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Journée mondiale contre le SIDA : un manque de données et un manque de sensibilisation

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Médecin

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Le 1er décembre c’est la Journée mondiale contre le SIDA, sous le thème Connais ton statut. Ce sera également l’occasion de célébrer le trentième anniversaire de l’évènement, cette campagne mondiale de santé ayant été lancée pour la première fois en 1988 par l’OMS. Un moment privilégié pour jeter un œil sur les compteurs et se rendre compte que des données sont manquantes au point qu’un 2017, le nombre de nouveaux séropositifs n’a pas encore pu être estimé !

Journée mondiale contre le SIDA : un manque de données et un manque de sensibilisation

A l’heure actuelle, 35 millions de personnes sont décédées du SIDA dans le monde depuis le début de l’épidémie.

On compte 6003 découvertes de séropositivité sur le territoire en 2016, ce qui représente une baisse de 5% par rapport à 2013. En revanche, les chiffres n’ont pas pu être établis pour l’instant pour l’année 2017. En cause : des sous-déclarations et un nombre croissant de données manquantes d’après Santé publique France.

Il est toutefois possible de décrire les personnes ayant découvert leur séropositivité entre janvier 2017 et septembre 2018 à partir des données brutes. En effet, les hommes représentent 66% des nouveaux séropositifs, une proportion qui reste stable depuis plusieurs années. Sans surprise, les hommes ayant des rapports avec les hommes (HSH) et les hétérosexuels nés à l’étranger (dont les ¾ sont nés dans un pays d’Afrique subsaharienne) restent les deux groupes les plus touchés avec respectivement 45% et 38% des découvertes durant cette période. Les hétérosexuels nés en France et les usagers de drogues injectables (UDI) représentent quant à eux 15% et 1% des individus nouvellement diagnostiqués.

En 2017-2018, 37% des séropositivités VIH ont été décelées à un stade précoce, et 28% à un stade avancé. Des pourcentages qui stagnent depuis 2013. D’autre part, 49% des séropositifs nouvellement dépistés ont déclaré n’avoir jamais été testés auparavant. Or, dans les populations où le dépistage doit être réalisé régulièrement (HSH et hétérosexuels nés à l’étranger) les taux sont respectivement de 22% et de 62%.

28% des nouveaux séropositifs sont diagnostiqués à un stade avancé

Les 50 ans et plus ne se dépistent pas assez !

Apparemment, les seniors ne font pas attention à leur santé, au point que les actions de prévention et les campagnes de communication devraient davantage les inclure. Sur les 6003 individus ayant découvert leur séropositivité, 1184 étaient des personnes de 50 ans et plus, soit 20% des séropositifs nouvellement diagnostiqués ! C’est ce que révèle le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié par Santé publique France. Les seniors atteints du VIH se différencient du reste de la population par une proportion moindre de HSH et un taux plus important d’hétérosexuels nés sur le territoire. De même, ils étaient particulièrement nombreux à n’avoir jamais effectué de tests de dépistage (48% contre 42% des 25-49 ans). Pire encore, 38% étaient diagnostiqués à un stade avancé de l’infection contre 26% des 25-49 ans. Par ailleurs, le taux d’infections récentes (28%) met en évidence une prise de risque dans cette classe d’âge. Ces résultats peuvent s’expliquer par la perception que le risque de contamination est moindre dans cette classe d’âge alors que l’exposition persiste au-delà de 50 ans.

Le taux d’infections récentes (28%) met en évidence une prise de risque chez les 50 ans et plus

Les autotests peinent à convaincre…

La mise à disposition des autotests VIH à la vente en pharmacie sans ordonnance dès septembre 2015 devait contribuer à accroître le recours au dépistage notamment chez les HSH. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bilan effectué par Santé publique France s’avère décevant. En 2016, ce sont 75 000 dispositifs qui ont été vendus sans que l’on connaisse les caractéristiques des acheteurs. C’est pourquoi une étude a été menée pour évaluer le profil des HSH qui ont eu recours à ces fameux autotests lors de leur dernier dépistage. Apparemment, seulement 5% des HSH interrogés début 2017 auraient utilisé ces dispositifs.

En revanche, l’outil a su attirer divers profils, ce qui démontre tout de même son intérêt : jeunes jamais dépistés mais intéressés par les dispositifs démédicalisés, hommes rapportant une activité sexuelle importante ayant déjà une familiarité avec le dépistage, HSH réticents à l’idée de se rendre dans des centres de santé… Ces résultats plaident pour une disponibilité plus large des autotests afin de toucher davantage ces populations à risques. Santé publique France évoque notamment la possibilité de recourir à une distribution secondaire qui consiste à donner ces autotests à ses partenaires ou connaissances afin que l’outil prenne une place plus importante parmi les outils de dépistage en France.

Discriminations + Répression = Contaminations - Act Up Paris

Les associations continuent de lutter contre les discriminations

D’autre part, AIDES en partenariat avec l’ARDHIS (Association pour la Reconnaissance des Droits des Personnes Homosexuelles et Transsexuelles à l’Immigration et au Séjour) vient de rendre public son rapport sur la face cachée des discriminations. Ils y dénoncent en particulier la baisse plus qu’inquiétante des délivrances de titre de séjour pour soins entre 2016 et 2017 qui atteint presque les 40%. Nous accompagnons tous les jours des personnes étrangères gravement malades pour faire valoir leur droit à un titre de séjour pour soins. Depuis 2016 nous constatons une multiplication des refus de titres de séjour, notamment pour des personnes vivant avec le VIH ou une hépatite. Autant de personnes qui risquent la mort en cas d’expulsion vers leur pays d’origine. Cette situation n’est plus tolérable, s’énerve Aurélien Beaucamp, président de AIDES.  L’OFII (Office Française de l’Immigration et de l’Intégration) nous explique que "seuls 6%" des dossiers VIH ont été refusés en 2017. Mais 6%, cela représente plus de 200 personnes ! Que dit-on à ces personnes ? Rentrez mourir dans votre pays ? C’est abject, poursuit-il.  Les deux associations rappellent que 71 pays pénalisent toujours les personnes LGBTI+ que ce soit via de la prison, de la torture ou des travaux forcés. Pire, 7 d’entre eux appliquent la peine de mort. Ils demandent donc une meilleure reconnaissance par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) des spécificités de ces populations discriminées et l’application pleine et entière de la Convention de Genève relative à la protection des personnes appartenant à des groupes sociaux persécutés dans leur pays d’origine.

Dans la même veine, Act-Up souligne que la LGBTIphobie est toujours d’actualité sur notre territoire. Et, en parallèle, le gouvernement se félicite du remboursement d’un modèle de préservatif sur prescription. Les élus locaux ont également salué cette décision alors que certains professionnels de santé ne comprennent pas vraiment la démarche. A chacun ses priorités…

Pour en savoir plus :

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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