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Les sans-abri à l’épreuve du COVID-19

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Epidémiologie

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Si tous les secteurs de la santé, et l’hôpital en premier lieu, luttent au quotidien pour accueillir le flux incessant de patients contaminés au coronavirus et prendre en charge au mieux leurs besoins vitaux, que dire, alors que nous sommes dans la troisième semaine de confinement, de la protection des personnes sans-abri rendues plus encore vulnérables par leurs conditions de vie et de santé très précaires. La crainte qui habite toutes les associations et structures engagées au plus près de ces populations c’est qu’elles soient les oubliées de l’épidémie. La mobilisation s’organise afin que cela ne soit pas le cas.

Du côté du Samusocial de Paris

La structure parisienne affiche sa détermination mais aussi son inquiétude. Il va falloir tenir dans la durée face à cette crise sanitaire sans précédent, adapter ses structures, ses équipes et ses moyens pour que les personnes sans-abri, déjà très vulnérables en temps normal, mais encore plus seules aujourd’hui, puissent bénéficier d’espaces d’accueil, mais aussi subvenir à leurs besoins fondamentaux d’alimentation et d’hygiène. Elles n'ont souvent plus accès aux douches publiques. L'ensemble des activités du Samusocial de Paris demeure à ce jour opérationnel. Le 115 de Paris poursuit en effet sa mission d'écoute et d'orientation, les maraudes se rendent chaque nuit auprès des personnes à la rue, et les centres d'hébergement et de soins continuent de prendre en charge les personnes.

Le Samusocial de Paris, plus que jamais auprès des plus vulnérables : l’ensemble de ses activités demeure à ce jour opérationnel.

Depuis quelques jours, explique le Samusocial de Paris, nos équipes constatent la détresse des personnes en termes d'accès aux ressources alimentaires : les distributions alimentaires se sont réduites drastiquement suite au confinement mis en place depuis quelques jours. Dans les rues, les personnes qui survivaient grâce à la manche ont perdu tout moyen de subsistance du fait de l’absence de passants, et dans les hôtels sociaux où sont hébergées des familles sans aucune ressource financière, les maigres réserves alimentaires s'épuisent. Grâce aux dons de particuliers et d’entreprises partenaires, des chèques-services vont pouvoir être distribuésNos équipes, durant les semaines à venir, appelleront l’ensemble des familles hébergées dans des hôtels parisiens afin de connaître leurs besoins et organiser un ravitaillement.

Comme partout ailleurs, le manque de matériel s’avère également problématique. Et de poursuivre : les masques chirurgicaux sont seulement distribués à nos équipes soignantes et nos maraudes sanitaires, et les gels hydroalcoolique à l'ensemble de nos agents. Nous manquons cependant de tenues de protection pour nos agents qui travaillent dans le centre contaminé par le COVID-19, et le personnel (hors soignants) des autres centres n'a pas de kit de protection.

Depuis la fin de la semaine dernière s’organise la distribution de couches, de lait infantile et de produits de première nécessité, grâce aux dons de plusieurs entreprises.

Une travailleuse sociale du Samusocial de Paris en maraude de nuit le 27 mars dernier, témoigne de la situation des plus démunis. Ce soir, nous tournons dans le vide sans croiser personne, jusqu'à ce qu'une voix se fasse entendre au loin ; celle d'un homme qui court après le camion. Il a le regard dans le vide et finit par nous dire qu'il a peur. Pas peur de la maladie, non ! Il a peur du vide, peur de ne plus voir personne, peur du comportement des gens la journée. "Personne ne sourit, personne ne s'approche de personne ! A qui je parle ? Qui me demande si ça va ? Je deviens fou "

Le Samusocial de Paris a également ouvert depuis lundi un accueil de jour au Carreau du Temple (Paris 3e), sur demande de la Ville de Paris. Nous gérons l'accueil et les équipes d'Aurore s'occupent de la distribution de paniers-repas. Nos travailleurs sociaux et nos animateurs accueillent hommes et femmes sans-abri. On leur distribue des kits d'hygiène, vêtements, couverture, croquettes pour leur animal. On leur prend la température, évalue leurs besoins et ils peuvent parler à un travailleur social. Ils peuvent aussi recharger leur téléphone si besoin.

L'association Aurore en partenariat avec la Ville de Paris et la Direction Régionale et Interdépartementale de l’Hébergement et du Logement, distribuent des paniers repas aux plus démunis avec l'aide Des Restos du Coeur, de la fondation Armée du Salut et le Diocèse de Paris. »

Solidarité et réactivité  pour fournir des repas aux plus démunis

Des cuisiniers et associations ont uni leurs forces pour alimenter les personnes démunies qui souffrent, frontalement, de la crise : Les sans-abri, les réfugiés, les personnes en grande précarité s’alimentent habituellement dans les rues, au marché noir ou dans les foyers associatifs, témoigne Emma Lavaur, chef et membre du collectif Yes we camp. Avec le confinement, il est devenu difficile pour eux de se déplacer et de s’approvisionner, l’offre alimentaire s’est réduite et beaucoup de lieux d’accueil ont dû fermer. A Paris, l’un des centres névralgiques de l’aide alimentaire d’urgence s’est naturellement implanté aux Grands Voisins, tiers-lieu du XIVe arrondissement cogéré par les associations Aurore, Plateau urbain et Yes we camp, qui occupent depuis 2014 l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Et d’expliquer dans les colonnes du journal Le Monde l’organisation logistique mise en œuvre : Linkee, start-up de redistribution d’invendus alimentaires, approvisionne en denrées brutes, aux fourneaux, en alternance, les cuisiniers de l’association Ernest et autres chefs ami, au conditionnement, un roulement de bénévoles de Yes we camp, et à la distribution, les membres de la communauté d’entraide Wanted.Tout cela en respectant les consignes sanitaires et un personnel réduit, pour transformer et distribuer 1 200 à 1 500 repas par semaine, dont 600 livrés en maraude le vendredi, le reste dans des hôtels sociaux de la ville. 

"Depuis cette maladie de merde, excusez-moi cette expression, on survit. Heureusement qu'on est en groupe. Il y a personne dans la rue mais nous, on ne vit que de la manche. On n'a pas de RSA. J'ai rien, rien..." confirme un SDF marseillais.

Même combat, même urgence du côté de l’Ordre de Malte

A partir de sa cellule de crise mise en place dès le 3 mars dernier, l’Ordre de Malte France  a rapidement réorganisé ses activités de lutte contre la précarité avec ses bénévoles pour continuer de venir en aide aux personnes les plus fragiles, dans la stricte application des mesures de l’État. Ses intervenants sont dotés d’équipements individuels de protection : masques, gants et gels hydroalcooliques. De fait, pour répondre aux besoins accrus des personnes de la rue, et ce dans tout l’hexagone, l’Ordre de Malte France a fait le choix de maintenir là où cela lui était possible les maraudes sociales, en accord avec les autorités et en assurant le maximum de protection pour ses bénévoles. Les maraudes ont actives dans plus de 35 départements et l’association déploie également de nouveaux services de distribution alimentaire pour répondre à l’urgence alimentaire de ces personnes. Un constat selon les bénévoles qui oeuvrent au quotidien : certains sans-abri n’avaient pas eu de nourriture depuis plus de 48 heures et n’avait parlé à personne depuis quatre jours.

L’Ordre de Malte France adapte quotidiennement ses dispositifs pour continuer de porter secours aux plus fragiles et aux plus démunis

A Paris, un centre accueille les sans-abri contaminés

À Paris, c'est un ancien hospice du XVIIIe siècle, au sud de la capitale, qui a été réquisitionné. Une vieille grille, une grande allée de platane où les ambulances s'engouffrent depuis une semaine. Au bout du jardin, une bâtisse blanche de 4.000 mètres carré qui a été transformée en quelques jours en une succession de chambres d'isolement avec leur propre salle de bain. Dans ce nouveau centre de confinement pour sans-abris, 90 familles peuvent désormais être accueillies et suivre un traitement qui devrait durer deux semaines, comme de partout. Dans ce centre, il y a des soignants, mais aussi des travailleurs sociaux, des éducateurs en blouse blanche qui préfèrent venir travailler auprès des sans-abris malades plutôt que de rester chez eux.



Le Gouvernement à la manœuvre

Dans le contexte très difficile que nous traversons actuellement, ma priorité est de maintenir l’assistance aux plus vulnérables et je remercie sincèrement tous les professionnels et bénévoles engagés dans cette action, a rappelé le weekend dernier Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement.  Depuis le début de la crise du Covid-19, Julien Denormandie est en contact permanent avec les associations. Le ministère travaille actuellement avec elles, de concert avec des collectivités et des entreprises pour identifier de solutions d’hébergement supplémentaires, dans des équipements publics, des hôtels ou des bâtiments devenus vacants du fait de la crise sanitaire ou pour appuyer la distribution de denrées alimentaires. Les services de l’Etat s’organisent également pour mettre à l’abri les plus démunis :
5 467 places d’hôtels supplémentaires sont désormais mobilisées dans toute la France ; 40 sites de  "confinement" sont par ailleurs ouverts pour les SDF malades du Covid-19 mais ne relevant pas d’une hospitalisation, soit près de 1 300 places. Le dispositif s’est fortement accéléré ces derniers jours et la montée en charge se poursuit. Cette mobilisation s’ajoute aux 157 000 places d’hébergement déjà existantes avant la crise sanitaire, dans le cadre de l’hébergement d’urgence. L’Etat débloque une enveloppe d’urgence de 50 millions d’euros. Après une première mobilisation de 2000 places les premiers jours, la montée en charge se poursuit et atteint désormais 5 467 nuitées hôtelières. Le dispositif se déploie donc rapidement et va se poursuivre.

Pour soutenir l’activité des associations et des structures d’aide alimentaire, le Gouvernement et les associations ont également appelé à la mobilisation bénévole des Français. Sur jeveuxaider.gouv.fr, toute personne qui souhaite se porter volontaire pour intégrer la réserve civique et participer aux distributions d’aide alimentaire proche de chez elle. La mobilisation de la réserve sociale à travers les étudiants en travail social volontaires viendra également soutenir l’activité des associations et des structures sociales.

On le voit bien, et c’est heureux, face à cette crise sanitaire aussi inédite que violente, et qui n’épargne personne, associations, pouvoirs publics, mécènes, aidés par des bénévoles et tout un chacun, mènent un combat en direction de tous "ces invisibles". Ces femmes, ces hommes, ces enfants, ces familles, aujourd’hui se distinguent parce qu’ils sont seuls dans les rues, exposés à une épidémie qui ne fait pas de quartier. Ils ne doivent pas être oubliés.

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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