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Le sommeil : un "outil" de bonne santé !

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"Le sommeil d'hier et de demain", telle est la thématique choisie par l'Institut national du Sommeil et de la Vigilance (INSV) à l'occasion de la 20e Journée du Sommeil, ce 13 mars 2020. L'occasion de rappeler que le sommeil est un "outil de bonne santé", une affirmation étayée par des preuves scientifiques solides. Il s'avère cependant essentiel de revaloriser le sommeil au regard des nouveaux rythmes de vie et notamment de nos (mauvaises) habitudes liées au numérique.

sommeil lit

L'enquête souligne que nous dormons 6h41 en semaine et 7h33 le week-end, soit une heure à une heure et demie de moins qu’il y a 30 ans. 

Les données scientifiques et médicales confirment toutes sans exception le rôle déterminant du sommeil pour la santé et la prévention mais aussi la part considérable qu'il prend dans l'émergence de maladies ou leur aggravation. Le Dr Marc Rey, président de l'Institut national du Sommeil et de la Vigilance, neurologue et spécialiste du sommeil, l'explicite à l'occasion de la 20e Journée du Sommeil, ce 13 mars 2020. L’importance du sommeil dans le fonctionnement cérébral, en particulier la mémoire, a été solidement établie et les mécanismes d’action du sommeil sur la constrution cérébrale, en particulier chez l’enfant sont en cours de démembrement. Les études montrent également que la privation de sommeil favorise l’épidémie mondiale d’obésité en modifiant l’équilibre entre deux hormones aux effets antagonistes sur la faim : la leptine qui coupe l’appétit et la ghréline qui au contraire l’augmente. En dehors même de ses effets sur le cerveau, le sommeil contribue à réduire le risque cardiovasculaire car la fréquence cardiaque et la pression artérielle sont abaissées durant le sommeil lent profond. Bien sûr, le sommeil a aussi une influence essentielle pour maintenir la vigilance, limiter le risque d’accidents, dans le maintien de l’équilibre psychique. Il intervient aussi dans la régulation immunitaire.

En  somme, alors que nous passons un tiers de notre vie à dormir, le sommeil est mieux compris et notamment les fonctions fondamentales qui impactent non seulement le cerveau mais aussi l'ensemble des organes. Il reste à la société de se convaincre de la nécessité de développer cette dimension comme élément essentiel de qualité de vie et de prévention primaire, poursuit Patrick Lévy qui regrette que le sommeil reste le parent pauvre de la politique nationale de prévention et d'éducation pour la santé.

Les conditions de travail ne sont pas sans conséquences sur le sommeil des adultes et, de fait, la vie de famille

Une enquête qui témoigne d'un intérêt certain pour le sommeil

Selon l’enquête INSV/MGEN 20201, 53 % des personnes interrogées estiment que la thématique du sommeil est un sujet de santé plus important qu’il y a 20 ans. Ainsi, revaloriser le sommeil dans le cadre des politiques de santé publique est plus que jamais de première importance au regard des nouveaux modes et rythmes de vie. L'enquête souligne que nous dormons 6h41 en semaine et 7h33 le week-end, soit une heure à une heure et demie de moins qu’il y a 30 ans. Les Français sont conscients que leur dette de sommeil s’accentue : 50 % des plus de 40 ans considèrent que le temps de sommeil a diminué en 20 ans. Et s’ils estiment en effet plus difficile de couvrir leurs besoins de sommeil qu’il y a deux décennies, ils considèrent aussi que leur qualité de sommeil est globalement moins bonne. Pour la majorité des Français  (49 %), le télétravail a un impact neutre sur le sommeil (tandis que 30 % pensent qu’il a un impact positif ; 21 % un impact négatif). Pour l’avenir, ils jugent majoritairement (56 %) que le travail en horaires décalés restera stable tandis que le télétravail se développera (71 %). 

Le télétravail, qui est aujourd’hui facilité par les nouvelles technologies, se développe et est de plus en plus accepté par les employeurs, ajoute Émilie Pépin, médecin du travail, spécialiste du sommeil à l'Hôtel-Dieu (Paris). Pour beaucoup de salariés du tertiaire vivant dans des grandes villes et ayant de gros temps de transport, il pourrait constituer une solution intéressante, notamment lorsqu’il est pratiqué à raison d’une journée ou deux par semaine. Il pourrait aussi faciliter la préservation du temps de sommeil, mais ce à la condition que le salarié conserve ses droits de déconnexion pour préserver sa vie privée et demeure, ce qui est important, en contact  avec le reste de l’équipe, souligne-t-elle.

Pour 75 % des Français le travail en horaires décalés a un impact négatif sur le sommeil.

Selon Emilie Pépin, il est vraisemblable que le travail en horaires décalés ou postés expose aussi en partie les salariés à certains des autres effets néfastes sur la santé décrits avec le travail de nuit (qui est davantage réglementé et limité) : risque d’accidents accrus, augmentation des dépressions, et des maladies cardiovasculaires, et même du cancer du sein. Les études sur les effets sur la santé du travail à horaires décalés sont toutefois bien moins nombreuses que celles portant sur le travail de nuit, car elles sont plus difficiles à organiser, les horaires atypiques variant d’une entreprise à une autre. L'enquête souligne que 41 % des Français font au moins une sieste chaque semaine (et 13 % deux siestes, 15 % trois siestes et plus). Cependant, pour plus d’un tiers des Français, les besoins de sommeil seront plus difficiles à satisfaire dans les années à venir, les 25-34 ans se montrant sur ce point plus pessimistes (46 %) que leurs aînés. 43 % des Français actifs professionnellement souhaiteraient disposer d’un endroit dédié à la sieste ou au repos sur leur lieu de travail, et ce encore plus en Île-de-France (63 %). 10 % des actifs reconnaissent déjà disposer d’un tel lieu à leur travail. Mais, 77 % d’entre eux (et 83 % des femmes) déclarent ne jamais consacrer de temps à la sieste ou à un moment de repos au travail. La question du sommeil au sein de l’entreprise ne relève plus seulement de la sphère privée. L’organisation du travail doit intégrer la dimension sommeil comme elle intègre déjà d’autres paramètres de santé (comme l’alimentation ou les techniques pour mieux gérer les contraintes musculo-squelettiques des gestes répétitifs) indique Marc Rey.

Une analyse sur des soignantes de l’AP-HP montre des divergences importantes entre les travailleuses de nuit et celles exerçant le jour en particulier au niveau de la privation de sommeil.

Quid des écrans sur le sommeil des enfants

48 % des Français s’accordent à penser que la thématique du sommeil des enfants prendra de l’importance dans les 20 prochaines années. L’enquête révèle également toutefois que les Français ne sont pas encore tous conscients des effets négatifs d’une exposition excessive aux écrans sur le sommeil chez les enfants, ce que le Haut Conseil de la Santé Publique a rappelé en 2019 dans un rapport complété d’un avis.2

L'enquête INSV/MGEN 2020 met en évidence que 9 enfants sur 10 ont accès à un écran à la maison, et en moyenne à 3 supports. Certes, 71 % des parents déclarent avoir pris des mesures pour encadrer leur usage : restriction de la durée d’exposition dans 66 % des cas, interdiction durant les repas (60 %) ou à certains horaires (56 %), surveillance des contenus (50 %). Mais, seulement, 44 % d’entre eux déclarent ne pas autoriser les écrans au lit. Le docteur Marie-Josèphe Challamel, qui est pédiatre et spécialiste du sommeil de l’enfant à Lyon, juge ces chiffres très préoccupants. Il existe un consensus international sur leurs dangers et 90 % des études montrent qu’un usage excessif des écrans récréatifs chez les enfants altère la qualité du sommeil, avec une relation linéaire au-delà de 2 heures d’exposition par jour. On observe aussi en cas de forte consommation d’écrans des effets négatifs sur le développement cognitif, la vie émotionnelle, une augmentation du risque de troubles dépressifs, celui de l’apparition d’une obésité du fait de l’augmentation de la sédentarité.

L’enquête confirme que les parents ont effectivement besoin d’être sensibilisés aux effets néfastes d’un excès d’écrans pour leurs enfants : seuls 45% des parents reconnaissent leur impact négatif alors que 46% estiment que les écrans ont un effet neutre et 9 % vont jusqu’à considérer qu’ils ont même un impact positif sur le sommeil des enfants.

Chez les adolescents, la réorganisation synaptique, associée aux modifications hormonales de la puberté, s’accompagne d’un décalage du temps d’endormissement avec réduction du sommeil lent profond, augmentation de la somnolence diurne, indique Marc  Rey. Eux aussi doivent dormir suffisamment. Des études d’imagerie résonance magnétique entreprises par des chercheurs parisiens de l’unité 1000 "Neuroimagerie et psychiatrie" de l’Inserm ont montré en 2017 que certaines parties du cortex, notamment préfrontal, sont moins développées chez eux en cas de privation de sommeil.

65,8% des enfants souffrant d’allergie ont un sommeil perturbé et ce n'est pas sans conséquences. En effet, la langue de l’enfant se place mal dans la bouche et appuie sur des os encore extrêmement malléables. S’ensuivent des déformations du massif facial qui altéreront de façon irréversible le potentiel respiratoire. 

Que faire en cas de trouble du sommeil chez l’enfant ?

Lors du coucher, qui doit de préférence avoir lieu avant 21 heures et sans trop de différences entre la semaine et le week-end, il s’agit de respecter un rituel : mettre un pyjama, fermer les volets, lire une histoire... Enfin, point essentiel, après avoir couché l’enfant, il faut le laisser s’endormir seul dès qu’il a plus de 3-4 mois car il est important qu’il acquiert la capacité de s’apaiser seul. Si l’on reste, le risque est que l’enfant ne  puisse pas se rendormir en cas d’éveils nocturnes. Les troubles du sommeil sont fréquents chez l’enfant. S’ils ne sont pas résolus en respectant les recommandations simples rappelées ci-dessus, il pourra être utile après en avoir parlé au médecin généraliste ou au pédiatre de recourir à une thérapie, par exemple cognitivo-comportementale, pour aider l’enfant à s’endormir seul. En revanche, les médicaments n’ont pas de place dans le traitement des troubles du sommeil chez l’enfant en règle générale, explique Marie-Josèphe Challamel, pédiatre, spécialiste du sommeil de l'enfant. Selon l'enquête, les Français plébiscitent à 92 % le maintien de la sieste dans toutes les sections de l’école maternelle. Pour 80 % d’entre eux, il serait aussi souhaitable de proposer une sieste/ou des moments de repos à l’école primaire et même pour 55 % d’entre eux au collège.

Plus d’un tiers des Français et la moitié des 25-34 ans interrogés dans l’enquête admettent que le temps dévolu aux écrans réduit celui consacré à la famille. En même temps, 3 parents sur 10 ne donnent aucune consigne à leurs enfants sur l’utilisation des écrans.

Le «couvre feu digital» qui est préconisé par l’INSV depuis 2016 ne paraît pas respecté et l’effet sentinelle prend de l’importance, notamment chez les plus jeunes. Seuls, 1 % des Français interrogés n’utilisent pas régulièrement un écran pour leurs besoins personnels. Et, en moyenne, près de 3 écrans (le  plus  souvent  ordinateur, smartphone  et  télévision) sont regardés régulièrement au domicile et ce tant par les jeunes que par ceux qui le sont moins. Avec, pour près de 45 % des adultes, une consultation de l’écran le soir au lit, dans un tiers des cas tous les jours ou presque, et durant plus d'1 heure 30 pour 1/4  des utilisateurs. En outre, 16 % des Français et 28% des 18-34 ans admettent être réveillés la nuit par la sonnerie du smartphone ou un SMS. Et près de la moitié y répondentle plus souvent.

Les Français citent ainsi après la lecture (60 %), le temps de sommeil comme le temps le plus réduit (50 %) par le temps consacré aux écransdevant celui dévolu aux activités de plein air (43 %) et aux activités physiques (40 %), aux sorties culturelles (36 %) et à la famille (36 %), aux amis (29 %) et aux repas (24 %). Continuer d’informer et éduquer les Français sur les effets délétères des écrans sur leur sommeil apparaît fondamental. En effet, dans l’enquête, seulement 39 % des Français  jugent que les écrans ont un impact négatif sur la qualité du sommeil, la majorité d’entre eux (56  %) n’y voyant aucun impact.

A noter aussi qu’en matière de sommeil, les Français sont plus intéressés par son rôle sur le cerveau (37 % de citations en première réponse), ou ses relations avec l’environnement (21%), que par ses liens avec les nouvelles technologies dont les écrans (16 %).

Alors même que les Français expriment plus volontiers leur souffrance vis-à-vis de leur manque de sommeil, ce dernier est encore trop souvent considéré comme une variable d’ajustement par les Pouvoirs publics, regrette Marc Rey. Il est temps, pour limiter ce décalage, de valoriser le sommeil sur le plan sociétal, de proposer des  solutions pour le préserver, notamment celui des enfants, le sommeil participant à la construction du cerveau. Quelques avancées ont déjà été obtenues et il faut être  optimiste, estime cependant Marc Rey. Après tout, cela ne fait pas si longtemps qu’on a compris le rôle indispensable du sommeil et l’exemple du tabac montre qu’il faut souvent bien des années pour obtenir des progrès, du fait de l’importance des lobbys. La mobilisation des professionnels et du public pourrait déboucher sur des actions concrètes.

Dès 2021, nous resterons à la même heure toute l’année. Le 26 mars 2019, le Parlement européen a voté la suppression du changement d'heure entre hiver et été. Les  spécialistes sont unanimes : il serait préférable d'adopter l'heure d'hiver pour être le plus en phase avec les rythmes chronobiologiques.

Notes

  1. Enquête OpinionWay menée auprès de 1020 personnes âgées de 18 à 65 ans, du 9 au 16 janvier 2020. Questionnaire auto-administré en ligne sur système CAWI. Au sein de cet échantillon national représentatif de la population française, 33% étaient âgés de 18-à 34 ans,  44%  avaient  34-54  ans  et  23%  avaient  55-65  ans.  Parmi  eux,  on  trouve  36%  de  CSP+,  37%  de  CSP-,  27%  d'inactifs  dont  9% d'étudiants.
  2. Haut Conseil de la santé publique. Avis relatif aux effets de l’exposition des enfants et des jeunesaux écrans. 12 décembre 2019. 

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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