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"J'espère que vous serez le Président et le Ministre du changement"

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Epidémiologie

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"Je vous fais une lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps - Je me permets cette citation du poème de Boris VIAN en espérant grandement que vous aurez le temps de la lire…" Nous reproduisons ici la lettre ouverte de Christine, "infirmière encore motivée, patiente, citoyenne et future personne âgée" au Président de La République et au Ministre des Solidarités et de la Santé.

"J'espère que vous serez le Président et le Ministre du changement"

Cette prime est une belle avancée de valorisation du métier d'aide soignant en gériatrie. Cette avancée serait encore plus belle en incluant les agents faisant fonction en EHPAD".

Le 23 mai 2020

Objet : Lettre ouverte

Monsieur Le Président de La République,
Monsieur Le Ministre des Solidarités et de la Santé,

Je vous fais une lettre que vous lirez peut-être, si vous avez le temps, je me permets cette citation du poème de Boris VIAN en espérant grandement que vous aurez le temps de la lire.

Dans le contexte de crise sanitaire actuel, je sais que vous devez être très sollicités. Je suis infirmière en EHPAD depuis dix ans après avoir été aide soignante en gériatrie pendant 16 ans.
J'ai choisi ce secteur d'activité peu prisé. C'est un secteur d'activité très complexe et qui demande de multiples connaissances et beaucoup d'autonomie.

Malheureusement, mal reconnu, ce secteur a toujours autant de difficultés à susciter des vocations et le recrutement est extrêmement compliqué.

Les agents sont peu reconnus, mal rémunérés. Je déplore que ce soit le seul secteur d'activité du prendre soin où l'État accepte de confier nos aînés à du personnel non qualifié. Je ne dénigre pas ce personnel car il fait ce qu'il peut avec toutes les difficultés liées au manque de connaissances.

Ces agents, titulaires, qui assument les mêmes fonctions qu'un aide soignant souvent depuis des années, sont les grands oubliés de la Prime Grand Âge. Effectivement pour reprendre le texte, il est écrit : les aides soignants,..., et les agents contractuels assumant les mêmes fonctions....

Je vous demande, humblement, de revoir le texte et d'ajouter une annexe valorisant le travail de ces agents en leur destinant également cette prime.

Si ces agents venaient à refuser de faire ce que l'on appelle communément faisant fonction, ce qu'ils peuvent envisager puisqu'ils ne sont pas formés, les EHPAD seraient en grande difficulté pour assurer les soins d'hygiène et de confort aux nombreux résidents dépendants et très dépendants. Cette prime est une belle avancée de valorisation du métier d'aide soignant en gériatrie. Cette avancée serait encore plus belle en incluant les agents faisant fonction en EHPAD.

Les aides soignants, formés à la fonction d'Assistant de Soins en Gérontologie (ASG), voient leur formation dévalorisée, car le texte ne permet pas de cumuler la Prime Grand Âge et la prime d'ASG.
Ils se retrouvent donc sur le même banc que leurs collègues n'ayant pas suivi cette formation complémentaire. C'est une marche arrière déplorable.

Comment la patrie des droits de l'Homme accepte-t-elle d'avoir aussi peu de considération pour ses anciens et pour les personnes qui prennent soin d'eux ? L'avancée en âge et la perte d'autonomie nous feraient-elles perdre notre statut d'Homme ?

Lettre ouverte

Depuis des années, j'entends que nos métiers du soin doivent être revalorisés. Beaucoup ont dit qu'ils avaient entendu nos revendications.

De nombreux rapports coûteux ont fait un état des lieux désastreux dans la prise en charge du vieillissement.

Combien d'argent sera encore dépensé sur le dos du contribuable pour un énième rapport ? La gériatrie n'est pas une entreprise rentable. Mais le coût financier de tous ces rapports aurait permis d'augmenter les moyens humains dans nos structures d'accueil pour personnes âgées  très dépendantes.

Après nous avoir entendu, j'espère que vous serez le Président et le Ministre du changement et que notre hôpital public pourra continuer à vivre et offrir des soins à toute la population.

Vos fonctionnaires sont bâillonnés par le droit de réserve alors que des dysfonctionnements sont légions quotidiennement. Comment faire évoluer notre système de soins si nous ne pouvons les dénoncer sans être sous le joug de sanctions éventuelles et plus que probables ?

Les nombreuses manifestations dénonçant les manquements de notre système n'ont conduit à aucune prise en compte des demandes des différents personnels soignants et autres professionnels de nos établissements de santé.

La crise sanitaire inédite a mis à jour les craintes répétées de ces dernières années. Dommage qu'il ait fallu cette situation extrême pour que vous preniez conscience des limites de vos Hôpitaux et EHPAD.

Encore et toujours, le personnel a fait preuve d'une extraordinaire capacité d'adaptation et d'une volonté incommensurable de vouloir soigner tous les patients en mettant lsa propre santé en danger.

Pas seulement, en faisant face au virus en première ligne, le personnel a également adapté ses pratiques dans tous les services de soins pour mettre en place les protocoles pour protéger les patients et également les résidents en EHPAD sans moyens humains supplémentaires.

Je vous remercie de la prime exceptionnelle COVID pour les hospitaliers. Monsieur le Ministre, suite à votre communiqué de presse du 8 mai dernier, où en est le texte de référence pour le versement de la prime exceptionnelle aux personnels des secteurs sociaux et médico-sociaux dont les EHPAD ?

Les réorganisations liées à la crise sanitaire ont entraîné une augmentation de la charge de travail qui n'a pas toujours été prise en compte par nos directeurs d'établissements, trop occupés à gérer la crise en s'assurant d’avoir assez de lits pour accueillir les patients COVID en oubliant parfois, j'espère pas trop souvent, les autres services et structures dépendants de leurs établissements.

Tous les personnels, qui représentent chacun un maillon irremplaçable d'une chaîne magnifique de solidarité et concourent par leur investissement, leur implication et leur professionnalisme au bon fonctionnement des établissements, méritent considération et doivent être reconnus en tant que tels.

Que devient une chaîne à laquelle il manque un maillon ? Au mieux, elle est plus courte et ne peut donc plus assurer toutes ses fonctions, au pire elle ne sert plus à rien et est mise au rebut.

Nos directeurs d'établissements sont des financiers, même si certains, trop peu nombreux font preuve d'humanité en dénonçant leur manque de moyens humains et financiers. Certains,  courageux, reconnaissent publiquement les limites de leur établissement.

Les soignants ne sont pas des comptables et le prendre soin n'est pas calculable de manière exhaustive. Certes, des actes ont un coût  matériel, mais que fait-on du temps de négociation pour l'acceptation du soin, du temps relationnel pendant le soin pour que celui-ci se passe dans les meilleurs conditions et ne soit pas vécu comme un traumatisme par le patient ?

Les valeurs professionnelles des soignants sont de belles valeurs, elles doivent rester au centre du système de santé.

Le raisonnement économique, qui induit le fonctionnement de l'hôpital comme une entreprise, n'est plus possible. Je pense qu'une autre perspective moins économique remettrait du sens dans la prise en charge de la santé de nos concitoyens. Chacun s'accorde à dire et redire que la santé n'a pas de prix.

La tarification à l'activité a entraîné la fermeture des petits hôpitaux qui assuraient des soins de proximité pour la population de leur bassin de vie. Certains ont pu éviter la fermeture en se réinventant en fermant plusieurs services comme la maternité, la chirurgie, les urgences et en dirigeant leur activité vers les personnes âgées, laissant ainsi une grande partie de la population démunie.

Nous devons réfléchir ensemble, soignants et économistes, pour trouver d'autres moyens de financer et de mieux gérer nos établissements ! Nous n'arriverons à rien si nous n'avons pas une réflexion globale.

Les français doivent pouvoir avoir accès à un système de soins quelque soit leur âge, leur niveau social et/ou intellectuel, leur lieu de résidence. Notre république est un état de droits : le droit à la santé n'est pas le moindre !

Liberté-Égalité-Fraternité est la devise de notre République, faisons en sorte qu'elle prenne tout son sens dans notre système de Soin !

Dans l'attente de vous lire, je vous remercie d'avoir pris le temps de prendre connaissance de ce courrier.

Je vous adresse mes respectueuses salutations.

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