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Enquête sur le grand âge : les Français sont pour l’accentuation de la pratique avancée

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Compétences infirmières

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L’accompagnement des personnes de grand âge est une préoccupation pour 9 Français sur 10 selon le dernier baromètre santé 360 réalisé par Odoxa. Et pour cause, ils estiment que la prise en charge de cette question par les institutions est insatisfaisante au point qu’ils sont inquiets quant à leur propre vieillissement à venir. Toutefois si les EHPAD jouissent, sans réelle surprise, d’une mauvaise image, les répondants ont une haute opinion des soignants, que ceux-ci travaillent dans ces mêmes établissements ou à domicile. Un décalage bien français selon les statisticiens.

Le nouveau baromètre santé 360 s’est penché sur un sujet d’importance et fortement débattu : la prise en charge du vieillissement en France.

La prise en charge des seniors est un sujet particulièrement préoccupant, en France mais aussi partout en Europe selon la dernière enquête Odoxa consacré à cette problématique. De manière générale, si les EHPAD continuent de pâtir d’une mauvaise image, les Français se sentent mal informés sur les complications liées à l'âge, en partie à raison, car ils ont aussi peu de connaissance sur les aides existants en cas, par exemple, de perte d'autonomie. Toutefois, en ce qui concerne la place des acteurs impliqués, les auxiliaires de vies et les aides-soignants sont ceux qui jouissent de la meilleure réputation. De même, la majorité de la population souhaiterait que le médecin généraliste et les infirmiers bénéficient d’une place plus importante dans cette prise en charge.

Des données évocatrices étant donné la grande ampleur de ce sondage qui regroupe un échantillon de plus de 100 citoyens français, près de 500 aidants familiaux, plus de 1400 professionnels de santé (dont 537 infirmiers et 245 aides-soignants) ainsi qu’un échantillon global de plus de 3000 européens.

68% des Français et 60% des aidants se disent insatisfaits par la prise en charge de cette question dans le pays

La prise en charge du grand âge : un sujet d’importance pour la population

Selon le baromètre, l’accompagnement des seniors est préoccupant pour 9 Français sur 10, c’est même une problématique prioritaire pour la moitié d’entre eux. Par ailleurs, 59% des Français se sentent concernés à titre personnel par ce sujet tout comme 75% des européens qui s’estiment également attentifs à ce problème. Pire : les Français pensent que cette « priorité » n’est pas bien traitée : 68% d’entre eux et 60% des aidants se disent insatisfaits par la prise en charge de cette question dans le pays. Cette fois encore la France ne fait pas exception, cette opinion est partagée par la plupart des européens. Or, cette défaillance est jugée angoissante par la population (68% des citoyens interrogés) et plus encore par les aidants (82% se disent inquiets quant à la situation).

Les auxiliaires de vie et les aides-soignants en particulier jouissent d’une excellente image. Les chiffres démontrent à quel point le grand public estime que ces soignants se sacrifient sans avoir, ni la reconnaissance, ni le salaire qu’ils méritent.

Le paradoxe français

Dans l’hexagone, on est inquiet quant à son propre vieillissement à venir. Un désarroi parfaitement ressenti par les professionnels du soin ! Sans surprise, ce sont surtout les problèmes de santé qui tourmentent les Français, bien loin devant les difficultés liées aux revenus ou à la sécurité. Cette fois encore, on retrouve ce même schéma partout en Europe concernant les angoisses quant à son propre vieillissement.

En revanche, il existe en France un paradoxe concernant les EHPAD. Si ces établissements sont toujours majoritairement mal perçus, les soignants disposent quant à eux d’une très bonne image qu’ils y travaillent (60% d’opinion favorable) ou qu’ils exercent à domicile (79% d’avis positifs). Les auxiliaires de vie et les aides-soignants en particulier jouissent d’une excellente réputation. Les chiffres démontrent à quel point le grand public estime que ces soignants se sacrifient sans avoir ni la reconnaissance, ni le salaire qu’ils méritent. Cet écart entre la perception des EHPAD et celle des personnels est typique de notre pays. En effet, dans la plupart des autres Etats européens les maisons de retraite sont moins décriées, mais les professionnels de santé qui y exercent sont nettement moins bien soutenus par l’opinion publique.

Face à cette image des EHPAD, plus que jamais, les Français tiennent à rester à domicile en cas de perte de capacités physiques. Cependant, en cas de déclin cognitif, ils préféreraient intégrer un établissement spécialisé. En outre, la somme que le citoyen est prêt à verser mensuellement est trois fois inférieure au tarif médian actuel des maisons de retraite (648 € contre 1 900€).

Pour ne rien arranger, les Français se considèrent comme mal informés sur les risques liés au vieillissement. Pire, 7 Français sur 10 et 1 aidant sur 2 n’a pas connaissance des dispositifs existants sur la prise en charge des personnes en perte d’autonomie.

Près de trois quarts des citoyens qui ont participé au sondage, et entre 65 et 69% des aidants sont persuadés que les moyens accordés à l’aide du maintien à domicile et aux EHPAD sont insuffisants.

Des moyens insuffisants

D’ordre général, près de trois quarts des citoyens qui ont participé au sondage, et entre 65% et 69% des aidants sont persuadés que les moyens accordés à l’aide du maintien à domicile et aux EHPAD sont insuffisants. Les Français se montrent particulièrement sévères concernant les politiques publiques : 90% d’entre eux les jugent inadaptées au défi du vieillissement de la population et de la dépendance. Plus précisément, trois quarts de la population estime que ces dispositifs sont complexes, 67% les jugent inefficaces et 75% les trouvent inaccessibles. Les aidants, bien que directement concernés, présentent des opinions similaires. Néanmoins, les soignants échappent encore une fois à ces rudes appréciations. En outre, les services de santé à domicile, comme les SSIAD, sont connus par une majorité de Français même s’ils n’ont pas une idée précise de ce dont il s’agit.

Quant on questionne le grand public sur le sujet qui fâche : les investissements, pour une majorité d’entre eux le budget concernant les actions en faveur du grand âge devrait relever de la solidarité nationale. D’ailleurs, les trois quarts de la population approuvent la création du 5ème risque dédié au financement public de la prise en charge de la perte d’autonomie et du grand âge. Toutefois, les Français ne semblent approuver aucune solution envisageable pour faire face à ces enjeux de financements dès lors qu’elles auraient un coût direct ou indirect pour eux-mêmes. Seules les nouvelles technologies paraissent un moyen appréciable pour améliorer la vie des personnes âgées ainsi que leur accès aux soins. En effet, pour deux tiers des Français et les trois quarts des médecins, la santé connectée est une opportunité à saisir pour aider au maintien à domicile.

Les alertes automatiques en cas de problème de santé et la télésurveillance médicale sont jugées utiles par les aidants

Une plus grande place à accorder aux soignants

Face au défi du grand âge, les Français sont une large majorité (79%) à être favorables à la pratique avancée chez les infirmiers. Ainsi, 77% du grand public et 82% des aidants sont d’accords pour qu’un infirmier accomplisse un acte médical jusqu’alors réservé au médecin. Concernant la dépendance, 83% des citoyens estiment que le développement de la pratique avancée serait utile pour aider au soin et maintenir à domicile les seniors devenus dépendants.

Enfin, il est bon de rappeler que 15% des Français soit 7,8 millions de personnes sont des aidants, car, d’après cette enquête, les professionnels de santé sous-estiment largement ce nombre. Les médecins en particulier, lorsque l’on leur demande, citent un chiffre 3 à 4 fois en dessous de la réalité. En revanche, les infirmiers et les aides-soignants sont beaucoup plus justes dans leur approximation. D'autre part, s’ils tentent de soutenir un proche dépendant, les aidants se jugent mal aider par l’Etat. Et pour cause, 83% des aidants ne bénéficient d’aucun dédommagement ni rémunération au titre de leur activité d’aidant !

Ainsi le tableau dressé par ce baromètre est assez sombre : les Français s’inquiètent, ils craignent la façon dont ils devront gérer leur propre vieillissement, ils gardent une piètre opinion des EHPAD, jugent les politiques publiques inadaptées et se sentent mal informés sur le sujet… Des changements sont nécessaires car la France comme l’ensemble de l’Europe continue de vieillir et si vieillir est inéluctable, il devrait être possible de traiter les personnes âgées au mieux.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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