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"Les infirmiers ont un rôle majeur à jouer au moment du diagnostic de diabète"

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Diabète

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Ce samedi 14 novembre sera la journée mondiale consacrée à une pathologie fréquente aux multiples facettes : le diabète. Il est d’autant plus important d’en parler que ceux qui en souffrent n’ont pas été épargnés par la pandémie de coronavirus, toujours d’actualité. Mais crise sanitaire ou non, les enjeux restent les mêmes : améliorer la prévention, trouver la réponse thérapeutique la plus adaptée, et surtout maintenir la qualité de vie des patients.

Toutes les personnes diabétiques n’encourent pas le même risque de développer une forme grave du Covid. Mais toutes méritent un suivi personnalisé au plus près de leurs besoins, même pendant la crise sanitaire.

Le diabète, ce n’est pas une, mais plusieurs maladies, rappelle Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération Française des Diabétiques (FFD). En vue de la 80ème journée mondiale consacrée à cette pathologie, l’association de patients a organisé un colloque pour faire le point sur la prise en charge du diabète, notamment dans le contexte de la crise sanitaire due à la Covid-19. La FFD plaide en particulier pour une médecine humaniste et la mise en place d’une véritable « démocratie sanitaire ». En parallèle, la Fédération Internationale des diabétiques (International Diabetes Fédération) a décidé de mettre l’accent sur la profession infirmière et l'Ordre National Infirmier (ONI) a publié un communiqué pour rappeler que si le diabète se traduit par de multiples effets, l’infirmier, en étant au plus proche du patient et en ayant un point de vue global sur sa situation, est au quotidien une véritable sentinelle dans la lutte contre la maladie.

Problème d'observance

Pour Isabelle Monnier, infirmière de formation, Vice-Présidente du Haut Conseil du développement professionnel continu (DPC) et Directrice de la délégation territoriale de l’ARS du Maine-et-Loire, les principaux enjeux demeurent dans l’éducation et le fait de trouver une réponse thérapeutique adaptée car il est essentiel de prévenir l’ensemble des complications associées à cette maladie afin de maintenir une qualité de vie. Il est certain que la mise en place de traitements plus personnalisés favorisant l’autonomie du patient paraît prépondérante, d'autant plus que l’on constate un problème d’observance chez les patients diabétiques. On sait que près de 60% des personnes touchées ne suivent pas, ou du moins pas de manière totalement correcte, leur traitement, précise Jean-François Thébaut.

Les infirmiers ont un rôle majeur à jouer, en particulier au moment de la pose du diagnostic. Ce sont eux, essentiellement, qui se chargent de l’éducation thérapeutique

Besoin des compétences infirmières

Le problème relève de l’accès à l’éducation thérapeutique. Il faudrait un travail parfaitement coordonné entre l’ensemble des professionnels de santé et également la collaboration du patient, explique Isabelle Monnier. Un point de vue auquel la Fédération adhère parfaitement : il faudrait une meilleure coopération afin qu’il en ressorte une décision éclairée et partagée par tous les acteurs. Pour le Vice-Président de l’association, les infirmiers ont un rôle majeur à jouer, en particulier au moment de la pose du diagnostic. Ce sont eux, essentiellement, qui se chargent de l’éducation thérapeutique. Que ce soit en ce qui concerne l’alimentation, le contrôle de sa glycémie, la manière de faire ses injections d’insuline… En totalité, 600 000 personnes sont insulino-dépendantes en France, et 70 000 sont sous pompe. Ils ont besoin de l’aide des infirmiers pour comprendre son fonctionnement. Par exemple, pour apprendre à changer les tubulures. Par ailleurs, certains patients notamment âgés ne veulent pas se piquer eux-mêmes et se sont les IDEL qui s’en chargent. Via le télésuivi ou la téléconsultation, les infirmiers libéraux sont également primordiaux pour maintenir les patients à domicile et aider à fluidifier et simplifier la communication entre le patient et son médecin à distance.

 Les infirmiers sont formés à tous ces éléments. C’est la profession de proximité

Participation IDEL = doublement des sites de prélèvement

Si la crise sanitaire a eu un impact considérable sur la santé des Français, elle a tout de même permis d’optimiser une coopération entre les professionnels du soin. « Elle a accéléré le processus, estime Isabelle Monnier, qui estime que beaucoup de choses ont été faites sur son territoire . Avant la crise, on avait déjà fait en sorte que les directions territoriales soient les interlocuteurs de proximité pour les professionnels au sens large.  Ainsi, dès le début de la crise, les professionnels nous ont fait part de leurs craintes. L’ARS a donc accompagné un exercice coordonné, créé des équipes mobiles pour aider les Ehpad et les populations précaires, et mis en place 28 centres Covid. Nous avons fait des actions pour procurer aux acteurs des EPI. Ils ont, suite à cela, pu constater une diminution du recours aux urgences, et surtout une hausse des collaborations et de la participation des IDEL. Cette dernière a été essentielle dans le suivi des patients pour les pathologies chroniques. Leur apport nous a permis de doubler depuis le déconfinement le nombre de sites de prélèvement PCR.

Un grand nombre de patients ont préféré rester chez eux et téléconsulter pour éviter les risques de contamination et pour ne pas surcharger les professionnels qu’ils pensaient déjà débordés par la pandémie

Autre point soulevé par Jacques Lucas, Président de l’Agence du numérique en santé : l’accélération remarquable du déploiement de la télémédecine. Un grand nombre de patients ont préféré rester chez eux et téléconsulter pour éviter les risques de contamination et pour ne pas surcharger les professionnels qu’ils pensaient déjà débordés par la pandémie. IL ne faut pas non plus oublier l’essor du télésoin, important pour la prise en charge sur le long terme. La CPAM en a bien conscience et souhaite le pérenniser, affirme François-Xavier Brouck, Directeur des assurés. Il faut dire que les personnes diabétiques ont une appétence particulière pour ces outils. D’après une enquête de la fédération réalisée juste avant la crise, le taux de recours à la téléconsultation était de l’ordre de 20% chez ce type de patients, contre 6% pour le reste de la population. Il s'agit surtout de jeunes femmes actives, de niveau bac+3, diabétiques de type I sous insulinothérapie, précise Jean-François Thébaut.

Être diabétique au temps de la Covid

Cependant, le télésuivi n’est pas la panacée : on a noté que 70% des patients diabétiques ont renoncé ou refusé un examen, un acte, une consultation, au moins une fois par peur de se contaminer ou de surcharger les professionnels, précise Jean-François Thébaut. Un fait également observé du côté de l’Assurance Maladie : on remarque une baisse de près de 50% des prescriptions de traitements pour les diabétiques. Pourtant, face au Covid, tous les diabétiques n’encourent les mêmes risquesCe sont plutôt des hommes d’un certain âge avec une surcharge pondérale et des maladies associées, explique le Vice-Président de la Fédération en s’appuyant sur l’étude Coronado réalisée par le CHU de NantesC’est pourquoi nous émettons des recommandations plus ciblées et spécifiques selon les individus. La FFD espère que l’impact du second confinement sera moindre sur cette population car cette fois la médecine de ville reste mobilisée. Ce que nous redoutons, c’est la fermeture des consultations externes des services hospitaliers comme lors de la première vague. Cela serait synonyme de report pour ceux qui souhaitaient se faire poser une pompe ou ceux qui faisaient de l’éducation thérapeutique. Quoiqu’il en soit, la profession infirmière joue un rôle prépondérant au moment du diagnostic, du suivi et pour gérer les facteurs de risques associés, comme le rappelle la Fédération Internationale dans sa campagne. Pour Isabelle Monnier, tout le monde a sa place. Les professionnels de santé et le patient doivent s’associer pour que tout le monde marche dans le même sens. La démocratie sanitaire est essentielle à mettre en pratique.

Après les Etats généraux du diabète : quelles avancées ?

Le télésuivi était un des points clés de ces états généraux, mais pas seulement : il était aussi question de la prévention via l’alimentation ou d’éduquer le grand public « à manger mieux ». Et là, la France conserve un retard considérable. Certains messages publicitaires, notamment pour les enfants, sont scandaleux, s’indigne Marc de Kerdanet, président de l'Aide aux Jeunes Diabétiques (AJD).

Enfin, en ce qui concerne la législation interdisant certains métiers aux diabétiques « qui datent d’un autre temps », une proposition de loi a été formulée par Agnès Firmin Le Bodo, députée du Havre et pharmacienne de profession. Encore aujourd’hui on ne peut pas devenir contrôleur SNCF ou pilote d’avion. Certains policiers devenus diabétiques, cachent leur maladie par peur de perdre leur travail, précise la députée. Cette proposition a fait l’unanimité à l’Assemblée mais, comme bien d’autres, elle a été victime de la pandémie. Elle n’est pas encore passée au sénat. Ainsi, la Covid rend la population diabétique plus vulnérable sur bien des points.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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