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"Intrusion" à la Pitié-Salpêtrière : ce que l'on doit savoir

En marge du défilé du 1er mai, des dizaines de personnes ont fait "irruption" dans l'enceinte de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, au niveau de l'issue de secours donnant sur le service de réanimation. Intrusion violente selon la direction de l'établissement,attaque pour le ministre de l'Intérieur - qui est revenu depuis sur ce mot employé -, simple "repli" de protection pour les manifestants, l'enquête évolue et fait la lumière sur les circonstances exactes des faits. Voilà ce que l'on doit en savoir et retenir aujourd'hui.

Mise à jour du 2 mai 2019 à 15h15 : regardez les images de la tentative d'intrusion filmées depuis le service de réanimation. Ces nouvelles images permettent de mieux comprendre ce qui s'est passé : il semblerait qu'à la suite d'un mouvement de foule, des manifestants aient cherché à entrer dans l'enceinte du bâtiment, par un escalier extérieur donnant directement sur le service de réanimation. C'est là que le personnel soignant s'est interposé. Une seule personne cherche à forcer le passage mais dans l'ensemble, les manifestants semblent plutôt se réfugier à cet endroit, sans volonté de nuire.

Les témoignages des soignants de la Pitié-Salpêtrière à Paris et les vidéos montrent qu'il n'y a pas eu d'attaque, qu'il n'y a pas eu d'agression de personnel soignant, qu'il n'y pas eu d'agression des malades, a affirmé jeudi 2 mai sur franceinfo Thierry Amouroux, le porte-parole du syndicat national des professionnels infirmiers, à propos de la polémique sur l'intrusion de manifestants mercredi dans l'enceinte de l'hôpital, démentant aisni la version du ministre de l'Intérieur. 

Mise à jour du 3 mai 2019 - Le vendredi 3 mai, Christophe Castaner a concédé qu'il n'aurait pas dû employer le mot "attaque." Le 4 mai, les "gardés à vue" affirmaient sur BFM TV qu'ils n'avaient pas attaqués l'hôpital. (cf. vidéo en bas de l'article).

Rappel des faits

Que s'est-il passé à la Pitié Salpétrière ? En marge du défilé du 1er mai, mercredi, à Paris, des dizaines de manifestants se sont introduits dans l'enceinte de cet hôpital de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) situé 47-83, boulevard de l'Hôpital, dans le 13e arrondissement de Paris, comme en attestent ces images filmées par un employé de l'hôpital et certains d'entre eux ont tenté de forcer la porte de l'issue de secours du service de réanimation chirurgicale, a dénoncé la direction de l'établissement qui évoque une intrusion violente

Pour pénétrer dans l'enceinte de l'hôpital, les manifestants ne seraient pas passés par la porte principale mais par l'entrée du Crous, un peu plus haut sur le boulevard. C'est en tout cas ce qu'a expliqué le professeur Mathieu Raux, du service réanimation de l'hôpital, de permanence mercredi 1er mai, à BFMTV : Une vingtaine de manifestants ont essayé de pénétrer dans le service de réanimation par l'issue de secours, alors même que du personnel était de l'autre côté en train de leur faire signe de ne pas le faire. Un service de réanimation est un service dans lequel se trouve des patients en état fragile puisque leur vie est menacée, ils ont besoin de repos et de calme. Les personnels, craignant une menace pour eux et pour les patients, ont protégé le service en tenant la porte de l'issue de secours fermée le temps que les forces de l'ordre interviennent.

Le médecin, qui dit attendre les résultats de l'enquête pour connaître les intentions des intrus, rapporte également des dégradations matérielles. Dans le même bâtiment, deux heures plus tard, on a eu à déplorer la perte de l'ensemble du matériel informatique du service de chirurgie digestives, vandalisé, a-t-il détaillé.Je crois que tout le monde est choqué, on n'a jamais pénétré dans un hôpital pour l'attaquer. Encore une fois, je ne connais pas les intentions de ces personnes, mais l'hôpital est une zone de repos dans laquelle on se reconstruit, en tout cas ce n'est pas une zone qu'on investit, a fortiori pour casser ou pour vandaliser.

Les personnels, craignant une menace pour eux et pour les patients, ont protégé le service en tenant la porte de l'issue de secours fermée le temps que les forces de l'ordre interviennent

Des propos confirmés, de l'intérieur, par un interne qui, avec des infirmières, a barré la porte aux intrus. Pour empêcher les manifestants d'entrer, il y a toute l'équipe infirmière et moi, donc on est huit personnes et on essaie de bloquer la porte tant bien que mal, alors que de l'autre coté des personnes essayent de pousser a ainsi raconté Mickaël Sebban à France Inter. Ils criaient 'ouvrez la porte' et nous on criait 'on ne peut pas, c'est un service de réanimation'. C'était bizarre comme sensation, mais c'est revenu à la normale quand sont arrivées les forces de police. Ça a duré moins de cinq minutes. Quant à savoir quelles étaient les intentions de ceux qui tentaient d'entrer, l’interne témoigne : C'est un peu difficile de différencier les casseurs des gens qui voulait juste se mettre à l'abri des lacrymogènes, mais en tout cas ces gens essayaient de forcer la porte, donc avec mon équipe on était obligés de les empêcher d'entrer dans la réanimation.

La directrice de l'établissement, Marie-Anne Ruder, présente lors des faits, a également raconté sa version. Avec les agents de sécurité, j'ai essayé de discuter avec [les manifestants], pour leur faire part du fait que c'était un hôpital et qu'on ne pouvait pas y rentrer de cette façon-là et pénétrer en masse dans les locaux, a-t-elle raconté à franceinfo, évoquant une certaine violence de la part de ces individus. En tant que personnel hospitalier, on a été choqué et à titre personnel c'est extrêmement choquant qu'un hôpital public peut être une cible pour des casseurs, a conclu la directrice de l'établissement.

Ils criaient 'ouvrez la porte' et nous on criait 'on ne peut pas, c'est un service de réanimation

twitter infirmier pitié

Ecouter un infirmier du service de réanimation témoigner des faits

De vives réactions depuis mercredi 

Les réactions sont vives depuis hier. Sur France Info, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), a fait part de son plein soutien aux équipes de l'hôpital, qui ont empêché la mise en danger de patients, annonçant qu'une plainte allait être déposée et évoquant des images de vidéosurveillance absolument édifiantes transmises aux enquêteurs. Interrogé sur l'hospitalisation d'un CRS blessé aux cours de la manifestation dans le même temps, Martin Hirsch a affirmé ne pas pouvoir faire de lien avec cette instrusion inexplicable. Je n'ai pas vus [les manifestants] crier à la recherche d’un blessé particulier. Je ne sais pas si c’est une invasion d’hôpital, s’ils fuyaient quelque chose.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, qui s'est rendu sur place mercredi en fin d'après-midi, a lui parlé d'une attaque.

Quant à Agnès Buzyn, elle s'est dite, comme tout le monde, extrêmement choqué qu'un hôpital puisse faire l'objet d'une intrusion, de violences potentielles. La ministre de la Santé qui a tenu à saluer le sang-froid des soignants et notamment des soignants de ce service de réanimation qui ont eu à tenir la porte fermée pour éviter une intrusion de manifestants au sein d'une réanimation, se rendra sur place ce jeudi 2 mai. Cet épisode de violence soulève beaucoup d'interrogations sur comment des manifestants ont pu violer un hôpital si je puis dire puisque les grilles étaient fermées, l'établissement baricadé. Nous en tirerons les conséquences en termes de protection mais je ne m'attendais pas à ce qu'un hôpital soit l'objet d'une intrusion aujourd'hui, a commenté la ministre.

Vouloir s'introduire dans un hôpital de cette façon n'est pas excusable, a également réagi le Premier ministre Edouard Philippe ce jeudi matin sur BFM, en marge de son déplacement à Angoulême. 

De la prudence cependant

Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent en effet des personnes présentes dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière tout près de l’entrée d’un bâtiment, sans signes visibles d’agressivité, certaines criant qu'elles ne savent pas où se réfugier pour éviter les gaz lacrymogènes, comme le montre cette vidéo postée par l'un des manifestants, ou cette autre publiée, semble-t-il, par une personne appartenant au personnel de l'hôpital. On y voit également des policiers arriver et faire ressortir les manifestants vers le boulevard. A ce stade, rien ne permet toutefois de dire si les personnes visibles sur ces vidéos sont les mêmes que celles décrites par le personnel de l'hôpital et les autorités. 

L'enquête devra éclaircir les circonstances exactes des faits. Y-a-t-il en effet eu plusieurs vagues d'intrus, comme s'est interrogée Agnès Buzyn. Alors qu'une trentaine de personnes ont été interpellées dans le cadre de cette affaire, la ministre de la Santé a tenu à rester très prudente. Il y a peut-être des personnes qui se sont réfugiées" (pour fuir les gaz lacrymogènes et les violences) d'autres qui ont peut être voulu commettre des vols, notamment de matériel informatique. Les circonstances seront plus claires quand les personnes auront été interrogées

Agnès Buzyn s'est rendue sur place ce matin à 11h45. Précisant qu'il n'y avait pas eu de dégâts dans le service de réanimation de la Pitié-Salpêtrière, elle a félicité les soignants pour leur sang-froid rappelant que comme toujours, et en toutes circonstances, ils sont toujours en priorité focalisés sur le soin et sur leurs malades. Sur les circonstances elles-mêmes de l'intrusion, la ministre n'a pas voulu se prononcer, se refusant à parler d'attaque. Il y a eu une tentative d'intrusion, une volonté de rentrer dans un lieu de soin, après, je ne suis pas là pour qualifier les raisons de cette intrusion, a-t-elle tout de même précisé au micro de BFM. On peut aussi observer que les grilles de cet hôpital étaient fermées, étaient cadenassées. Il y avait un vigile derrière chaque entrée, qui étaient fermées pour laisser passer la manifestation. Et il y a eu une volonté claire de forcer les grilles puisque les chaînes ont été cassées. Les grilles ont été ouvertes de force. La directrice de cet hôpital a aussi fait preuve d'énormément de sang-froid puisqu'elle a essayé de raisonner les personnes derrière la grille et même après leur entrée. Elle leur a dit : "c'est un hôpital", ils le savaient et ont souhaité rentrer tout de même, a détaillé la ministre, affirmant qu'une enquête était actuellement en cours. 

32 personnes avaient été placées en garde à vue mercredi 1er mai au soir pour attroupement en vue de commettre des dégradations ou violences. Jeudi 2 mai au soir, le procureur a levé l'ensemble des gardes à vue, a annoncé le parquet. Le 4 mai, sur BFM TV, les "gardés à vue affirmaient qu'ils n'avaient pas attaqué l'hôpital.

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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Commentaires (2)

Skerik

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7 commentaires

#2

Comme dit G Meurice

Je rappelle que pour casser un hôpital public, le plus simple est d’appliquer le programme d’Emmanuel Macron.

Skerik

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7 commentaires

#1

Mouais

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