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La Maison des soignants, un lieu inédit dédié au mieux-être des professionnels de santé

Prendre soin des professionnels de santé : c’est l’objectif que s’est fixé la Maison des soignants, qui vient d’ouvrir à Paris et qui a pour mission d’accueillir les acteurs du monde de la santé en souffrance. Formations, ateliers, moments d’échanges, soutien psychologique…, tour d’horizon de ce qu’elle entend proposer et des problématiques auxquelles elle souhaite répondre à l’occasion de sa journée portes ouvertes, le 31 août.

La Maison des soignants, un refuge et un lieu de respiration pour l'ensemble du monde de la santé.

C’est à quelques pas de l’Arc de Triomphe que s’est ouverte mercredi 1er septembre la Maison des soignants. Lieu unique en France, elle entend accueillir sur ses 3 étages les professionnels du monde de la santé, libéraux et hospitaliers, en souffrance, et que la crise sanitaire a par ailleurs d’autant plus fragilisés, pour leur proposer des espaces d’échanges et de respiration afin d’améliorer leur quotidien, aussi bien professionnel que personnel. À l’origine de l’initiative : l’association Soins aux Professionnels de la Santé (SPS) qui, depuis sa création en 2015, vient en aide aux soignants (et aux étudiants en médecine depuis 2021), notamment grâce à sa plateforme téléphonique sur laquelle officient des psychologues formés par ses soins.

Répondre à la souffrance des soignants

La Maison des soignants est un projet que nous mûrissions depuis 3 ou 4 ans, relate le docteur Éric Henry, le président de l’association, en introduction de la journée portes ouvertes qui s’est tenue le mardi 31 août. Confrontée à la souffrance croissante d’un système de santé durement sollicité, SPS a en effet vu la santé mentale des différentes professions du secteur se dégrader progressivement. Nous avons constaté que les degrés de gravité de souffrance augmentaient au fur et à mesure des années, explique ainsi Gwendoline Legré, responsable administrative et coordinatrice de projet pour SPS. Il en va de même pour les motifs de ces souffrances, qui vont de la crise passagère à des problèmes de coordination avec la hiérarchie ou à des problèmes personnels. Car la souffrance que ressent un soignant au travail se répercute sur sa vie personnelle. Réduction du temps consacré aux soins au profit de tâches administratives de plus en plus lourdes, distributions territoriales inégales, charge de travail croissante, mais aussi violences à l’encontre des personnels de santé qui augmentent sont autant de sources de fatigue et d’angoisses, pointe de son côté Thomas-Olivier McDonald, le président de l’URPS des chirurgiens-dentistes d’Ile-de-France. Des problématiques anciennes, que la crise sanitaire n’a fait qu’exacerber. Tous ces faits participent à un lent mouvement de dégradation de la santé mentale des soignants, qui rend leur quotidien difficile, déplore-t-il ainsi, rappelant que selon l’enquête menée par l’Ordre National des Infirmiers en mai 2021, 40 % des infirmiers interrogés envisageaient de quitter la profession après la crise Covid.

La Maison des soignants est un lieu unique en France, où l’on veut et espère pouvoir aider les soignants en difficulté

Un lieu unique en France

Pour l’association SPS, il y avait donc urgence à proposer un lieu d’accueil pour les soignants en souffrance, où ils puissent aussi bien s’informer, se soigner, que rompre leur isolement et éviter de s’épuiser. La Maison des soignants est un lieu unique en France, où l’on veut et espère pouvoir aider les soignants en difficulté, essentiellement en apportant une aide psychologique et en s’appuyant sur tout ce qui relève de la médecine non-médicamenteuse, précise Gwendoline Legré. Le projet s’est construit en collaboration avec l’URPS des chirurgiens-dentistes, grâce à laquelle elle a pu bénéficier des locaux, et a pour enjeu d’améliorer le quotidien des professionnels de santé. En tout, 50 professions y seront accueillies, des médecins aux infirmiers en passant par les secrétaires médicaux, les dentistes et les vétérinaires, ainsi que les étudiants en médecine, qui sont beaucoup sollicités et qui ont des parcours en début de carrière en général chaotiques. L’accès, lui, est gratuit, la Maison étant financée en partie par la région Ile-de-France, à hauteur de 230 000 euros, et l’Assurance maladie, mais aussi par les adhésions à l’association et par les dons privés, et anonyme. La structure, qui se veut un lieu d’échanges et de rencontres, est aussi un complément physique à la plateforme téléphonique de SPS, mise en place depuis quelques années, poursuit Gwendoline Legré. Pour les professionnels de la région parisienne, disposer d’un lieu identifié où ils peuvent venir, c’est important. Mais cette expérience parisienne constitue également un projet pilote, que l’association espère dupliquer par la suite sur le reste du territoire français, avec l’objectif d’ouvrir le même type de structure dans chaque région, y compris dans l’Outre-Mer. Mais encore faut-il l’accord des régions ainsi que des aides financières supplémentaires. Agences Régionales de Santé, Conseils régionaux, voire le ministère de la Santé…, l’association entend bien solliciter un certain nombre d’autres partenaires en plus de ceux déjà présents sur sa plateforme, précise Éric Henry.

Une offre d’accompagnement multiple

C’est grâce à sa plateforme téléphonique que l’association a pu identifier les besoins des soignants et imaginer ensuite les ateliers lui paraissant les plus pertinents pour y répondre. Mais pas seulement : Nous avons également réalisé beaucoup de sondages auprès de la population soignante pour savoir ce dont elle avait besoin et déterminer ensuite la nature de ce qu’on allait proposer, raconte Gwendoline Legré. Au menu, des ateliers animés par une cinquantaine d’intervenants et qui se tiendront de manière hebdomadaire sur des thèmes aussi variés que l’alimentation, la gestion du stress ou l’activité physique. Vincent Berger, ancien champion du monde de voile, s’est ainsi associé avec la structure pour mettre en œuvre son application Monbilansportsanté, qui met en relation médecins et éducateurs sportifs afin qu’ils proposent des activités adaptées à chaque personne. La Maison des soignants accueillera des médecins qui réaliseront les bilans médicaux, ainsi qu’une salle de sport avec des éducateurs qui aideront chacun à définir et débuter une activité qui leur convienne, explique-t-il ainsi. Mais il s’agit également de partager des initiatives entre soignants pour améliorer les conditions de vie ou de travail au quotidien. Se tiendra par exemple un atelier sur le dispositif Bulles & Co, lancé au CHU de Grenoble Alpes, qui consiste à mettre à disposition de la communauté hospitalière des objets et des espaces pérennes pour que les personnels puissent se reposer et prendre du temps pour eux, indique Félicie Jobert, cocréatrice du projet et responsable QVT (Qualité de Vie au Travail) au sein de l’établissement. L’objectif étant de partager l’idée lors d’un atelier à la Maison des soignants pour son éventuelle duplication dans d’autres hôpitaux. Lorsqu’un projet est construit par les professionnels, cela marche toujours mieux, renchérit-elle.

Pour nous, améliorer le quotidien des soignants est primordial

En plus de ces ateliers, la structure proposera des permanences avec une psychologue, ainsi que des permanences juridiques pour aider ceux qui se retrouvent en difficulté avec leur hiérarchie ou leur milieu de travail à s’en sortir, souligne Gwendoline Legré, avec notamment un focus sur tout ce qui a trait à l’assurance professionnelle et la prévoyance, point critique pour les libéraux. Les soignants, et particulièrement les libéraux, sont souvent mal assurés. Quand ils sont dans l’incapacité de travailler, ils n’ont donc tout simplement plus de revenus. Enfin, la Maison entend organiser des formations (sur le suicide, les premiers secours en santé mentale…) à destination des soignants pour les accompagner dans le renforcement de leur pratique mais aussi pour les sensibiliser aux signes de vulnérabilité de leurs collègues. Avec cette structure, l’association SPS entend s’inscrire plus fortement dans une véritable politique de prévention afin d’endiguer le mal-être des professionnels de santé, d’autant plus qu’elle est régulièrement confrontée à l’expression de risques suicidaires via sa plateforme téléphonique. Nous sommes sur le front tout le temps. Pour nous, améliorer le quotidien des soignants est primordial, car il s’agit d’éviter des situations dramatiques, conclut-elle. Une initiative d’autant plus critique que les professionnels de santé, et notamment les hospitaliers, se préoccupent de plus en plus de leur santé mentale.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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