiés dans le Maternal and Child Health Journal, leurs résultats estiment qu’1,8 % d’entre elles ont subi des violences physiques pendant leur grossesse. Ils montrent également que ces violences entraînent des conséquences très néfastes pour la mère et pour l’enfant. En effet, 62 % des femmes ayant subi des abus physiques ont affirmé avoir été en situation de détresse psychologique pendant la grossesse, contre 24 % pour les autres femmes. En ce qui concerne le nouveau-né, ces violences sont associées à un risque plus élevé de naissance prématurée ou encore de transfert de l’enfant dans une unité de soins intensifs.

Dans les meurtres de femmes et de violences conjugales il n’est pas question de trop de passion ou de trop d’amour , il est question de possession, de pouvoir et d’ego...

« Aucune femme victime de violence ne doit rester livrée à elle-même...

violences femmes nagyDepuis le 27 novembre 2018, le portail de signalement des violences sexuelles et sexistes facilite les démarches des victimes auprès de policiers et de gendarmes spécifiquement formés. Son accessibilité 7Jours/7 24H/24 permet aux victimes de libérer leur parole et d’être orientées vers des structures de soutien, ou vers les services de police ou unités de gendarmerie pour recueillir leur plainte. Selon le ministère de l’Intérieur, depuis sa mise en place, 3 400 échanges ont été réalisés avec des victimes et 1 000 dossiers ont été transmis pour enquête aux services de police et de gendarmerie concernés.

Enfin, il faut rappeler que la loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles a renforcé les condamnations pour violences conjugales en présence de mineurs. Depuis la promulgation de loi, 391 condamnations ont ainsi été aggravées. Marlène Schiappa a déclaré que chaque femme qui se présente auprès d’un commissariat ou d’une brigade de gendarmerie pour déposer plainte pour des faits de violences conjugales doit être accueillie efficacement, il est nécessaire que chaque plainte soit enregistrée et traitée. Aucune femme ne doit rester livrée à elle-même alors qu’elle a fait la démarche de faire appel aux forces de l’ordre pour la protéger.

Le Président Macron, sur sa page facebook, égrénant le prénom de victimes de violences conjugales, disait ceci le 6 juillet dernier : la République n’a pas su vous protéger. Vos prénoms nous sont familiers, vous êtes nos amies, nos mères, nos sœurs, nos filles. La violence qui vous a coûté la vie nous écœure, nous révolte. La République française se doit de protéger toutes celles dont la vie est aujourd’hui en danger. Il appelait donc tout un chacun à oeuvrer pour signaler toutes violences à l'encontre des femmes. Si vous êtes victime de violence, si vous savez que l’une de vos proches est victime de violence, ne fermez pas les yeux, élevez la voix Rendez-vous sur le site dédié à leur signalement ou appelez le 3919. Vous avez le pouvoir de sauver une vie.

Une page facebook intitulée "Féminicides par compagnons ou ex" et un compte twitter associé recensent ces tragiques événements, ces crimes perpétrés depuis le début de l'année, soit 76. Pour ce collectif à l'initiative de ce triste travail de recension, non, ce ne sont pas des "drames familiaux" ni des "drames de la séparation" ni des "crimes passionnels", ce sont des féminicides conjugaux perpétrés par des hommes frustrés qui pensent détenir un permis de tuer. Ce sont des assassinats systémiques dont l'origine se trouve au cœur de notre société, dans l'éducation patriarcale qui est donnée aux hommes et qui les autorise à posséder femmes et enfants, à disposer de leurs vies. Nous consacrons ici une publication par victime. C'est un travail éprouvant mais nécessaire pour que ces femmes ne restent pas invisibles, qu'elles soient nommées quand c'est possible, et non plus une parmi d'autres anonymes dans un chiffre global annuel dont pas grand monde ne s'émeut ni ne s'indigne parmi les politiques et même la société...

Nous rappelions récemment le rôle déterminant que doivent également jouer les professionnels de santé pour repérer, signaler et prendre en charge avant qu'il ne soit trop tard ces violences faites aux femmes.

Le 3 juillet dernier à Saint-Denis (93) une femme de 20 ans a été battue à mort par son compagnon (20+). Elle était enceinte de 3 mois. Le meurtrier a été interpellé. Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour homicide volontaire. Elle avait déposé une main courante la veille pour signaler des violences...

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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