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Lutte contre les déserts médicaux : que contient le plan du gouvernement ?

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Médecin

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Si en France, 84% de la population réside dans une commune où exerce bien un médecin généraliste, le problème des déserts médicaux est surtout le fait de territoires où une offre de soin est présente mais s’avère insuffisante pour répondre à la demande. Ainsi, 12,4% de la population fait actuellement face à une situation de faible accessibilité aux soins en France, selon les chiffres de la DREES. Pour lutter contre cette pénurie de soignants dans certaines régions, le Premier ministre Édouard Philippe et la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, ont présenté vendredi 13 octobre le nouveau plan du gouvernement contre les déserts médicaux. Celui-ci a été dévoilé depuis une maison médicale flambant-neuve, en Haute-Vienne. Un symbole alors que le gouvernement annonce ses mesures pour renforcer l’accès territorial aux soins, et notamment sa volonté de développer de nouvelles maisons de santé. Augmenter le recours à la télémédecine, créer un guichet unique d’information dédié aux professionnels de santé…  Infirmiers.com fait le point sur quelques mesures saillantes. 

matériel médecin

12,4% de la population fait actuellement face à une situation de faible accessibilité aux soins en France, selon les chiffres de la DREES.

Les nouvelles mesures, voulues comme autant d’outils à destinations des professionnels, sont réparties en quatre priorités : une présence médicale et soignante accrue, la mise en œuvre de la révolution numérique en santé pour abolir les distances, favoriser une meilleure organisation des professionnels de santé et faire confiance aux acteurs des territoires pour construire des projets et innover. Quelques exemples choisis :

Développer les coopérations entre les professionnels de santé

Pour décharger les médecins, les infirmières vont être mises à contribution. Le plan du gouvernement prévoit en effet de déployer de nouvelles infirmières Asalee (un dispositif permettant aux infirmières de suivre et d’accompagner les patients atteints de pathologies chroniques) dans les zones sous-denses, un dispositif qui devrait être pérennisé d’ici fin 2017. Le plan prévoit aussi de diffuser de nouveaux protocoles de coopération simplifiés entre les professionnels de santé et de déployer des pratiques avancées à partir de 2018 : de nouvelles formations seront proposées dès la rentrée 2018 permettant à des professionnels, par exemple des infirmières, d’acquérir de nouvelles compétences, qui seront ensuite reconnues par des rémunérations spécifiques.

Faciliter le cumul emploi-retraite des médecins libéraux

Des médecins retraités qui continuent à exercer, c’est ce qu’a favorisé le cumul emploi-retraite. Un système qui a permis de pallier l’absence de nouvelles installations de médecins dans certains secteurs. 26 % des 70 257 médecins retraités inscrits au tableau de l’ordre, soit 18 267 praticiens, exercent toujours et bénéficient du cumul emploi-retraite. Alors qu’ils pourraient être 35 000 en 2025, le gouvernement annonce une mesure d’assouplissement des conditions financières permettant ce cumul dans les zones en tension. Très concrètement, le plafond de revenu annuel en-deçà duquel les médecins peuvent demander à être dispensés de cotiser au régime Prestation Complémentaire Vieillesse (PCV) des cotisations sera relevé de 11 500 euros à 40 000 euros dans ces zones.

Favoriser la télémédecine

Plusieurs mesures sont également annoncées pour favoriser la télémédecine, cette consultation à distance. L’Assurance maladie et les médecins négocieront pour fixer au premier trimestre 2018, le tarif de droit commun des actes de télémédecine, détaille le plan du gouvernement. Pour accélérer le recours à la télémédecine, tous les Ehpad et l’ensemble des zones dites sous-denses devront s’équiper du matériel adéquat d’ici 2020.

L'expérimentation de la télémédecine a prouvé sa capacité à améliorer le suivi du patient. Tous les territoires y auront accès. #SoinsPourTous Agnès Buzyn.

Soutenir le développement des maisons de santé pluri-professionnelles

Doubler le nombre de maisons de santé pluri-professionnelles et de centres de santé d’ici 5 ans, des maisons médicales qui regroupent différents praticiens, tel est l’objectif du gouvernement qui consacrera 400 millions d’euros dans le cadre du grand plan d’investissement pour soutenir cet objectif.

Favoriser les stages chez les médecins libéraux

Les médecins libéraux estiment depuis longtemps que les étudiants en médecine sont davantage poussés vers les hôpitaux, où ils effectuent la majorité de leur formation, que vers l’exercice en cabinet, ce qui ne les incite pas ensuite à s’installer. Pour encourager ce dernier, le ministère de la santé annonce la revalorisation financière (de 300 euros) de l’indemnité des maîtres de stage dans les zones situées dans les déserts médicaux. De plus, afin d’inciter les jeunes médecins à exercer à la fois à l’hôpital et dans un cabinet médical situé dans un désert médical, le gouvernement annonce la création -dès 2018- de 300 postes d’assistants partagés, permettant ce double statut, dans les zones sous-denses.

1 impératif: abolir les barrières entre les pros de santé. Dès 2018: 300 postes d'exercice partagé médecine de ville/Hôpital. #SoinsPourTous Agnès Buzyn.

Créer un guichet unique d’information et d’orientation

Chaque professionnel de santé exerçant dans un territoire ou souhaitant s’y installer pourra élaborer son propre projet professionnel et mieux l’articuler avec sa vie privée. Il pourra évoluer dans sa carrière professionnelle grâce à la mise en place d’un guichet unique qui l’informera, l’aidera et l’accompagnera dans ses démarches administratives depuis leur installation jusqu’à leur retraite par des équipes dédiées. Les professionnels y auront accès par téléphone ou par internet.

Qu’en pensent les infirmiers ?

Le plan de lutte contre les déserts médicaux présenté par le gouvernement concerne surtout les médecins. Or, les infirmiers n’ont pas tardé à réagir à l’annonce de ces mesures par la voix de leurs représentants : 

  • L’Organisation Nationale des Syndicats d’Infirmiers Libéraux (Onsil) répond point par point aux mesures annoncées. Encore une fois, on met la charrue avant les bœufs, estime l’Onsil qui s’interroge : Comment envisager des réseaux de télémédecine sans un accès haut débit généralisé et sans un praticien pour en assurer le bon usage ? L’Organisation met aussi en avant le rôle des infirmiers libéraux : ne serait-il pas plus simple de s’appuyer sur l’existant, notamment sur les infirmiers libéraux qui eux, sont présents sur tout le territoire, ont déjà accepté une régulation démographique et sont joignables 24h/24 et 7j/7 ? Sur la volonté du gouvernement de doubler le nombre des structures type maisons de santé, l'Onsil se montre très sceptique : On pourra créer tous les centres qu’on veut, tant qu’on continuera à mal gérer les territoires, il y a fort à parier que les jeunes médecins continueront à refuser de s’implanter dans nos campagnes ou nos banlieues oubliées. Alors qu’on parle de déléguer de nouveaux actes aux infirmiers de ville, nous souhaiterions savoir lesquels, interpelle enfin l’organisation, qui énumère et rappelle ses revendications, et notamment celle de pouvoir, à l’instar des infirmiers hospitaliers, gérer la bobologie et servir de 1er sas de tri afin de dégager du temps médical et ainsi désengorger les services médicaux d’urgence. 
  • Le SNPI y va très fort. Sur la question de la mise à contribution des infirmières, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) se montre, lui, particulièrement sévère : délégation des tâches en désert médical : les infirmiers ne sont pas des tacherons !, tempête-t-il. 
  • Pour l’ONI, tous les professionnels sont concernés. L’Ordre National des Infirmier (l’ONI), quant à lui, a surtout tenu à rappeler que la lutte contre les déserts médicaux était un enjeu majeur qui concerne tous les professionnels de santé, y compris les 600 000 infirmiers qui exercent aujourd’hui en France et jouent un rôle à la fois majeur et singulier auprès des patients.
  • La Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) appelle le Gouvernement à s’appuyer sur les IDEL et à libérer leur capacité d’initiative pour innover et renforcer l’offre de soins dans les territoires. Dans un communiqué, elle salue la volonté de mettre en œuvre de nouveaux protocoles de coopération simplifiés entre professionnels de santé et souhaite que, contrairement à certaines mesures découlant de la loi HPST, ils permettent de construire des coopérations fondées, non plus sur le seul transfert de tâches, mais sur la recherche de zones de compétences partagées. De même, la FNI souhaite que les IDEL soient encouragées pour s’emparer davantage de la télémédecine et la télé-expertise. L’expérimentation de télédermatologie portée par l’UPRS IDEL de Franche Comté et le CHU de Besançon, améliore la prise en charge des plaies chroniques à domicile. Ce type d’initiative doit être multiplié. Par ailleurs, celle-ci s’étonne que le modèle ASALEE ait été retenu par le Gouvernement comme la solution au suivi et à l’accompagnement des patients chroniques, ce modèle étant peu compatible avec un exercice libéral.






Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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