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"Les infirmiers représentent l'oasis dans le désert médical"

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ONI

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En déplacement à Mayotte, Patrick Chamboredon, actuel président de l'Ordre National Infirmier a été interviewé à la radio locale. Evoquant la situation difficile des soignants sur l'île, notamment durant "la grande grève", il a également abordé de nombreux sujets d'actualité comme la rentrée en formation des infirmiers de pratique avancée, l'inscription des prochains étudiants en soins infirmiers via la plateforme Parcoursup ou encore la réforme du système de santé.

L'infirmier : le dernier professionnel de santé qui voit l'usager dans son lieu de vie.

La loi santé a la volonté d'organiser. On retrouve 45 fois le mot organisation dans le discours du président Emmanuel Macron et cinq fois le mot infirmier. Pourtant, on voit bien qu'on aurait besoin de plus d'infirmiers, plus formés à des prises en charge de polypathologies, affirme le président de l'Ordre National des Infimiers (ONI), Patrick Chamboredon au micro de Mayotte la 1ère, radio locale. C'est ce que l'on demande au niveau national, c'est une extension des compétences des infirmiers pour qu'il y ait une meilleure prise en charge des patients. Rappelant qu'une grande manifestation est prévue en métropole le 20 novembre prochain, il déclare vouloir évoquer le point de vue de l'Ordre sur le sujet prochainement à la ministre des Outre-Mer, Annick Girardin. Il espère également pouvoir aborder avec elle le problème persistant de l'insécurité sur l'île, notamment pour les professionnels libéraux.

L'infirmier est le fer de lance des soins de proximité, au plus près des usagers. Lorsqu'il se déplace dans des lieux parfois difficiles d'accès, il faut qu'il y aille en toute sérénité.

Au cours de son séjour à Mayotte, Patrick Chamboredon a rendu visite aux infirmiers libéraux, ainsi qu'aux étudiants en soins infirmiers et à leurs cadres formateurs afin de mieux se rendre compte de la situation. Si l'ordre avait déjà été alerté par les difficultés des soignants pour accèder au domicile de leur patients et à les prendre en charge en particulier lors de la grande grève, il semblait important de faire le point sur place avec les acteurs concernés. Or, la profession prend d'autant plus d'importance sur ce territoire où les praticiens se font rares : on compterait une vingtaine de médecins, seize sur l'île et quatre dans les petites terres contre environ 150 infirmiers. On m'a décrit beaucoup de pathologies chroniques - diabète, hypertension...- avec des prises en charge complexes, polypathologiques. Ce sont les infirmiers les fers de lance des soins de proximité, au plus prêt des patients, qui vont aller deux fois par jour leur donner leur traitement, faire leur insuline, changer leur pansement avec vraiment beaucoup de dévouement, souligne le président de l'Ordre. Il ne faut pas oublier non plus le contexte social bien spécifique au territoire. Le professionnel de santé libéral aide notamment à la rédaction de document, à recourir à la municipalité pour avoir des logements décents, cela les infirmiers le font. De manière plus générale, on est quasiment les derniers professionnels à voir le patient dans leur contexte social, financier, de ressources comme savoir, par exemple s'il y a une pharmacie à côté ? Si les voisins peuvent aider ? Donc on voit bien que cette spécificité des infirmiers est, ici, encore plus prégnante qu'ailleurs.

Toutefois, au vu du contexte politique avec les problèmes sociaux, de développements, d'insécurité, les difficultés rencontrées par les soignants pour accéder au domicile des patients sont bien réels à Mayotte, ce qui, pour Patrick Chamboredon, n'est pas tolérable. On a encore vu un infirmier agressé il y a deux mois. Lorsque les soignants se déplacent dans des lieux parfois difficiles d'accès, il faut qu'ils y aillent en toute sérénité.

L'arrivée des IPA : d'autant plus nécessaire sur ce territoire

Autre point qui pourrait simplifier le parcours de soins des usagers sur le territoire : l'arrivée d'infirmiers de pratique avancée décrite par le président de l'Ordre comme une grande avancée au niveau du système français et à Mayotte. D'ailleurs, la France est le dernier pays d'Europe à mettre cela en oeuvre. Ces professionnels de santé de niveau intermédiaire (master) vont pouvoir prescrire des examens complémentaire, represcrirent des traitement et adapter les posologies. Cela va permettre aux patients d'être mieux suivis, de ne pas avoir de perte de chances par rapport à leur prise en charge et aider les infirmiers libéraux, qui eux, vont faire les actes. Il s'agit donc d'un métier intermédiaire parfaitement complémentaire quand on prend en soins des patients qui ont des pathologies chroniques. Patrick chamboredon revient, par ailleurs, sur les réticences de certains médecins et insiste sur le fait qu'il s'agit d'une offre complémentaire: il n'y a aucun risque de concurrence. Il rappelle que le texte a été écrit suite à des négociations directes avec l'ordre des médecins : quand on se réunit tous autour d'une table avec une volonté commune d'avancer, on y arrive et j'en suis très content.

Dommage que l'IFSI de Mayotte ne remplisse pas ses effectifs car, c'est comme en médecine: où l'on se forme, on reste.

Les étudiants infirmiers sont très impliqués pour l'évolution de la profession

D'autre part, il remarque que, de manière générale, les professionnels bougent davantage, ils désirent évoluer durant leurs carrières.Ce qu'on retrouve ce sont des infirmiers qui font beaucoup de spécialités, qui changent de services parce que quelquefois la pathologie qu'ils traitent ne les intéresse pas. Ils ont envie de voir autre chose. Et c'est une chance pour la profession puisque tout ce que l'on va apprendre avec une pathologie peut nous aider dans la pathologie suivante, d'où une expérience professionnelle riche et multiple.

Cependant, à Mayotte, certains professionnels ont été critiqués quant à leur jeune âge et leur manque d'expérience sur un territoire où les besoins sont importants. Or, pour le président de l'Ordre, la jeunesse n'est pas forcément un défaut : Je ne pense pas qu'ils manquent d'expérience. Il faut s'adapter à un territoire avec un environnement et des besoins différents. Un oeil neuf va avoir une vision renouvellée des choses. Il y a une plus-value à avoir également des jeunes professionnels. D'ailleurs, la rencontre avec les ESI sur l'île semble avoir été très constructive. J'ai été subjugué, j'ai trouvé les étudiants très pertinents avec un sens politique très développé pour leur formation, pour leur droits. J'ai vu des jeunes très mobilisés pour leur profession.

Point extrêmement positif pour Patrick Chamboredon qui rappelle aussi que la formation au métier est en pleine mutation. L'universitarisation est actée et, à partir de septembre 2019, l'inscription se fera via Parcoursup. C'est vraiment une révolution pour nous. Les universitaires vont intervenir de façon plus importante dans les IFSI donc on aura une formation encore plus relevé... bien qu'elle le soit déjà actuellement. Dès décembre prochain, il y aura le descriptif métier avec les attendus. C'est en cours de finalisation. 

Ecouter l'interview dans son intégralité

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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Commentaires (2)

eusèbe

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492 commentaires

#2

Urbi et orbi

La parole ordinale, au delà des océans...

binoute1

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521 commentaires

#1

oh...

mon...dieu...