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L’hôpital, malade du manque de soignants

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Fonction Publique

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Absentéisme, postes vacants, difficultés à recruter…dans sa dernière enquête, la Fédération Hospitalière de France pointe une aggravation du manque de personnels infirmiers dans les établissements, malgré une hausse des effectifs constatée sur les 3 dernières années.

Quel que soit le type d'établissement, infirmiers et aides-soignants sont les professions les plus en souffrance.

Alors que la pénurie de soignants est au cœur de toutes les préoccupations et que se profile un été à risque, notamment dans les services d’urgences au bord de l’implosion, une enquête de la Fédération Hospitalière de France (FHF) vient confirmer les tensions en personnel que rencontrent les établissements de la Fonction Publique Hospitalière (FPH).La situation en matière de ressources humaines non-médicales (aides-soignants, infirmiers, manipulateurs radios...) y apparait notablement dégradée, avec des disparités importantes en fonction des types de structures. Et au cœur du problème : un absentéisme élevé, de larges difficultés de recrutement et des besoins prioritaires identifiés sur les professions d’infirmiers et d’aides-soignants.

Un absentéisme estimé à 9,9%

La situation des établissements en matière de ressources humaines non médicales apparait dégradée et très contrastée, alerte la FHF. En cause, d’abord, un absentéisme qui, après avoir augmenté entre 2019 et 2020, se stabilise à un niveau élevé et ce dans tous les types de structures : 9,9% en 2021, soit un point de plus qu’en 2019 et même de 2,5 points depuis 2012. Dans le lot, ce sont les établissements et services médico-sociaux (ESMS) qui sont les plus touchés, avec un absentéisme qui frôle les 12% (11,8%), bien qu’en léger recul par rapport à 2020. Or, un niveau d’absentéisme élevé fragilise le fonctionnement quotidien des équipes. Il peut devenir très difficile à gérer en cas de pics épidémiques, notamment dans les plus petits établissements ou services quand des clusters sont détectés et mettent en difficulté la continuité des prises en charge, rappelle la FHF.

Autre facteur des tensions de personnel : le nombre de postes vacants. La FHF observe ainsi un doublement de celui-ci entre 2019 et 2022 chez les infirmiers au sein des ESMS ( 7% contre 13,1%) et établissements de santé hors CHU (3% contre 6,6%). En revanche, les structures s’avèrent globalement mieux loties côté aides-soignants. Les ESMS ont ainsi enregistré une importante réduction du nombre de vacances de postes, avec un taux qui diminue presque de moitié. Même constat au sein des CHU, dont le taux passe de 3% à 1,9%. L’instauration de la prime "Grand Âge", créée pour la profession par décret le 31 janvier 2021, qui s’élève à 118 euros bruts par mois, a sans doute provoqué une amélioration de son attractivité. L'enquête prend en compte l'ensemble des professions paramédicales, précise Vincent Roques, directeur du cabinet de la FHF. On observe que le nombre de postes de vacants d'aides-soignants est stable, mais tend effectivement à se réduire dans les EHPAD. Mais les tensions en postes vacants s'observent principalement sur la profession infirmière, confirme-t-il.

L’enquête de la FHF
L’enquête a été menée par la FHF aux mois d’avril et de mai 2022 et comptabilise :
•    400 établissements répondants (CHU, CHS, CH, EHPAD et autres ESMS) employant en tout 380 000 professionnels non-médicaux,
•    Dont 260 établissements publics de santé en employant plus de 370 000
•    Et 145 ESMS en employant 12 000.

La quasi-totalité (99%) des établissements connaissent des difficultés de recrutement, de manière permanente ou ponctuelle.

3 millions d’hospitalisations annulées ou reportées

Or parallèlement, les établissements sont presque en totalité confrontés à des difficultés de recrutement de personnels paramédicaux. La quasi-totalité (99%) des établissements connaissent des difficultés de recrutement, de manière permanente ou ponctuelle, s'inquiète la FHF. Conjuguées à un absentéisme élevé, ces difficultés de recrutement pèsent lourdement sur le dynamisme des établissements, avec des conséquences concrètes sur l’organisation des soins mais aussi sur la capacité des équipes hospitalières à rattraper les retards induits par les reports et déprogrammations effectués en plein cœur de la crise Covid. En tout, ce sont ainsi 3 millions d’hospitalisations qui n’ont pas pu être réalisées entre 2020 et 2021. En résultent une augmentation de la fatigue des soignants, constatée dans 90% des établissements, et des heures supplémentaires (86%, un taux qui atteint 97% dans les hôpitaux hors CHU), ainsi que du recours à l’intérim, qui concerne au total 67% de l’ensemble des structures. S’y ajoutent les fermetures de lits, auxquelles un peu plus de la moitié des hôpitaux (57%) et plus des trois quarts des CHU (85%) ont dû recourir (contre 6% dans le médico-social).

La nuit et la gériatrie particulièrement en souffrance

Ces difficultés de recrutement s’illustrent de manière très hétérogène en fonction des services. Sans surprise, ce sont sur les horaires de nuit en gériatrie que les tensions sont les plus importantes, avec une concentration de 72% des postes vacants. Dans les CHU, il culmine même à 90%, contre 54% dans les ESMS et 60% dans les établissements de santé hors CHU. Et la gériatrie apparaît également particulièrement en souffrance, avec, comme profil le plus complexe à recruter, les IDE de nuit, détaille la FHF. Enfin, au sein des CHU, suivent les blocs opératoires et la chirurgie, quand les CH désignent plutôt les services assurant les soins quotidiens (médecine et urgences, mais aussi psychiatrie, dont les services alertent eux aussi sur les risques de fermeture).

De manière générale, note la fédération, la catégorie infirmier reste la première priorité en matière de recrutement dans la Fonction publique hospitalière (74% des CH, 55% des CHU et 41% des EHPAD), ces derniers mettant toutefois l’accent sur les besoins de recrutement en aides-soignants, une priorité pour 53% des répondants. Spécificité des CHU : l’expression d’une plus grande disparité dans les profils recherchés, avec les infirmiers de bloc opératoire qui occupent le haut du panier, à hauteur de 35%.

Une augmentation des effectifs qui ne répond pas à la demande

Pour autant, souligne l’enquête, loin de l'image fréquente d'une "fuite des soignants", les établissements ont constaté une hausse de leurs effectifs au cours des 3 dernières années, avec une augmentation moyenne estimée à 3% en équivalent temps plein (ETP). De 374 000 soignants en 2019, le nombre de soignants est passé à 381 600 en 2021, soit 7 600 de plus. Une augmentation qui se répercute sur la masse salariale, qui a grimpé de 16% sur la période. Si davantage de soignants travaillent dans les établissements depuis 2019, cette situation n’a pas permis de réduire la proportion de postes vacants dans les professions aides-soignants et en infirmiers, relève l’enquête. En cause : une augmentation de la demande de soins, avec notamment des patients plus complexes à prendre en charge, mais aussi la réorganisation des prises en charge, qui ont poussé les établissements à revoir à la hausse leurs effectifs cibles, en particulier dans le sillage de la pandémie.

Des recrutements ont été faits pendant la crise sanitaire pour répondre à de nouveaux besoins et à une augmentation de la charge en soins, notamment avec l'afflux de patients Covid, résume Vincent Roques. Dans la mesure où la situation est très hétérogène en fonction des établissements, avec des services qui ont une demande de personnel plus importante, voire qui souffrent et menacent de fermeture parce qu'il en manque, on arrive avec un nombre global de postes vacants en hausse. Autre explication : le fait que les établisements aient augmenté leurs effectifs théoriques pour répondre à une augmentation de la demande en soins, mais sans parvenir à recruter des professionnels pour les occuper. La réforme des soins critiques, par exemple, prévoit un renforcement des équipes paramédicales. Mais s'il y a un écart entre postes théoriques et postes effectifs, le nombre de postes vacants augmente également, ajoute-t-il.

Et rappeler les professionnels de santé suspendus pour non-vaccination ne représente pas une solution pertinente. De fait, il n’y a aucun vivier de professionnels à rechercher parmi eux, fait savoir la FHF. Leur nombre avoisinerait désormais 0,3% des agents travaillant en établissement, soit entre 4 000 et 5 000 personnes, tout métiers confondus, soignants comme non-soignants, sur un effectif de 1,2 million d’agents recensés dans la Fonction publique hospitalière. Au 1er avril 2022, ils étaient ainsi 480 soignants à être encore interdits d’exercice au sein des CHU et CHR, contre 683 dans les établissements de santé hors CHU et 32 au sein des ESMS.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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