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Les infirmières scolaires vent debout pour l’amélioration de leurs conditions de travail

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Lors d’une journée d’actions, les infirmières scolaires, frappées elles aussi par la pandémie de Covid-19, se sont mobilisées afin d’alerter sur leurs conditions de travail. Mais aussi de proposer des solutions pour les améliorer et mieux prendre en charge les élèves.

Les infirmières scolaires ont également été en première ligne face au Covid-19.

Essorées par la pandémie de Covid-19, les infirmières scolaires se sont mobilisées mardi 22 mars lors d’une journée d’actions organisée sur tout le territoire à l’appel du SNICS-FSU, le syndicat majoritaire de la profession. Elles étaient ainsi encouragées à se rassembler devant les rectorats afin de faire entendre leurs revendications : meilleurs moyens et conditions de travail, dans l’optique d’assurer un accueil et un suivi de qualité des élèves. Des réclamations que le syndicat a également souhaité transmettre au cours d’un webinaire, accompagnées de dix propositions pour redonner de l’attractivité au métier et favoriser l’accompagnement des enfants en milieu scolaire.

Des professionnels essentiels mais en souffrance

La santé des élèves et le métier d’infirmière scolaire sont en danger. C’est, en substance, le message qu’a voulu porter le SNICS-FSU. Les raisons sont identiques à celles qui frappent l’hôpital public : des conditions de travail difficiles, rendues encore plus compliquées par une hémorragie des professionnels que l’exercice ne fait plus rêver, et des salaires jugés trop bas et qui restreignent encore plus son attractivité. S’est ajoutée par-dessus la pandémie de Covid-19, face à laquelle les infirmières scolaires ont dû faire face à moyens constants, a rappelé Saphia Guereschi, secrétaire générale du syndicat, évoquant l’épuisement professionnel de ces personnels de santé, notamment en raison de la charge de travail ; nombreuses sont en effet celles qui ont en charge plusieurs établissements. Selon une enquête du SNICS-FSU réalisée en mai 2021, 2 infirmières scolaires sur 3 seraient ainsi en souffrance professionnelle. 30 postes d’infirmiers scolaires et 20 d’assistantes sociales seront créés à la rentrée 2022 soit, selon Saphia Guereschi, un poste pour 5 000 élèves, ce qui est loin du compte. Contre les 13 500 que le syndicat estime nécessaires pour assurer l’accueil et le suivi des élèves. Depuis plusieurs années, nous dénonçons l’insuffisance des moyens. La prise en charge de la pandémie s’est faite aux dépens des consultations infirmières alors que les élèves en avaient le plus besoin.

Car, parallèlement, les besoins de santé des élèves, et particulièrement de santé mentale, n’ont cessé d’augmenter. Les élèves ont vraiment besoin d’un accompagnement individuel, pour répondre au climat sanitaire et sécuritaire anxiogène, a souligné Carla Dugault, présidente de la Fédération des Conseils de Parents d’Élèves. Côté lycéens, on évoque le besoin de renforcer l’information et la prise en compte de l’éducation sexuelleun sujet encore tabou, a déploré Colin Champion, président de la Voix Lycéenne – et une prise en compte plus importance de la souffrance mentale. Tandis que, chez les étudiants, on réclame la possibilité de consulter librement une infirmière sur les campus et plus d’informations pour fluidifier les parcours de soin. Pour la députée parisienne Lamia El Aaraje (Parti Socialiste) l’École a vocation à porter une ambition de santé publique en garantissant un égal accès aux soins et à la promotion de la santé à tous les enfants, quelle que soit leur origine. Un rôle qu’elle n’est plus en capacité de tenir du fait des difficultés que rencontre la santé scolaire.

Les 10 propositions du SNICS-FSU en un coup d’œil :
1)    Maintenir la santé scolaire sous la responsabilité des ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur.
2)    Mettre en œuvre et renforcer la politique éducative sociale et de santé définie en 2015.
3)    Permettre aux élèves et étudiants d’accéder à la consultation infirmière dans leurs établissements, de manière inconditionnelle.
4)    Améliorer les conditions de travail, les rémunérations et les carrières des infirmières scolaires.
5)    Reconnaître le métier comme une spécialité à part entière.
6)    Elargir la liste des médicaments délivrables par ces professionnels de santé.
7)    Permettre aux élèves et étudiants de consulter des psychologues après adressage par les infirmières scolaires.
8)    Permettre aux élèves atteints de handicap de bénéficier d’une consultation annuelle avec un professionnel de la santé scolaire.
9)    Revoir le pilotage des CESCE pour les rendre réellement participatifs.
10)    Repenser l’environnement et les rythmes scolaires pour qu’ils soient plus respectueux de la diversité des besoins des élèves.

Revoir l’exercice de l’infirmière scolaire

Confronté à ces problématiques, le SNICS-FSU soumet dix propositions pour les résoudre. D’une part, il s’agit d’améliorer les conditions de travail mais aussi l’exercice des infirmières scolaires, de manière générale. Le syndicat réclame ainsi une meilleure rémunération – le salaire des infirmières titulaires et contractuelles doit être aligné sur la catégorie A type, exige-t-il – solution pour limiter les vacances de postes et rendre le métier plus attractif. S’y ajoute la nécessité de le faire évoluer, en commençant par élargir la liste des médicaments que les infirmières scolaires sont autorisées à délivrer, celle effective datant de 2000 et étant jugée obsolète. Se joue aussi l’accès à la contraception. Les infirmières scolaires peuvent en effet délivrer la pilule abortive dans les situations d’urgence mais pas la pilule contraceptive. Nous pouvons orienter les jeunes vers d’autres professionnels ou des associations, mais il existe un battement de parfois plusieurs semaines pendant lesquelles les jeunes filles peuvent revenir pour demander une nouvelle pilule abortive, a expliqué Saphia Guereschi. Nous demandons donc à pouvoir leur donner accès à une première contraception avant une vraie prise en charge.

Il nous faut aller vers une spécialité avec un master.

Plus largement, c’est également le statut de l’infirmière scolaire qui doit être préservé, voire renforcé. Pas question, martèle le SNICS-FSU, d’externaliser la santé scolaire, quitte à solidifier les liens entre les collectivités locales, qui ont un objectif de suivi de l’état de santé, et cette dernière. Les jeunes ont besoin d’un service de santé. L’Éducation nationale doit être consciente de sa responsabilité dans le maintien de l’état de santé des élèves, a fait valoir sa secrétaire générale. Dans le même ordre d’idée, elle a souligné la nécessité de revoir le pilotage des Comités d’Éducation à la Santé, la Citoyenneté et l’Environnement (CESCE), qui réunissent en théorie professionnels de l’éducation et de la santé et parents, et définissent les projets éducatifs dans les établissements. L’objectif : les rendre réellement participatifs et démocratiques. Le temps de travail des professionnels qui y participent n’est pas reconnu, et les parents n’y sont que très peu souvent représentés, a déploré Saphia Guereschi. Il faut réfléchir aux moyens d’établir les conditions pour que les CESCE deviennent réellement participatifs. Se pose enfin la question de la formation des infirmières scolaires. Le SNICS-FSU milite ainsi pour la masterisation du diplôme. Il nous faut aller vers une spécialité avec un master, a-t-elle insisté, pointant des compétences acquises sur le terrain mais que chaque infirmière devrait posséder dès la formation, et non pas uniquement en les adoptant seules une fois en exercice.

Renforcer le rôle de la santé scolaire

Au-delà des missions propres de l’infirmière scolaire, c’est aussi son rôle dans le parcours de soin des enfants qu’il faut mieux appréhender. En premier lieu, il importe de s’assurer que de la maternelle à l’université, tous les élèves aient un accès libre et renforcé à la consultation infirmière, sans aucune contrainte, notamment pour éviter tout retard dans la prise en charge de troubles mentaux ou de pathologies complexes. Corollaire de cette demande, il s’agit également de permettre aux enfants de bénéficier de consultations chez le psychologue sans avoir à passer par un médecin pour adressage. Les infirmiers sont capables d’identifier les problématiques de santé mentale, donc un adressage de leur part devrait pouvoir suffire, a défendu Saphia Guereschi, qui y voit un moyen de supprimer une étape de plus dans des parcours de santé déjà compliqués. Quant aux élèves handicapés, ils doivent pouvoir bénéficier chaque année d’un entretien avec l’infirmière scolaire pour faire le point sur leur scolarisation et leurs éventuels besoins d’adaptation. Enfin, de manière plus générale, c’est à une réorganisation scolaire (repenser l’environnement et les rythmes scolaires) et à une mise en application réelle de la loi de la refondation de l’école de la République, qui vise à réduire les inégalités, qu’appelle le syndicat. Conditions sine qua non, estime-t-il, pour une école véritablement inclusive et qui participe au développement et à l’épanouissement des enfants.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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