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Les Français aiment les benzodiazépines

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La consommation globale de benzodiazépines et médicaments apparentés a repris en France en 2012 bien que le nombre de consommateurs reste stable depuis 2007, selon le nouvel état des lieux fait par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), diffusé le 8 janvier 2014.

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Environ 11.5 millions de Français ont consommé au moins une fois une benzodiazépine en France en 2012

Ce rapport de décembre 2013 confirme en particulier la reprise de la consommation des anxiolytiques et hypnotiques "en lien avec une prescription importante de ces molécules et pour une durée souvent trop longue", pointe l'agence dans un point d'information.

Le précédent état des lieux, publié en janvier 2012, montrait une tendance à la baisse depuis 2002 grâce aux actions menées mais qu'elle s'interrompait en 2008. La consommation passait de 90,5 doses définies journalières (DDJ) à 81,2 DDJ en 2008, remontant légèrement à 82,9 DDJ en 2010. Le niveau restait à 82,9 DDJ en 2012, note-t-on sur une figure publiée dans le rapport.

Cette reprise est liée à une plus grande consommation d'anxiolytiques et d'hypnotiques (plus de 80% des benzodiazépines) alors qu'entre 2010 et 2012, le recours à l'anti-épileptique clonazépam et au myorelaxant tétrazépam a diminué de respectivement 35% en raison d'une restriction des conditions d'accès et de 70% après un déremboursement.

L'alprazolam, qui figure parmi les benzodiazépines génériquées, est devenue la benzodiazépine la plus consommée en 2012, à la place du tétrazépam, devant le zolpidem et le bromazépam.

Le nombre de consommateurs de benzodiazépines est stable depuis 2007, avec environ 11,5 millions de Français en ayant pris au moins une fois en 2012, et le volume de médicaments vendus en baisse, avec 131 millions de boîtes en 2012 (près de 4% de la consommation totale de médicaments), contre 134 millions en 2010.

L'augmentation de la consommation ne résulte [...] pas d'une exposition croissante de la population aux benzodiazépines, mais d'une consommation plus importante de la part de ses utilisateurs, commentent les auteurs.

Entre 2007 et 2012, le nombre d'utilisateurs réguliers des benzodiazépines anxiolytiques est stable alors que celui des benzodiazépines hypnotiques a augmenté de 4,8%, avec toutefois des différences selon les molécules. Mais 22,2% des consommateurs de benzodiazépines en prennent deux d'indications différentes, simultanément ou non.

La durée médiane d'exposition aux benzodiazépines chez les utilisateurs réguliers est restée stable, d'environ quatre mois et demi pour les anxiolytiques et proche de quatre mois pour les hypnotiques, mais reste supérieure à la durée de traitement préconisée.

En outre, respectivement 16,3% et 17,4% des consommateurs d'anxiolytiques et d'hypnotiques se procurent leur traitement en continu et la moitié d'entre eux ont pris ce traitement pendant cinq à six ans sans interruption.

Un élément plus rassurant est que les doses de benzodiazépines utilisées sont le plus souvent celles recommandées par l'AMM [autorisation de mise sur le marché], notent les auteurs du rapport, à l'exception de 35% des consommateurs d'hypnotiques qui recourent à des doses supérieures.

L'état des lieux actualisé comporte aussi une analyse de la base nationale de pharmacovigilance (BNPV) entre sa création en 1985 et le 13 février 2013, montrant que la moitié de l'ensemble des effets indésirables rapportés est grave pour chaque groupe de benzodiazépines.

L'ANSM revient en particulier sur le lien entre benzodiazépines et démence, qui avait fait l'objet d'une polémique à la suite d'une nouvelle association positive retrouvée dans une étude française. Après avoir examiné ces résultats, l'agence conclut qu'après prise en compte des paramètres d'ajustement, ainsi que d'un éventuel biais protopathique, le risque de démence est augmenté chez les sujets nouveaux consommateurs de benzodiazépines durant le suivi.

En 2014 en France, 21 benzodiazépines ou molécules apparentées sont commercialisées

Un nouveau plan d'actions en 2014

Les données présentées dans ce nouveau bilan indiquent que la consommation [...] est toujours très importante, que ces médicaments sont trop souvent prescrits et pour des durées trop longues, que les risques anciennement identifiés persistent et que d'autres risques apparaissent, conclut l'ANSM. En conséquence, un nouveau plan d'actions va être proposé par les autorités sanitaires courant 2014 pour mieux encadrer ces prescriptions de benzodiazépines et mieux informer professionnels de santé et patients sur leurs risques afin de prévenir la banalisation de leur recours, ajoute-t-elle.

Interrogée le 8 janvier 2014 par l'APM, l'ANSM indique que ce plan est piloté par la direction générale de la santé (DGS) et implique aussi l'assurance maladie et la Haute autorité de santé (HAS. Ni l'ANSM, ni la DGS, n'étaient en mesure mercredi après-midi de donner un calendrier prévisionnel plus précis.

Le "profil de consommation" va encore changer dans les années à venir puisque le tétrazépam a été retiré du marché européen en juillet 2013 pour des raisons de sécurité et que Roche a décidé en avril 2013 d'arrêter la commercialisation de l'hypnotique flunitrazépam. En 2014 en France, 21 benzodiazépines ou molécules apparentées sont commercialisées.

Etat des lieux de la consommation de benzodiazépines en France, décembre 2013

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