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Les hospitaliers préoccupés par leur santé psychologique, révèle une enquête de la MNH

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Epidémiologie

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D’après une étude réalisée mi-juillet par l'Institut Français d'Opinion Publique (IFOP) pour la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH) auprès de 4 730 personnes (dont 3 718 professionnels), la santé psychologique des personnels hospitaliers est mise à mal par la pandémie de Covid-19. Parmi les individus concernés, étudiants et décideurs hospitaliers semblent payer un lourd tribut.

Loin devant la population générale, les hospitaliers se déclarent plus soucieux qu'avant la crise sanitaire de leur santé psychologique

Pour la deuxième fois en quelques mois, la MNH a souhaité évaluer l’impact de la crise sanitaire auprès des Français. Après avoir mesuré en mars dernier le niveau de confiance en la vaccination anti - Covid-19, elle s'est intéressée à leur santé psychologique, en particulier à celle de ceux qui ont affronté la pandémie en première ligne : les professionnels exerçant dans le secteur de la santé. Les résultats montrent globalement que la thématique intéresse davantage les Français, mais également que son niveau baisse de manière préoccupante chez certaines catégories de professionnels.

Des chiffres contrastés

Selon les résultats collectés, 28 % des Français interrogés se disent plus préoccupés qu'avant la crise par leur santé psychologique. Une moyenne qui cache les proportions nettement supérieures observées chez les professionnels hospitaliers, parmi lesquels 42 % des étudiants, 47 % des actifs et même 56 % des décideurs déclarent y accorder plus d'intérêt. Un contraste avec la population générale qu'explique Frédéric Dabi, Directeur Général de l'IFOP : cela montre à quel point les hospitaliers ont vécu de manière spécifique cette crise inouïe et hors normes. La tendance est confirmée par les professionnels de la santé mentale (psychiatre, psychologues...) interrogés récemment par la MNH dans le cadre de la mise en place de son observatoire de la santé. 95 % des professionnels que nous avons sondés constatent une hausse des consultations pour troubles anxieux et autres troubles liés à un mal être, rapporte Delphine Hernu, Directrice Adjointe à la santé pour la Mutuelle. Et si les consultations augmentent, c'est parce que la parole n'est plus tabou ; pour certains experts, évoquer ses difficultés et les admettre a été rendu possible par certains facteurs favorisants. Cette fois, il ne s'agit pas du malaise d'un individu isolé ; c'est le collectif tout entier qui a été touché. A ce titre, les professionnels concernés se sont autorisés à parler et le questionnement collectif a pu émerger, explique Delphine Carrara, psychologue du personnel à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Ile-de-France). Voilà pourquoi nous avons enregistré une hausse notable des demandes de consultations en groupe, lors desquelles les soignants expriment leur ressenti face aux patients et aux familles.

Méthodologie et principaux résultats

1 012 répondants majeurs grand public
3 718 professionnels hospitaliers, parmi lesquels :
- 74 étudiants
- 1 269 actifs
- 2 302 retraités
- 73 décideurs
Interviews réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 22 au 23 juin 2021 pour le grand public, et du 21 au 28 juin 2021 pour les professionnels de santé

63 % des Français s’estiment en bonne santé psychologique (vs. 47 % des étudiants hospitaliers)
60 % en bonne santé physique (vs. 45 % en bonne santé physique)
28 % des Français se disent davantage préoccupés qu'avant la crise sanitaire par leur santé physique ou psychologique (vs. respectivement 36 % et 38 % des professionnels hospitaliers)
32 % des actifs français s'estiment affaiblis moralement par la crise sanitaire (vs. 55 % des étudiants, 46 % des actifs et 42 % des décideurs hospitaliers)

Etudiants et décideurs heurtés de plein fouet

Les jeunes de toutes les filières ne se sont pas retrouvés dans la même situation. Le malaise qui s'est exprimé l'a bien été spécifiquement chez les étudiants hospitaliers, détaille D. Dabi. Parmi ceux touchés, les étudiants sont hélas en bonne place. Plus particulièrement les apprenants à l'hôpital, chez lesquels la crise sanitaire a confirmé l'engagement tandis qu'elle a, chez d'autres au contraire, fait naître des doutes significatifs au sujet de leur avenir professionnel. Ces jeunes, non préparés et sans expérience, se sont retrouvés là, et sans filet, ajoute V. Carrara. Bien que la situation des hospitaliers soit particulièrement préoccupante, elle fait écho à celle observée en population générale chez les enfants et les adolescents, chez lesquels on constate une hausse des gestes suicidaires, des décompensations psychiques... Selon une enquête menée pendant la crise, 40 % des 18-24 ans souffrent de troubles anxieux, rapporte D. Hernu. Ce phénomène, reconnaissent les experts, est multifactoriel. Mais il s'explique en partie par le fait que la jeunesse ait été brutalement privée de vie sociale, alors même que cette dernière est l'un des éléments qui la caractérisent. Lorsqu'on a 20 ans, on se sent invulnérable. La jeunesse n'a sans doute pas compris l'impact de la vague épidémique et l'a vécu de plein fouet. C'est ce qui explique qu'aujourd'hui, la santé mentale des jeunes est devenu un véritable sujet de santé publique, insiste Gérard Vuidepot, Président de la MNH. Les chiffres sont encore plus alarmants côté décideurs hospitaliers, dont plus de la moitié s'estiment soucieux de leur santé psychologique.

Les soignants ont pour habitude de s'occuper des autres et ne décèlent pas toujours le seuil de tolérance qui leur permettrait de se dire, pour eux-mêmes, qu'il doivent demander de l'aide parce que ça va trop loin et qu'ils sont en danger

Comment se manifeste le malaise ?

Chez les étudiants et actifs hospitaliers, montre l'enquête, le manque d'énergie, le stress et l'épuisement sont les manifestations les plus fréquentes. Les réveils systématiques à des horaires où des événements traumatiques ont été vécus m'ont souvent été rapportés, de même que des cauchemars, relate d'expérience V. Carrara. L'autre difficulté, complète la psychologue, c'est que les soignants ont pour habitude de s'occuper des autres et ne décèlent pas toujours le seuil de tolérance qui leur permettrait de se dire, pour eux-mêmes, qu'ils doivent demander de l'aide parce que ça va trop loin et qu'ils sont en danger. Un mécanisme "métier" utile dans les fonctions, mais qui peut avoir un retentissement peu souhaitable pour la préservation des aptitudes à assurer son métier sans mettre à mal son équilibre psychique. Mêmes symptômes côté décideurs, ou presque : l'épuisement est supplanté par les difficultés à trouver le sommeil. Rien d'étonnant pour G. Vuidepot - ancien Directeur d'hôpital - qui met en lien ces signes avec la pression subie par les staffs, dont les décideurs sont les figures de proue : je ne suis pas surpris de ces chiffres, même si un directeur d'hôpital n'est pas seul, et que l'ensemble des équipes est associé à l'activité et qu'il a souffert dans la gestion de cette pression, qui a concerné à la fois les capacités, les équipes, le matériel.... Indéniablement, les chiffres montrent que la première ligne des acteurs hospitaliers a payé le prix fort de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Et ils montrent aussi que nos soignants, nuance V. Carrara, conservent un sens très fort de leurs missions et ne sont pas démotivés malgré leur épuisement.


Directrice de la rédaction
anne.perette-ficaja@gpsante.fr
@aperette

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