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Les personnels d'un Ehpad de Lyon mènent une grève dure pour leurs conditions de travail

Les personnels d'une maison de retraite de Lyon observent un mouvement de grève dure depuis une quinzaine de jours, dénonçant leurs conditions de travail et évoquant des faits d'agression sexuelle, a-t-on appris jeudi auprès du groupe gestionnaire Korian, de l'Agence régionale de santé (ARS) Rhône-Alpes et de la CFDT.

Selon le groupe Korian et l'organisation syndicale CFDT, entre 80% et 90% des personnels soignants de cet établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), baptisé la Saison dorée, sont en grève. Les personnels de l'Ehpad (du groupe Korian) ont engagé leur mouvement de protestation début octobre pour dénoncer des "dysfonctionnements dans l'organisation du travail" et "un manque de personnel", a indiqué à l'APM la secrétaire générale du syndicat CFDT santé-sociaux du Rhône, Colette Alsafrana.

Dans cet établissement qui accueille 108 résidents, dont une quarantaine d'entre eux seraient atteints de démence ou de la maladie d'Alzheimer, l'organisation syndicale à l'origine du mouvement dénonce la présence de seulement 30 personnels soignants (en équivalent temps plein -ETP) et notamment la présence de "deux aides-soignantes et d'un agent de service hospitalier (ASH) pour la nuit".

Faits présumés d'agression sexuelle

Dans le cadre de ce conflit social, qui s'est rapidement tendu, certains personnels soignants ont été amenés à évoquer des faits (présumés) d'agression sexuelle, qui remonteraient à plusieurs mois et auraient été commis par un résident à l'encontre d'autres résidents. Le représentant du groupe Korian interrogé par l'APM a confirmé que "des attouchements d'un résident sur une autre résidente" avaient effectivement été commis il y a plusieurs mois, dans une unité de vie protégée.

Celui-ci précise ne pas pouvoir apporter plus de détails, en raison du secret médical, précisant que la maladie d'Alzheimer "fait sauter un certain nombre d'inhibitions sexuelles" et que "beaucoup de structures sont confrontées à ce sujet", même si celui-ci n'est pas souvent abordé.

Selon la représentante de la CFDT, ces faits "ont été dénoncés par le personnel, écrits". "Très manifestement", l'affaire "a été étouffée par la direction" puisque "les tutelles n'étaient pas au courant". "Non seulement la direction n'a rien fait" en ce qui concerne la mise en place de "procédures" mais elle n'a "rien fait non plus pour aider les personnels qui étaient en difficulté psychologique", a déclaré Colette Alsafrana. Interrogé par l'APM, le directeur des affaires générales, Gregory Bogacki, a indiqué que ces faits avaient été portés à la connaissance des représentants de l'agence régionale de santé "de façon impromptue" dans le cadre d'une réunion avec les personnels due au conflit social.

En collaboration avec le médecin coordonnateur de l'établissement, l'ARS va procéder à "l'examen de ces cas" à l'issue duquel elle envisagera ou non une inspection sur place. "L'inspection, qui nécessite du temps, ne peut être diligentée au beau milieu du conflit social", a précisé le directeur des affaires générales de l'ARS.

Affaire étouffée : le groupe Korian dément

Le groupe Korian dément les accusations portées à son encontre par les personnels et affirme que "toutes les notifications et la traçabilité médicale ont été faites". "Il est faux de dire que ces faits n'ont pas été signalés". "L'évoquer de manière partielle, maintenant, n'est pas acceptable et nous allons porter plainte pour diffamation", a indiqué le représentant du groupe.

Du côté de l'ARS, diverses procédures ont été engagées pour garantir la sécurité des patients, précise-t-on. L'agence a ainsi donné un avis positif permettant au préfet de procéder à une réquisition des personnels. Par ailleurs, l'Ehpad en grève a reçu le renfort de personnels en provenance d'autres structures du groupe Korian. L'ARS a également veillé au transfert d'un peu plus d'une vingtaine de patients en direction d'autres établissements, principalement les Hospices civils de Lyon (HCL), pour leur assurer un meilleur suivi.

Les négociations semblent pour l'instant dans l'impasse, même si le groupe Korian se déclare "prêt à recevoir les personnels". "La volonté de dialogue est permanente. Il y a eu des discussions, qui ont achoppé, mais nous avons la volonté qu'elles reprennent le plus tôt possible et qu'elles aboutissent (...). Ce n'est pas une situation agréable", indique-t-on au sein du groupe. Le groupe estime que "des avantages salariaux" importants ont été accordés aux personnels au cours des derniers mois, notamment une augmentation salariale collective qui a été appliquée "à l'ensemble du personnel" et le versement d'une participation à titre individuel en avril, qui sera complété par une nouvelle prime fin 2010.

En ce qui concerne l'encadrement en personnel, le groupe précise être "en dialogue depuis un certain temps avec l'ARS pour obtenir des dotations en personnel supplémentaires", alors que l'établissement, comme d'autres structures, est amené à prendre en charge des résidents dont la "physionomie évolue" vers plus de dépendance. L'organisation syndicale CFDT se déclare également prête à discuter et réclame de pouvoir participer à de "vraies négociations" aux côtés des délégués du personnel et des membres du comité d'entreprise.

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