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L'épidémie de SARS-Cov-2 aura-t-elle bien lieu en France ?

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Epidémiologie

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Alors que la semaine dernière, la France déclarait ne plus avoir de cas de coronavirus sur son sol, le décompte a bien changé en quelques jours. Mardi 3 mars, à 13 h, 204 cas sont désormais confirmés sur le territoire d'après Santé publique France. Pour l'instant le bilan s'élève à 4 morts dans l'Hexagone. L'épidémie de SARS-Cov-2 continue donc de s'entendre progressivement. Les prochaines semaines seront probablement décisives car pour l'instant difficile de prévoir comment la situation va évoluer. 

Le nombre de personnes touchées par le nouveau coronavirus se cesse d'augmenter dans le monde. En France, ce chiffre aussi est en hausse depuis une semaine. Pour l'instant, difficile d'avoir des prévisions sur la suite...

Avec l'avalanche d'informations et d'études publiées depuis le début de l'épidémie de coronavirus débutée en Chine, peu de choses sont encore vraiment connues sur ce nouveau virus. Le Pr Caumes, infectiologue à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière (AP-HP), récemment intérrogé par nos collègues du Quotidien du Médecin l'affirme : On ne sait finalement pas grand-chose car le manque de recul n'est pas de nature à permettre la production de données scientifiques fiables. On a d'ailleurs vu un grand nombre d'opportunistes profiter de l'actualité pour publier des études de mauvaise qualité.

Certains faits sont toutefois avérés. Premièrement, c'est une infection avec un taux de mortalité faible notamment en ce qui concerne les enfants et les jeunes adultes. De même sa contagiosité reste estimée à entre 2 et 3, ce qui est similaire à celle de la grippe. Cependant, contrairement aux virus grippaux, il existe des individus « super-spreaders » comme pour le SRAS ou le MERSCoV. C'est notamment ce qui a pu être observé dans des milieux confinés comme à bord du Diamond Princess, précise le Pr Caumes. En effet, certaines données montrent qu'il sera plus complexe que prévu de limiter la transmission du pathogène. La majeure problématique reste les porteurs sains (individus qui ne présentent pas de symptômes cliniques) qui, d'après les derniers travaux parus, sont bien moins rares qu'il n'y paraissait. En réalité, les personnes infectées mais asymptomatiques seraient de l'ordre de 35 à 50 % selon les études. Une maladie avec autant de cas asymptomatiques est inarrêtable, estime le spécialiste.

Autre point qui inquiète l'infectiologue : les contaminations entre patients et soignants. Cela indique que les règles les plus élémentaires d'hygiène - le port du masque par le patient et par le professionnel de santé - ne sont pas respectées, détaille-t-il. Il est donc probable qu'il y ait une épidémie en France. D'ailleurs, le gouvernement n'est pas dans une logique de la stopper mais plutôt de canalisation. Leur principale crainte n'est pas liée à la mortalité du virus, assez faible du reste, mais de voir le système de santé et les hôpitaux submergés face à cette nouvelle contrainte. Alors que les établissements de santé sont déjà sous tension le coronavirus pourrait bien être la goutte de trop...

Au niveau des personnes à risque, il s'agit des mêmes populations que pour la grippe saisonnière. Les cas pouvant potentiellement être graves sont sans doute les individus ayant déjà des problèmes respiratoires notamment ceux atteints de BPCO. En revanche, rien n'indique, pour l'instant, que les femmes enceintes seraient plus à risque. L'obésité non plus ne semble pas être une comorbidité préoccupante.

D'un point de vue individuel, les données sont rassurantes, mais d'un point de vue collectif, l'arrivée du SARS-CoV-2 est très inquiétante- Pr Caumes

La recherche sur de potentielles traitements curatifs se poursuit

Selon le journal l'Express, la recherche sur les traitements thérapeutiques vient de franchir un cap. Les essais cliniques sont sur le point de débuter dans l'Hexagone, et ce, probablement dès la fin de la semaine ou, au pire, dès la semaine prochaine. Le protocole est prêt, nous attendons simplement les autorisations réglementaires, qui devraient arriver rapidement, clarifie Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses de l'Hôpital Bichat à Paris (AP-HP), également directeur de l'Institut thématique immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie de l'Inserm. Les scientifiques sont dans les starting-blocks. Plusieurs réseaux européens sont mobilisés depuis le début de l'épidémie en Chine en coordination avec l'OMS pour éviter que chacun ne commence les études de son côté.

Plusieurs centaines d'établissements en Europe sont déjà connectés, les modalités de recueil des données des patients et de réalisation des études ont été harmonisées, et les comités d'éthiques ont été saisis. Il ne reste plus qu'à choisir les médicaments, souligne le Pr Herman Goosens, microbiologiste à Anvers et coordinateur du réseau européen Prepare. En France, les ministères de la Santé et de la Recherche auraient d'ores et déjà débloqué des fonds. La chloroquine, un antipaludéen ayant récemment montré des signes d'efficacité fera-t-elle partie des candidats retenus pour ces essais ?  Si cette molècule semble avoir donné des résultats in vitro, l'étude chinoise qui l'a testé n'a pas convaincu l'ensemble de la communauté scientifique.

Bas les masques pour les professionnels libéraux

Autre sujet soulevé dernièrement par les syndicats des professionnels de santé libéraux : les masques de protection. Ces derniers jours, ceux-ci ont réclamé que des masques FFP2 soient mis à disposition des cabinets comme cela avait été le cas lors de la crise de H1N1 en 2009. Néanmoins, lors d'une conférence qui s'est tenue le 2 mars, le ministère de la Santé a soutenu que sur présentation de sa carte professionnelle, chaque professionnel de santé pourra se procurer gratuitement des masques chirurgicaux (suffisants dans la très grande majorité des cas) en pharmacie de ville. Les masques FFP2 seront réservés à des situations plus à risques, explique le Sniil dans un communiqué. Cependant, si on en croit nos confrères du Généraliste qui ont interrogé des médecins syndicalistes, le véritable problème serait plutôt que les masques FFP2 s'avéreraient en rupture de stock et du fait des délais incompressibles de fabrication, la France ne les aura que dans plusieurs semaines.

Au niveau des conditions d'indemnisation des IDEL en cas de confinement ou d'arrêt maladie, la CPAM a annoncé réfléchir à ouvrir des droits à indemnité journalière pour les libéraux en cas de confinement ou d’arrêt maladie tel que cela a déjà été réalisé pour les salariés. Enfin,  les professionnels concernés ont demandé comment assurer la continuité des soins en cas de mesures d'isolement ? Là-dessus le ministère n'a pas apporté de réponse et a simplement déclaré qu’il prendra en compte la demande...

Infirmiers.com

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