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L'entretien prénatal précoce serait peu proposé

Créé par le plan périnatalité 2005-2007, l'entretien prénatal précoce devrait être proposé à toutes les femmes enceintes pour prévenir d'éventuelles difficultés. Un sondage indique que c'est loin d'être le cas.

Ouverte en février 2008 par l'association Enfance et partage, une ligne d'écoute pour les parents et futurs parents d'enfants de 0 à 3 ans a recueilli près de 13.000 appels depuis. Plus de la moitié des appelants sont des femmes âgées d'une trentaine d'années, mamans d'un premier enfant de moins de 6 mois.

Les futures mamans représentent environ 10% des appels, ce qui a été jugé propice par les responsables de la ligne à l'établissement d'un état des lieux de la mise en place de l'entretien prénatal précoce (auparavant dit "du quatrième mois"), au moyen d'un questionnaire.

Proposé à moins de la moitié des sondées

Sur 328 appelantes y ayant répondu (depuis la mi-2010), 45% ont déclaré qu'un entretien prénatal précoce leur avait été proposé, a rapporté Emilie Martin, psychologue écoutante à Allô parents bébé, lors d'une conférence de presse organisée le 16 décembre 2010. Parmi les femmes qui se sont vu proposer l'entretien prénatal précoce, 80% l'ont accepté et effectué, soit 35% des répondantes. Pour beaucoup, l'entretien a été fait en ville, pas forcément dans le lieu de suivi de la grossesse. Près de 90% ont manifesté un retour positif, satisfaisant pour elles, de cet entretien.

Très grande satisfaction des bénéficiaires

Les commentaires obtenus lors du questionnaire confirment l'intérêt et l'importance de cet entretien pour les femmes enceintes, qui l'ont considéré comme du temps pour elles, un espace de parole où elles se sont senties libres de poser toutes les questions qu'elles souhaitaient, un moyen de réaliser l'ampleur du travail psychique du devenir parent, mais aussi de déceler les fragilités, voire de poser des questions beaucoup plus pragmatiques, sur les aides financières à la naissance par exemple. Pour ces femmes, cet entretien "contribue à améliorer et compléter le suivi de grossesse", a commenté Emilie Martin.

Anne Battut, sage-femme libérale et cadre sage-femme à la Fondation des oeuvres de la Croix-Saint-Simon à Paris, a souligné que dans son expérience d'entretiens prénatals précoces qu'elle a menés, ceux-ci se situaient plutôt au deuxième trimestre de la grossesse, vers 30-32 semaines (il est en principe prévu au 4ème mois - ndlr). Cela permet aussi aux patientes de se projeter sur le temps de l'accouchement, a-t-elle observé.

Manque de communication et corporatismes

Pour la pédopsychiatre Françoise Molenat, présidente de l'Association de formation et de recherche sur l'enfant et son environnement (Afree), qui a participé à l'élaboration du Plan périnatalité (et inspiratrice de cet entretien dans son rapport sur " la collaboration médico-psychologique en périnatalité " remis en janvier 2004 - ndlr), l'absence de communication nationale, mais aussi l'apparition de réactions corporatistes, expliquent la lenteur de la mise en place de cet entretien prénatal précoce.

"Il n'y a eu aucune médiatisation" et ce dispositif "n'a pas été compris", a-t-elle indiqué. Selon elle, le Collège national des gynécologues-obstétriciens (CNGOF) a fait un "black-out" sur cet entretien. Mais finalement, considère-t-elle, ce n'était pas plus mal car "on n'était pas prêt, on n'avait pas les réponses, ni les collaborations nécessaires".

"Il y a eu beaucoup de réactions corporatistes", notamment de la part de sages-femmes qui ont considéré que cette tâche était pour elles uniquement et n'ont pas communiqué auprès des médecins généralistes, pourtant à même de pouvoir orienter leurs patientes vers cet entretien. Les généralistes sont d'ailleurs "encore peu informés" de ce dispositif. "Même les jeunes gynécologues ne sont pas au courant", a-t-elle noté. Les gynécologues libéraux, quant à eux, ont eu "peur que les sages-femmes leur fassent perdre leurs patientes", a-t-elle évoqué. "Il y a eu beaucoup de peurs, de malaise, c'est pour ça que ça se met en place lentement", a-t-elle estimé.

Le rôle clef des sages-femmes

Dans l'esprit de beaucoup, il s'agit d'un entretien destiné aux populations défavorisées et démunies, ou encore de "repérage de la maltraitance", alors qu'il est destiné à toutes les populations, pour aborder toute question que se posent les futurs parents. L'un des objectifs de cet entretien est d'amener la femme elle-même à prendre conscience de ses difficultés, pour ensuite pouvoir mettre en oeuvre des actions de prévention. Cela peut-être la simple crainte de l'épisiotomie. Si elle est bien gérée en amont, que la communication est établie avec l'équipe de prise en charge de l'accouchement, cela diminue le stress de la patiente et peut avoir un impact bénéfique sur le risque de prématurité.

Dans l'enquête, il ressort que ce sont principalement les sages-femmes qui ont été la source de l'information sur l'entretien prénatal précoce, puis les questionnaires à remplir dans le cadre des suivis de grossesse, mais aussi internet, voire une affiche dans la salle d'attente d'une maternité. "Cela dépend des territoires" et ce ne sont pas forcément les grandes villes où les femmes sont le mieux informées. "C'est personne-dépendant".

Par exemple, dans un territoire a été mis en place l'envoi d'un courrier informant sur l'entretien prénatal précoce à toute femme qui envoie sa déclaration de grossesse à la caisse d'allocation familiale (CAF) et à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM).

Travailler en réseau

La mise en place de l'entretien prénatal précoce demande une coordination entre les professionnels, puisque le professionnel menant l'entretien sera amené éventuellement à signaler à un autre impliqué dans le suivi de la patiente une difficulté ou un point important à avoir à l'esprit. Cette coordination demande du temps. "Il y a des expériences avec du temps de sage-femme financé par la sécurité sociale, sur les fonds réseaux, pour assurer cette coordination.

Ça commence, c'est tout nouveau", a souligné Françoise Molenat. "Il faut travailler en réseau, décrocher son téléphone", a insisté Anne Battut. "Cela commence à émerger, notamment sur Paris, dans le réseau périnatalité d'un territoire, il y a eu des formations. Cela engage les professionnels, et il est plus facile de s'appeler quand on se connaît", a-t-elle indiqué. "Mais ce n'est pas encore culturellement intégré".

Pour 2011, la ligne Allô parents bébé va ainsi accentuer son action sur [l'information sur] l'entretien prénatal précoce, a souligné Françoise Rosenblatt, responsable du numéro vert.

L'entretien prénatal précoce sur le site de l'Ameli

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