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Journée internationale des infirmières : à quand une meilleure reconnaissance des compétences ?

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Exercice international

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Comment résoudre la problématique de la pénurie infirmière à laquelle se heurtent tous les systèmes de santé ? En ce 12 mai, journée internationale des infirmières, l’heure est à l’hommage des compétences infirmières, mais aussi aux solutions pour mieux les reconnaître et les appliquer.

Comme tous les ans, le CII a défini en amont le thème de cette journée mondiale, mettant en avant le besoin croissant de leadership infirmier.

Le 12 mai, date de la naissance de Florence Nightingale, la profession infirmière est mise à l’honneur. L’année dernière, cette Journée internationale des infirmières avait été placée sous le signe de l’hommage rendu à la profession pour son engagement dans la lutte contre la pandémie de Covid-19. Cette année, c’est une tout autre question, pourtant corollaire, qui mobilise ces professionnels du soin et les organisations qui les représentent : la pénurie de soignants qui frappe l’ensemble des systèmes de soin. Reconnaissance du métier, renforcement des formations, implantation plus large du leadership infirmier…, cette journée est l’occasion de rappeler les pistes politiques et stratégiques qui existent pour accroître la reconnaissance des compétences et de l’expertise infirmières.

Une pénurie mondiale qui appelle une réponse commune

La question de la pénurie de soignants, et en particulier d’infirmiers, est devenue centrale en France, à tel point qu’elle a été régulièrement au cœur des débats sur la santé lors de la campagne présidentielle. Fermetures de lits et d'unités entières, mise en danger des patients…, les conséquences de la fuite des professionnelles sont réelles. À l’AP-HP, 15% des lits sont fermés et il manquerait 8% d’infirmiers. On est perpétuellement sur la brèche. On ne tourne pas comme on devrait tourner, déclarait Martin Hirsch sur France Info, le 27 avril dernier, pointant que beaucoup de services ont la moitié, à peine deux tiers de leurs lits ouverts. Les raisons de cette désaffection sont connues, entre épuisement dû à la crise Covid, conditions de travail difficiles et manque de reconnaissance. En janvier dernier, à la suite d’une enquête menée auprès des infirmiers, l’Ordre national des Infirmiers alertait lui aussi sur la situation dégradée de la profession.

Mais en réalité, la France est loin d’être la seule à se heurter à cette situation de pénurie. Déjà, en mars 2021, le Conseil International des Infirmiers (CII) s’alarmait des conséquences que ferait peser la pandémie sur les soignants : avant la crise, le déficit d’infirmiers dans le monde s’élevait à 6 millions, mais, à horizon 2030, ce sont près de 13 millions d’entre eux qui viendraient à manquer. Une situation d’autant plus critique, juge-t-il, que les infirmiers constituent les premiers leviers à l’élaboration d’une véritable couverture de santé universelle, à destination de l’ensemble des populations. Dans les hôpitaux, les communautés et les foyers, les infirmières prodiguent des soins accessibles, abordables, centrés sur le patient et holistiques, au profit de toutes les personnes qui, de la naissance à la mort, souffrent de maladies non transmissibles, infectieuses ou chroniques, ou sont atteintes dans leur santé mentale, a-t-il ainsi rappelé dans une communication en amont de cette journée mondiale. Dans ce contexte, la réponse à la pénurie doit être à la fois politique et mondiale et s’appuyer sur un mot clé : l’investissement.

Investir dans la formation et les emplois

L’investissement dans la formation et l’emploi, en premier lieu. Dans son document publié à l’occasion de ce 12 mai, centré sur le thème "La profession infirmière, une voix faite pour diriger : Investir dans les soins infirmiers et respecter les droits pour garantir la santé mondiale", le CII place ces deux champs au cœur des axes stratégiques prioritaires pour renforcer l’attractivité du métier et fidéliser les professionnels déjà en poste. Les infirmières sont des scientifiques dont la pratique repose sur des données probantes, rappelle-t-il. Investir dans la formation permettrait en effet d’une part d’obtenir de meilleurs résultats de santé des patients, et d’autre part de développer les études de troisième cycle et de faciliter l’accès pour les infirmiers à des postes de direction dans tous les secteurs de la santé. Pour y parvenir, le CII soumet un certain nombre de pistes et de préconisations, parmi lesquelles : aide à la poursuite d’études, création d’une culture accordant la priorité à la formation, soutien à l’élaboration de normes nécessaires à l’exercice moderne des soins infirmiers et pour le perfectionnement professionnel, renforcement de la formation des enseignants eux-mêmes et de leur évolution de carrière…

Cette question de la formation ne peut pas être décorrélée de celle de l’emploi. Et sur ce sujet, le CII dénonce principalement des décennies de mauvaise planification, de faible développement et de manque de ressources, qui ont conduit à dégrader structurellement les conditions de travail, entre incapacité à assurer des soins de qualité, turn-over important, ou encore taux de surmenage, dont les conséquences sont particulièrement préjudiciables pour les patients. Défendre et piloter des stratégies pertinentes, veiller aux normes de qualité de la pratique infirmière, garantir la protection et la sécurité de tous les agents et établissements de santé, voire promouvoir une émigration éthique d’infirmières, notamment pour éviter d’aggraver la pénurie de professionnels dans certains pays plus en tension que d’autres, sont autant de mesures que le CII juge utile de mettre en place.

Nous devons cesser de sous-évaluer les soins infirmiers et de sous-investir dans la profession.

Le leadership infirmier, une voie dont la profession doit s’emparer

Mais il y a une autre dimension de la profession dont celle-ci doit impérativement s’emparer : celle du leadership infirmier, dont vont en réalité découler l’ensemble des réponses à apporter aux problématiques que rencontre le métier. Car, si selon le CII, les infirmières ont été à l’avant-garde des transformations et des réformes visant à améliorer la santé des collectivités, il existe encore de nombreux obstacles à la participation de ces professionnelles de santé comme partenaires à part entière des médecins et spécialistes dans les prises de décision. Le leadership des infirmières est tout aussi important pour assurer des soins de qualité, que les compétences techniques qui leur sont réclamées au chevet du patient, insiste-t-il ainsi. Et ce aussi bien dans les équipes de soins, où l’infirmier occuperait le rôle de bras droit du médecin, assurant la répartition des tâches entre paramédicaux notamment, qu’à un niveau plus stratégique et politique. Les infirmiers doivent s’impliquer plus largement dans l’élaboration des politiques publiques de santé. Le CII se montre ainsi plus que favorable à la nomination d'une infirmière en chef, qui serait rattachée au gouvernement, et que défend également l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans ses orientations stratégiques mondiales pour les soins infirmiers et obstétricaux pour 2021-2025. De quoi, parallèlement, pousser la profession à porter la voix de sa professionnalisation et à initier une plus large reconnaissance de ses compétences et de son expertise. L’important étant de se détacher de la notion de "dévouement" encore souvent accolée au métier.

Formation, leadership, mais aussi investissement pour sécuriser les professionnels de santé et assurer une protection de leur santé sont autant de mesures que le CII préconise de mettre en œuvre pour résoudre les problématiques de pénurie et d’attractivité du métier. Plusieurs rapports publiés récemment montrent qu'il faut investir dès maintenant dans les soins infirmiers pour pouvoir espérer relever les défis sanitaires de demain. Nous devons cesser de sous-évaluer les soins infirmiers et de sous-investir dans la profession. Il est temps d'agir, a résumé Pamela Cipriano, la présidente du CII. Une nécessité ; en France, le vieillissement de la population et l’augmentation attendue des maladies chroniques placeront les métiers de la santé parmi ceux qui recruteront le plus d’ici 2030.

Une journée pour célébrer les compétences infirmières

Ce 12 mai est surtout l’occasion de célébrer le travail et l’engagement des infirmiers partout dans le monde. Le CII a tenu à mettre en lumière, dans une compilation d’études de cas, les innovations (de soin, organisationnelles…) que ces professionnels de santé ont su développer, aussi bien dans la prise en charge des patients atteints par le Covid que celle de patients souffrant d’autres pathologies. S’y succèdent un programme de soins palliatifs à destination des personnes âgées à Hong Kong, une approche des soins infirmiers pour promouvoir la résilience d’une famille à la suite d’une catastrophe au Japon, ou encore une initiative autour des soins de développement en néonatologie, en particulier à destination des prématurés, en Italie. Autant de cas et de modes d’organisation qui illustrent l’étendue des compétences infirmières et des secteurs dans lesquels elles sont quotidiennement mobilisées.

Pour en savoir plus : Retrouvez les événements annoncés pour cette journée.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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