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Les hospitaliers alertent les sénateurs sur la montée du mal-être

Les syndicats de personnels hospitaliers, médicaux, soignants et administratifs ont alerté les sénateurs de la mission d'information relative au mal-être au travail sur la montée du mal-être dans ces professions, lors d'une table ronde.

La table-ronde s'est tenue mercredi en présence de représentants du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC), de la Coordination nationale infirmière (CNI), du Syndicat national des infirmières conseillères de santé (Snics), de Force ouvrière-Santé-sociaux, de l'Union nationale des syndicats autonomes (Unsa) Santé-sociaux, de la fédération SUD Santé-sociaux, de la CGT Santé-action sociale et du Syndicat national des cadres hospitaliers (SNCH).

Les responsables ont souligné que les restructurations hospitalières et les réformes récentes avaient entraîné une augmentation du mal-être, selon le compte rendu écrit de cette table ronde, tenue à huis clos.

Thierry Amouroux, secrétaire général du SNPI, a imputé cette situation à "l'augmentation de la charge de travail qui résulte des restructurations hospitalières et de l'évolution des pratiques de soins". Le malaise des infirmières vient du fait qu'elles ont été formées pour "considérer chaque patient comme une personne unique" mais que leur travail en fait "des techniciennes spécialisées dans des établissements devenus de véritables 'usines à soins'".

Ce malaise se traduit par un taux de départ de la profession d'une infirmière sur deux "au cours des cinq premières années d'activité".

Toutes les infirmières éprouvent une "frustration", a estimé la présidente de la CNI, Nathalie Depoire: les plus jeunes "regrettent un accompagnement insuffisant à la prise de fonction et de ne pouvoir mieux prendre en charge les patients" et les plus expérimentées "déplorent de ne pouvoir intégrer leurs nouveaux collègues dans de meilleures conditions".

Elle a pointé "le manque de temps", pour le patient, pour les temps d'échange entre professionnels et pour la visite des patients en équipes pluridisciplinaires. Les cadres de santé "peinent à trouver des personnels et sont pris entre des équipes en souffrance et une hiérarchie qui recherche des économies".

Mais un diagnostic précis est difficile à établir, faute d'un outil de pilotage et d'indicateurs statistiques du mal-être au travail à l'hôpital, a estimé Viviane Debarges (CGT Santé-action sociale).

 

Les administratifs concernés

Plusieurs responsables ont souligné le mauvais fonctionnement des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) à l'hôpital.

Les CHSCT sont "trop souvent vides de sens ou détournés de leur rôle", a souligné Denis Garnier (FO Santé-sociaux). "Les directeurs ont trop tendance à considérer la prévention des risques professionnels comme des dépenses superflues", a-t-il déclaré, tout en soulignant qu'ils étaient eux-mêmes concernés.

Les élèves de l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) "apprennent leur affectation trois mois seulement avant leur sortie et ne bénéficient que d'un très court temps de spécialisation", les personnels d'encadrement changent souvent de fonction, parfois "brutalement, sans préparation ou formation", ce qui conduit à "des déficiences dans le management".

"Le mal-être au travail est une réalité pour tous les personnels hospitaliers, qu'ils soient infirmiers, techniques ou administratifs", a renchéri Dominique Russo, secrétaire général de l'Unsa-directeur. "Les politiques mises en oeuvre dans de nombreux établissements pour revenir à l'équilibre financier créent en elles-mêmes du stress".

"Chaque changement de direction à l'hôpital entraîne des mutations brutales pour le personnel d'encadrement", a témoigné Michel Dogué, délégué national du SNCH, qui a souligné la multiplication des recours en justice comme "symptôme du mal-être de l'ensemble des agents, notamment des cadres, qui souffrent des incessantes restructurations".

Le SNCH prépare une charte managériale et demande la mise en place de psychologues du travail dotés d'un statut protecteur, analogue à celui des médecins du travail, a-t-il indiqué. Par ailleurs le Centre national de gestion (CNG) pourrait créer, en son sein, une structure de résolution des conflits, ce qui éviterait d'avoir recours aux procédures judiciaires.

Les médecins libéraux aussi

Entendus à part, les responsables du groupe Pasteur mutualité et de la Mutuelle nationale des médecins, chirurgiens, spécialistes et biologistes des établissements de santé publics et privés (MNHPP) ont abordé le "surmenage" des médecins du public et du privé.

Ils ont pointé "l'augmentation des charges administratives", avec une accumulation de protocoles et l'obligation de codifier les actes. Le président de Pasteur Mutualité, Bruno Gaudeau, a souligné la plus forte prévalence des suicides chez les médecins entre 30 et 60 ans (14% des décès contre 6% dans la population générale).

"Les psychiatres, les pédiatres et les urgentistes sont particulièrement touchés" par le stress au travail et, "plus récemment, les médecins du travail soumis à la pression des employeurs et des salariés", a-t-il indiqué.

Jean-Pierre Belon, vice-président de la mutuelle, a rappelé les résultats de l'étude "santé et satisfaction des médecins au travail" (Sesmat) de 2007-08 qui avait montré que "13,5% des médecins et pharmaciens hospitaliers [étaie]nt en état de souffrance professionnelle et que 50% d'entre eux [étaie]nt en danger" sans compter que "14 % des médecins ont indiqué leur intention d'abandonner la profession".

Mais, a-t-il ajouté, les soignants sont particulièrement réticents à reconnaître leur souffrance au travail et à se faire aider. Pasteur Mutualité travaille à la mise en place d'une consultation destinée aux soignants, notamment sur les problèmes d'addiction.

"L'automédication pose de véritables difficultés puisque 95% des médecins se sont désignés eux-mêmes comme leur médecin traitant", a-t-il déclaré, estimant que cette possibilité devrait être exclue. Une structure d'addictologie dédiée aux soignants est également en cours de mise en place à Besançon.

 

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Commentaires (1)

domi

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19 commentaires

#1

Mal être voire plus!!!!

Moi aussi, je ressens ce mal-être et ça ne fait que 2 ans que je bosse après une reconversion...

D'ailleurs, avec le mépris qu'affiche nos gouvernants envers notre profession, mon mal-être est en train de se muer en COLERE!

Marre de ne pas être reconnu et considéré!

Il est temps de se révolter!

Domi