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Une fresque de l'internat du CHU de Clermont-Ferrand provoque l'indignation

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Médecin

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De nombreuses voix se sont élevées dimanche et lundi pour condamner une fresque murale de la résidence des internes du CHU de Clermont-Ferrand, dont le détournement, qui vise à dénoncer la loi de santé, laisse penser à un viol collectif.

hippocrate film

Le film Hippocrate faisait notamment la part belle aux fresques des salles de garde...

Cette fresque murale explicite, qui recouvre depuis plusieurs années un pan de mur de la salle de repos des internes du CHU de Clermont-Ferrand, figurent des ébats sexuels de cinq super-héros tirés des "comics" américains, au coeur duquel se trouve Wonder Woman, aux prises avec Superman, Batman, Flash et Super Woman. Plusieurs bulles ont été ajoutées très récemment à la fresque, faisant dire aux personnages "Tiens, la loi de santé!", "Prends-la bien profond!" et "tu devrais t'informer un peu!".

Une photo de cette fresque détournée a été publiée le 17 janvier 2015 -avant d'être retirée- sur la page Facebook "Les médecins ne sont pas des pigeons", à l'origine de la formation à l'automne 2012 de l'Union française des médecins libéraux (UFML), suscitant de vives réactions sur les réseaux sociaux, avant que les pouvoirs publics se saisissent du dossier.

Dans un communiqué commun diffusé le 19 janvier 2015, le directeur général du CHU de Clermont-Ferrand, Alain Meunier, le président de la conférence médicale d'établissement (CME), le Pr Henri Laurichesse et le doyen de la faculté de médecine, le Pr Jean Chazal, ont annoncé des mesures disciplinaires et juridiques contre les auteurs de ce détournement. Au-delà d'une prise de position des internes de l'établissement contre le projet de loi de santé, la diffusion de cette 'fresque murale' et des légendes qui l'accompagnent, mettent en cause, sans la nommer, la personne de la ministre de la santé et relaient une image dégradante des femmes et des médecins en opposition totale à l'éthique et à la déontologie médicale, écrivent-ils. Ils précisent avoir convoqué lundi matin le président des internes clermontois, pour lui enjoindre d'effacer dans la journée cette peinture murale, et de publier dans la journée un communiqué condamnant sans réserve sa diffusion. En parallèle, les suites juridiques adéquates, disciplinaires, voire judiciaires, sont engagées à l'encontre du ou des auteurs présumés responsables de ces agissements inacceptables et condamnables, concluent-ils, sans plus de précision.

L'avocat du syndicat des internes en médecine de Clermont-Ferrand, Me Jean-Sébastien Laloy, a précisé lundi à l'APM que cette peinture "trash" s'inscrivant dans "la tradition des fresques carabines" qui décorent de nombreux internats en France, date vraisemblablement de plus de 15 ans. Les bulles litigieuses ont en revanche été ajoutées très récemment, sans doute ce week-end, a-t-il précisé. C'est un lieu strictement privé, qui est aussi la salle de vie des internes, et c'est donc un lieu de passage important puisque les étudiants l'empruntent pour se rendre dans leur logement, a-t-il expliqué. Le syndicat des internes dénonce l'existence de cette fresque et se désolidarise totalement du message véhiculé par son détournement, a ajouté l'avocat.

Le CNOM condamne sans réserve

De son côté, le Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) a condamné le 19 janvier 2015 fermement et sans réserve la réalisation et la diffusion d'une fresque représentant une agression sexuelle découverte dans la salle de gardes des étudiants internes du CHU de Clermont-Ferrand. Le Cnom se déclare totalement engagé dans la prévention des violences faites aux femmes avec le ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, restera vigilant sur les suites données à cette affaire.

Le collectif Osez le féminisme avait été le premier à réagir le 18 janvier 2015, dénonçant dans un communiqué la représentation d'un viol collectif, où Wonder Woman symboliserait la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, Marisol Touraine. C'est une menace misogyne en sa direction. Le viol est une technique machiste d'anéantissement des femmes. Pour les auteurs de ces bulles, une ministre, c'est avant tout une femme: un sous-être que l'on peut punir, dominer et s'approprier si elle mécontente leurs désirs -ou leurs revendications politiques, s'indigne l'association, estimant qu'il faut en finir avec la culture du viol et les incitations à dégrader les femmes.

Indignation au parti socialiste

La secrétaire d'Etat chargée de la famille, des personnes âgées et de l'autonomie, Laurence Rossignol, avait dénoncé dimanche sur le réseau social Twitter ces médecins super zéro qui se prennent pour des super héros et font l'apologie du viol collectif, en ponctuant son intervention du hashtag #honteux.

Le 19 janvier, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux (Seine-Saint-Denis), a dénoncé dans un communiqué une nouvelle dérive odieuse de la campagne menée contre Marisol Touraine, la condamnant avec la plus grande fermetéJe demande à ce qu'il soit mis un terme au lynchage médiatique et aux campagnes immondes menées çà et là à l'occasion de la future loi santé. Chacun a le droit d'avoir une opinion, favorable ou défavorable à l'égard de la loi de santé, mais certaines dérives récentes ne sont rien d'autre que des dérapages violents et des campagnes immondes, ajoute-t-il.

L'Isni condamne aussi

Dans un communiqué diffusé le 19 janvier, l'Intersyndicat des internes (Isni), par la voix de sa nouvelle présidente, Mélanie Marquet, condamne sans équivoque tout type de violence faite aux femmes qu'elle soit physique, sexuelle ou morale. L'Isni rappelle que dans sa campagne d'information sur la loi santé aucune attaque directe ou indirecte n'a été faite à l'encontre de Mme Touraine, est-il ajouté. Arnaud Gallon, président du syndicat des internes de Clermont-Ferrand, tient personnellement à s'associer aux condamnations faites par l'Isni et à indiquer que l'intégralité de la fresque sera effacée dans les plus brefs délais, précise le communiqué.

Mélanie Marquet indique avoir pris contact avec le collectif "Osez le féminisme" pour travailler avec lui afin de partager les expériences et améliorer le processus de prise en charge de femmes victimes de violences.

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Commentaires (4)

cloclo32

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1 commentaires

#3

Et de trois...

J'ai vraiment du mal à comprendre cette censure...

augusta

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67 commentaires

#2

Et de deux...

J'allais écrire la même chose: de la provocation, de la caricature, de l'humour....Il me semblait pourtant que la liberté d'expression était à la mode ces temps-ci?

dino

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320 commentaires

#1

Tant pis, j'ose...

...allez, un peu de provoc ; effectivement, cette fresque pose le problème de la liberté d'expression...