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Maîtrise de l'antibiorésistance : l'apport des professionnels de santé

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Hygiène hospitalière

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À l'occasion de la Journée européenne d'information sur les antibiotiques, qui s'est tenue le 18 novembre 2016, un programme interministériel visant à mieux maîtriser l'antibiorésistance a été lancé.

infirmière libérale domicile médicaments

Les infirmiers, libéraux comme salariés, peuvent prodiguer des conseils utiles aux patients en vue de limiter l'antibiorésistance.

Chaque année en France, 12 500 décès sont liés à une infection à bactérie résistante aux antibiotiques. Pour lutter contre ce fléau, un programme interministériel s'axant autour de cinq  grandes thématiques comprenant treize mesures a été présenté le 18 novembre 2016 lors de la Journée européenne d'information sur les antibiotiques. Il s'agit notamment de sensibiliser et communiquer auprès du grand public et des professionnels de santé, former les personnels de santé au bon usage des antibiotiques, favoriser la recherche et l'innovation, mesurer et surveiller l'antibiorésistance et mieux coordonner les politiques nationales et européennes. Comme l'a souligné Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, lors de l'ouverture du colloque sur les enjeux économiques de l'antibiorésistance qui s'est tenu le 17 novembre 2016 au ministère de la Santé, l'année 2017 sera une année décisive pour la lutte contre l'antibiorésistance. L'urgence est là, au niveau national et international. Depuis 2010, la consommation globale d'antibiotiques en France est en hausse. Les molécules à « large spectre » sont trop largement prescrites. La prévalence croissante de bactéries résistantes à la quasi-totalité des classes d'antibiotiques connues est inquiétante. Le risque d'entrer dans une ère post-antibiotique est bien présent, compromettant les progrès médicaux acquis ces cinquante dernières années.

13 mesures pour maîtriser l'antibiorésistance

330 millions d'euros sur cinq ans seront mobilisés pour mettre en œuvre ces treize mesures.

Au travers de 40 actions, le Comité Interministériel pour la Santé (CIS)1, qui a défini la feuille de route gouvernementale, souhaite voir la consommation d'antibiotiques diminuer de 25 % d'ici 2018 et réduire les conséquences sanitaires et environnementales de l'antibiorésistance. Soulignons en effet que chaque année, les résistances microbiennes engendreraient 700 000 décès dans le monde et seraient responsables de 158 000 infections en France selon Santé Publique France. L'antibiorésistance est notamment liée à la surconsommation et au mésusage des antibiotiques. À terme, cela peut conduire à des impasses thérapeutiques, et des infections banales pourraient ne plus pouvoir être traitées. D'ici 2050, les maladies infectieuses pourraient ainsi redevenir l'une des premières causes de mortalité.

Mon objectif, c'est que dans trois ans, le nombre de décès associés à l'antibiorésistance soit passé sous la barre de 10 000.

Des professionnels de santé particulièrement concernés

Entre 30 et 50 % des traitements antibiotiques sont prescrits inutilement car inadaptés aux pathologies diagnostiquées, selon le bilan de Santé Publique France. D'où l'intérêt de sensibiliser les professionnels de santé. Cela se traduira, entre autres, par la diffusion et la promotion d'outils de diagnostic. La Haute Autorité de Santé (HAS) met d'ailleurs, à disposition des médecins, des fiches mémos spécifiques sur la prescription appropriée selon la nature de l'infection, mais les infirmiers, aussi bien salariés que libéraux, peuvent également contribuer à une meilleure consommation des antibiotiques en conseillant les patients et en leur recommandant de :

  • respecter les doses horaires et modalités de prise des médicaments ;
  • respecter le nombre de jours du traitement ;
  • prévenir le médecin en cas d'effets indésirables ;
  • ne pas interrompre le traitement même si les signes infectieux ont disparu, sauf en cas d'intolérance ;
  • ne pas utiliser les antibiotiques restant d'une prescription antérieure ;
  • se reposer, la lutte contre l'infection étant fatigante, de manger équilibré et de boire suffisamment.

L'antibiorésistance est un véritable problème de santé publique. Il s'agit toutefois d'une menace maîtrisable grâce à la participation de l'ensemble des acteurs de la société.

Miser sur l'hygiène des mains en réanimation

Selon une étude française de modélisation, présentée au colloque sur les enjeux économiques de l'antibiorésistance (PDF), l'amélioration du lavage des mains par les soignants serait la mesure la plus coût-efficace pour maîtriser la résistance aux antibiotiques. Cependant, réduire l'utilisation des antibiotiques et isoler les patients seraient des mesures plus efficaces mais également plus coûteuses.

Note

  1. Le Comité Interministériel pour la Santé (CIS) a pour mission de promouvoir la prise en compte de la santé dans l'ensemble des politiques publiques. Il réunit l'ensemble du Gouvernement et est présidé par le Premier ministre.
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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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