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Face à la crise sanitaire, une anxiété et un épuisement croissant pour les soignants

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Epidémiologie

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Malgré le déconfinement en vue, les professionnels de santé restent extrêmement sollicités pour faire face au nouveau coronavirus. Et ce n’est pas sans conséquences pour eux. Les appels vers la plateforme téléphonique mise en place par SPS sont en effet de plus en plus nombreux.

Face à la crise sanitaire, une anxiété et un épuisement croissant pour les soignants

La fatigue et l’angoisse des soignants est particulièrement prégnante en ces temps de crise sanitaire.

L’expression de la souffrance des soignants se fait de plus en plus forte et montre d’autant plus la nécessité de mettre en place des moyens de soutien adaptés. C’est du moins ce que conclut SPS qui vient de rendre publiques des données sur l’activité du numéro vert SPS, dispositif d’aide aux professionnels pendant le confinement, et celles-ci s’avèrent plutôt alarmantes. En effet, une moyenne de 73 appels par jour dont 35% proviennent d’infirmiers ou d’aides-soignants.

Tous les personnels de soins critiques vivent un stress professionnel considérable lié à la suractivité, à la gravité des cas, mais également aux effets psychologiques et psychiques du confinement qui limite les activités et les contacts sociaux. Beaucoup se trouvent ainsi privés des régulateurs importants qui évitent l’envahissement de l’esprit par les situations cliniques et les angoisses associées : états critiques de certains patients, parfois décès - Jean-Paul Mira, Marie Rose Moro et Antoine Périer, médecins à l’hôpital Cochin.

Peur, épuisement, désorganisation : le trio perdant

Par ailleurs la 5ème semaine de confinement (du 20 au 26 avril) s’avère fortement marquée par l’expression d’une aggravation de la détresse des appelants. On remarque notamment que 4 appels passés sur la plateforme téléphonique montraient un risque de passage à l’acte imminent alors que les chiffres n’en relèvent qu’un seul la semaine précédente. En outre, la hausse continue de la durée des appels (actuellement de 23 minutes en moyenne) démontre aussi un besoin de plus en plus important pour les personnels de santé de verbaliser leur stress et leur intense fatigue auprès des psychologues.

SPS

Motifs des appels reçus (source SPS)

D’autre part, la situation des professionnels semble plus ou moins préoccupante en fonction des régions : 31% des appels proviennent d’Île-de-France. Toutefois, la totalité d’entre eux sont liés à la crise sanitaire. Ainsi 45% des appelants font part de leur anxiété par rapport à l’épidémie de coronavirus, 13% évoquent un épuisement et 12% des problèmes d’organisation au travail. Des données qui signalent un mal-être qui parait s’installer dans la durée.

Une approbation limitée de la gestion de la crise par les autorités

En parallèle, une enquête a été réalisée également en partenariat avec l’association SPS auprès de 766 professionnels de santé. Les données ont, cette fois, été récoltées entre le 10 et le 24 avril et corroborent les résultats évoqués précédemment. Lors de leur exercice, 42% des soignants se sentent à risque et 41% sont anxieux. Plus d’un quart d’entre eux relèvent un manque de soutien et 27% se disent épuisés. Pire, plus d’un professionnel sur dix se sent isolé. Le manque de matériel peut être un élément qui accroit ces sentiments : les infirmiers, par exemple, sont en grande demande de combinaisons de protection et de blouses (82% d’entre eux). Toutefois, 37% des répondants affirment tout de même être contents de pouvoir aider.

D’autre part, les soignants s’avèrent relativement septiques quant à la date de déconfinement annoncée par le gouvernement, le 11 mai prochain, en particulier les infirmiers et les aides-soignants alors que les médecins sont plus optimistes. De manière générale, les professionnels de santé se montrent peu satisfaits du comportement du grand public face à la pandémie.

Enfin, les professionnels du soin ont déjà, à de multiples reprises, témoigné de la perte d’humanité dans les prises en charge et du manque de temps pour le relationnel. Un autre point que l’épidémie a souligné, voire accru si l’on en croit la tribune du Monde signée par des réanimateurs de l’hôpital Cochin (AP-HP). Avec la crise sanitaire liée au Covid-19, les soignants s’efforcent de faire face à l’urgence, de traiter la maladie, mais ils ne peuvent plus prendre le temps des soins. Les soignants tentent de traiter la maladie, mais ils ne peuvent que difficilement soigner, rencontrer l’autre, prendre soin de la personne. Cette contraction du temps et de l’attention affecte jusqu’à la confrontation à la mort. Dans ce contexte de pandémie, la disparition des rituels de deuil et leurs possibles conséquences traumatiques sur les membres d’une famille ont été souvent et fort justement décrits lors des dernières semaines. Mais ce temps que les soignants n’ont plus, c’est aussi le temps de "métabolisation psychique" de la disparition d’un patient. Ces professionnels expérimentés, habitués aux situations critiques et à la réalité de la mort, ont, eux aussi, besoin de rituels, décrivent les praticiens Jean-Paul Mira, Marie Rose Moro et Antoine Périer dans le quotidien du soir.

Espérons du moins que les revendications des professionnels en blouses blanches ne deviennent pas des rituels, l’épidémie de coronavirus ayant encore assombri leur quotidien.

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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Commentaires (1)

Allo?_pital_?

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58 commentaires

#1

Ca des réunions... il y en a toute la semaine... mais ce sont les soignants qui sont mal organisé !

L’hôpital public français ne tenant pas de comptabilité analytique, il est extrêmement difficile d’estimer ses coûts administratifs. L’OCDE relève cependant que 35,22 % des emplois hospitaliers en France ne sont ni médicaux ni paramédicaux, contre 24,3 % en Allemagne.

Dans le cadre d’un plan de transformation digitale, le CHRU de Nancy a par ailleurs estimé les tâches administratives des médecins à 30 % d’une journée de travail

Sachant qu’environ 20 % des personnels administratifs des hôpitaux français sont en fait des personnels soignants détachés à plein temps à des travaux administratifs, selon les recherches de l’auteur basées sur un échantillon d’une trentaine d’établissements hospitaliers – chose inconnue en Allemagne – les coûts généraux et administratifs de l’hôpital français représenteraient un peu plus de la moitié des services rendus.

Il y a donc à la fois trop de postes administratifs, déclarés ou non en tant que tels et trop de tâches administratives déléguées au personnel soignant et coûtant trop cher.

Alors que le personnel hospitalier multiplie les cris d’alarme et les mobilisations, ce chiffre devrait alerter. L’hôpital français souffre d’une sur-administration et l’absence d’outils de gestion modernes devrait interpeller.




https://theconversation.com/fact-check-y-a-t-il-trop-de-postes-administratifs-dans-les-hopitaux-137615