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Épidémie Covid-19 : l’Armée déploie un hôpital de campagne à Mulhouse

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Epidémiologie

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Un hôpital de campagne est désormais opérationnel sur le site de l’hôpital de Mulhouse, l’un des premiers clusters de l’épidémie à Covid-19 en France. Cette structure médicale modulaire sous tente, spécifique du régiment médical de l'Armée de Terre (RMED) et dotée d'une capacité de 30 lits de réanimation, va permettre de désengorger l’hôpital ainsi que les autres hôpitaux de la région Grand Est complètement saturés de patients atteints du Covid-19. Quid de sa composition, de son déploiement en personnels et matériels, et de sa coordination avec les équipes hospitalières civiles en place. Revue de détails.

mulhouse hôpital militaire

Crédits photos ©SSA - Un déploiement exceptionnel de soutien pour faire face à l'épidémie de coronavirus massive dans la région Grand Est.

Le 16 mars dernier, dans son allocution télévisée, Emmanuel Macron exhortait les Français à rester confinés chez eux pendant au moins 15 jours afin de contenir autant que possible la propagation du virus Covid-19. Il promettait par ailleurs l’installation d’un hôpital militaire de campagne à Mulhouse, ville et foyer de contamination – comme tout le département du Haut-Rhin – très fortement touchée par l’épidémie afin de désengorger l’hôpital de la ville ainsi que les autres hôpitaux de la région Grand Est complètement saturés de patients atteints du Covid-19.

Premier patient pris en charge par l’Élément militaire de réanimation de Mulhouse : mardi 24 mars 2020

Une opération logistique complexe

Cet "élément militaire de réanimation" (EMR) du service de santé des armées (EMR-SSA), dressé près des urgences et de l’héliport de l’hôpital Emile-Muller, est désormais opérationnel depuis ce 24 mars où les premiers patients ont été pris en charge. Il montera progressivement en puissance pour atteindre sa pleine capacité opérationnelle en fin de semaine et restera en place autant que nécessaire. L'opération logistique, menée conjointement par le service de santé des armées, l’Armée de terre et l’État-Major des Armées, a été quelque peu complexe. En effet, l'Armée n'a pas dans sa palette de structures entièrement dédiées à la réanimation. Ce n'est pas non plus dans sa culture, puisqu'elle est organisée de sorte que lorsqu'un soldat est blessé tout est mis en œuvre pour qu'il soit pris en charge dans les meilleurs délais dans un des huit hôpitaux d'instruction des armées (HIA) implantés sur le territoire national. Avant son déploiement, il a donc fallu en amont tester le matériel, le rassembler, l'acheminer puis monter la structure médicale sous tente. Celle-ci est composée de cinq modules avec six lits chacun, ce qui lui donne une capacité totale de trente lits de réanimation disponibles. L’EMR a été créé en fonction des besoins des patients tout en tenant compte des contraintes sanitaires et sécuritaires (circuit d'habillage/déshabillage…). Une fois monté, il a encore fallu le désinfecter puis le mettre à l’épreuve afin de vérifier sa réponse à tous les défis techniques et logistiques, et ainsi pallier tout risque de coupure électrique ou d'oxygène par exemple !

Cinq modules avec six lits chacun, ce qui lui donne une capacité totale de trente lits de réanimation disponibles.

Les chiffres de l'épidémie de Covid-19 dans la région Grand Est au 24 mars 2020 – 14h

  • 2 722 personnes hospitalisées, dont 595 en réanimation
  • 625 personnes sorties d’hospitalisation, « leur état de santé ayant été considéré comme rassurant »
  • 407 décès
  • 3 médecins décédés (2 médecins généralistes l'un en Moselle, l'autre à Colmar, ainsi qu'un gynécologue-obstétricien à Mulhouse)
  • 20 décès « en lien possible avec le Covid-19 » à l'Ehpad "Le Couarôge" de Cornimont (88)
  • 900 lits en réanimation, soit le double des capacités habituelles d’accueil en réanimation dans la région

Source : ARS Grand Est, 24 mars 2020

Une coordination exemplaire

hôpital militaire Mulhouse91 personnels soignants

Près de 121 militaires sont à la manœuvre pour faire fonctionner cette structure mobile unique jamais mise en place ni en opération extérieure ni dans l’Hexagone. Trente d'entre eux sont des personnels RMED dédiés à la logistique, les 91 restant étant des personnels soignants (83 du SSA – médecins, infirmiers, aides-soignants – et 8 auxiliaires sanitaires qui appartiennent au RMED). À noter une équipe est dédiée à chacun des cinq modules.

Une totale coordination avec les équipes médicales de l'hôpital

L'hôpital de campagne va fonctionner en totale coordination avec les équipes médicales du CH de Mulhouse. Des réunions organisées quotidiennement entre les deux structures permettront de décider quels patients seront transférés au sein de l'EMR. Dans une logique de transfert, le SSA explique qu'il ne s'agira pas des cas les plus graves mais de ceux postcritiques, donc potentiellement transférables, l'objectif étant ensuite de les transférer de nouveau sur des services de médecine de l'hôpital.

D'autres hôpitaux militaires également en soutien

Outre cet élément militaire de réanimation installé à Mulhouse, cinq hôpitaux militaires ont été identifiés pour venir en soutien avec des places réservées pour des patients atteints de Covid-19 a indiqué le 18 mars dernier Geneviève Darrieussecq, la secrétaire d’État aux Armées. Cela représente 117 lits, dont 40 de réanimation. Pour autant, l'ensemble des huit HIA sont en plan blanc, mais avec des différences d'implication dans le traitement.

Évacuation sanitaire

Enfin, l’Armée est aussi mobilisée et à pied d’œuvre afin de répartir les patients du Covid-19 sur le territoire national pour, là encore, soulager l'hôpital saturé. Depuis le 18 mars, plusieurs d’entre eux ont ainsi été évacués médicalement de Mulhouse vers des hôpitaux d'instruction des armées (HIA) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Toulon, Marseille), le CHU de Bordeaux mais aussi les hôpitaux de Brest et Quimper via un A330 MRTT Phénix. Équipé du kit "Morphée", cet avion est un véritable hôpital volant doté d’une dizaine de places et en capacité d’accueillir des patients en réanimation. À chaque manœuvre Morphée, ce sont 14 militaires du SSA qui embarquent pour soigner en vol ces patients civils du Grand Est. L'Armée contribue ainsi à l'effort national face à l'épidémie de Covid-19.

Témoignage - Les soignants de ville également au front :je me tiens prête. Une fois stabilisés, les patients vont sortir

Émilie Deles, 38 ans, est infirmière libérale à Mulhouse depuis 2012. Mère de trois enfants (4, 9 et 11 ans), elle témoigne pour infirmiers.com de son quotidien de soignant en ville depuis que le Covid-19 sévit fortement au niveau local et régional.

Avec mon associé et notre remplaçante, nous nous sommes préparés à la prise en charge de patients Covid-19. Nous avons pris connaissance des différents protocoles sur la conduite à tenir transmis par l’URPS Infirmiers Grand Est, l’agence régionale de santé (ARS) et la FNI. Nous avons ainsi mis en place les mesures de prévention requises. Par ailleurs, la Cpam nous a contacté pour savoir si nous étions d’accord pour cette prise en charge (recensement des Idel pour télésuivi). Nous avons répondu positivement… pour peu que l’on nous en donne les moyens – ce qui suppose la fourniture de charlottes, masques, surblouses…– et que cela se fasse dans notre périmètre d’exercice. Au niveau du matériel, l'ARS nous a fourni 50 masques chirurgicaux/Idel il y a une semaine. À cela s'ajoutent également 50 autres masques chirurgicaux déjà transmis début mars par la pharmacienne, laquelle nous a aussi donné il y a une semaine 18 masques FFP2 que je n’utiliserai qu’en cas de suspicion très forte ou cas avéré. Il semblerait cependant que ce ne soit pas le cas de tous mes confrères et consœurs qui pour certains attendent encore leurs dotations auprès de leurs pharmacies ! À ce jour, nous n’avons eu à prendre en charge que des cas de suspicions de la maladie sur des patients – il y a au moins 15 jours – hors de notre patientèle. Donc pas de chamboulement majeur. Mais cela devrait arriver crescendo. SOS médecins vient d’ailleurs de nous contacter afin d’intervenir trois fois par semaine pour une prise des constantes chez une patiente présentant de la fièvre. Je me tiens prête. Une fois stabilisés, les patients vont sortir. En attendant, nous devons faire face à beaucoup de questionnements de la part des patients… et cela me pèse beaucoup. C’est dur d’avoir les gens dans la plainte du confinement, tandis que d’autres me regardent de manière très suspicieuse. Cela me chagrine, me pèse. J’ai peur pour ma responsabilité et je me sens également remise en cause dans ma façon de faire. Je suis pourtant très précautionneuse mais cela met quand même une grosse pression ! Et à cette peur de mal faire s’ajoute aussi ma propre peur. Il y a trois semaines je n’étais pas du tout inquiète ; ce n’est plus le cas aujourd’hui lorsque l’on sait que le Covid-19 touche aussi des jeunes sans pathologie. Reste tout de même à pointer des points positifs parmi lesquels la solidarité interprofessionnelle – la pharmacienne nous a équipés avant son propre personnel – ainsi que la coordination civil/armée ».


Journaliste

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