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Face aux infirmiers : le programme santé de Marine Le Pen

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Extensions des compétences, revalorisation des salaires infirmiers, suppression des agences régionales de santé et de l’Aide médicale d’Etat (AME) : Marine le Pen en fait ses principaux chevaux de bataille. Patrick Barriot, son conseiller santé, a fait le point* face aux syndicats infirmiers sur le programme du Rassemblement National à la présidentielle.

Redonner confiance à l’hôpital public

Programme santé de Marine Le Pen

Patrick Barriot, médecin anesthésiste et conseiller santé de Marine Le Pen, expose le programme de Marine Le Pen devant la communauté infirmière.

Pour Marine Le Pen, il y a deux principaux défis au prochain quinquennat : les maladies chroniques et le vieillissement de la population, les deux étant liés, souligne Patrick Barriot. Une réalité qui va nous obliger, a-t-il expliqué, à restructurer notre système de soins, actuellement moribond selon son expression. L’une des priorités ? Revoir totalement la gouvernance hospitalière qui devra s’orienter vers une gouvernance pour les soignants par les soignants. Afin de réaffirmer l'autorité de l’État dans le domaine de la santé, Marine Le Pen prévoit la suppression des Agences Régionales de Santé (ARS) et de remettre la tutelle des hôpitaux aux préfets de région. La santé doit se gérer au niveau des bassins de vie, affirme le représentant RN. Le système de santé est très centré sur les médecins (qui sont dans les instances). C’est un problème de démocratie sanitaire et au niveau des instances nationales comme régionales, il faut une infirmière, une sage-femme à côté des médecins, insiste-t-il.

Recruter en masse et revoir le mode de financement de l’hôpital

Actuellement, notre pays connaît un déficit de 50 000 infirmiers et aides-soignants, relève Patrick Barriot. Recruter infirmiers et aides-soignants, améliorer les salaires, en particulier les salaires hospitaliers, font aussi partie des projets. On a perdu 100 000 lits en 20 ans, avec bien sûr le passage à l’ambulatoire, reconnaît le conseiller santé, qui précise que Marine Le Pen compte justement instaurer un moratoire sur la fermeture de lits et totalement revoir le mode de financement de l’hôpital, alors que la tarification à l’activité reste inadaptée. La candidate Le Pen souhaite donc réduire le nombre de postes administratifs à l’hôpital et supprimer ou réduire à 50% la T2A. (cf l’encadré plus loin).

Un énorme effort à faire côté attractivité 

Sur la question de l’attractivité, un énorme effort doit être fait selon Patrick Barriot qui évoque une problématique de ressources humaines : il faut stopper l’hémorragie et s’attaquer au manque d’attractivité, notamment en revalorisant la fonction infirmière tant en termes salarial qu’intellectuel, a-t-il confié, sans entrer plus avant dans le détail. La problématique c’est que les infirmiers, au bout de 5 ans, ils s’en vont, lui rappelle-t-on, avant de l’interroger sur la véritable raison de cette fuite et les solutions concrète à apporter ?

Les conditions salariales sont importantes mais il faut aussi améliorer les conditions de travail liées aux sous-effectifs, a répondu Patrick Barriot. Les infirmiers n’ont pas le loisir de passer du temps auprès du patient, ce qui amène une perte de sens. On est dans un cercle vicieux dont je vois mal la sortie si on ne fait rien de très dynamique, a assuré l’anesthésiste réanimateur, là encore sans préciser davantage.

Santé mentale

Sur le plan de la santé mentale, quelles mesures le Rassemblement National propose-t-il pour donner accès à la pleine santé pour tous, et notamment aux personnes vulnérables ? C’est un problème énorme, un énorme sujet de dépense aussi (un fardeau) et un problème de santé publique majeur qui n’est pas du tout pris au sérieux, réagit le conseiller santé de Marine Le Pen. Il faut restructurer tout cela avec une loi de programmation sur la santé mentale, préconise-t-il. Interrogé sur le problème des déserts médicaux, il rappelle qu’ils sont « partout : les Ehpad, les hôpitaux, l’Education nationale sont des déserts médicaux. Ça déborde largement le problème de la santé mentale. C’est clair qu’il y a un énorme effort à faire sur ce point », a-t-il conclu.

Plus d’autonomie pour les infirmiers

Si l’on regarde le maillage territorial, les infirmiers sont partout donc ils devraient être mis en première ligne. C’est très dommage de voir que les médecins sont un peu réticents à confier aux Infirmiers en Pratique Avancée (IPA) ou aux infirmiers libéraux certaines tâches, regrette l'anesthésiste-réanimateur. Le problème des IPA c’est encore l’attractivité, relève-t-il : d’un côté on demande aux gens d’avoir plus de responsabilités mais sans être payés donc là encore il y aura un énorme effort à faire.

On est vraiment dans une logique d’élargissement des compétences des infirmiers, avec une possibilité de consultation, de diagnostic et de traitement. La tendance générale, il faut la soutenir. Tout comme l’universitarisation de la profession. On est à la fois en retard comme pas mal de pays sur ce sujet et aussi sur le calendrier. Il faut accélérer. C’est bien beau de faire des expérimentations mais il faut des actes, a-t-il martelé. Pense-t-il que les médecins sont prêts ? Je ne suis pas sûr parce que quand il s’agit de passer des décrets, c’est toujours à frottement dur. Je pense que ça va malgré tout se faire, a-t-il conclu.

Créer un ministère de lutte contre la fraude

Dans le viseur de Marine Le Pen : les fraudeurs contre lesquels elle entend lutter et qui ne sont presque jamais sanctionnés, mais aussi l’aide médical d’Etat (AME)**, qu’elle souhaite tout simplement supprimer. Ça ne veut pas dire qu’on va supprimer les urgences, mais pas tirer le tourisme médical comme c’est aujourd’hui le cas pour des traitements contre le sida ou des dialyses qu’on ne peut pas fournir à nos concitoyens, commente Patrick Barriot.

Quid de la formation ?

La formation doit évoluer pour suivre l’élargissement des compétences des infirmières, explique Patrick Barriot qui parle d’intensifier l’’universitarisation.

Les étudiants en soins infirmiers ? Il y a c’est clair un problème d’effectifs, donc on va augmenter les places en IFSI, ce qui va engager des moyens, promet simplement le conseiller santé de Marine Le Pen. Il faut changer de paradigme et la santé doit être vue comme un investissement. Un investissement qui, de fait, aura un coût. Sur ce point, Patrick Barriot ne détaille pas. Sur le calendrier en revanche, il se montre un peu plus précis : Un quinquennat c’est très court, or on parle de mesures urgentes, les promesses en matière de santé sont suffisamment graves pour être prises dès le début de quinquennat.

*Lors d’une conférence organisée le 10 mars, avec les représentants des principaux candidats à la Présidentielle, par l’ANFIIDE, l’ANPDE, le CEFIEC, la FNESI et l’UNAIBODE/SNIBO

**L'aide médicale de l'État (AME) est un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d'un accès aux soins. Elle est attribuée sous conditions de résidence et de ressources. Pour la demander, un dossier est à remplir. Une fois attribuée, l'AME est accordée pour 1 an. Le renouvellement doit être demandé chaque année.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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