AU COEUR DU METIER

Maltraitance - Témoigner pour briser la loi du silence...

Infirmière coordinatrice de Ssiad (service de soins infirmiers à domicile) depuis 23 ans, Anik Hoffmann a été confrontée à une situation clinique de maltraitance qui l'a fortement ébranlée. Plus encore, c'est la suite donnée à son témoignage - ou plutôt l'absence de suite - qui l'a conduite à partager ce texte avec la communauté soignante d'Infirmiers.com. Récit.

dessin Seiler loi du silenceSur cette illustration d'ouverture du dessinateur Seiler1 l’infirmière, facilement reconnaissable (les clichés ont la vie dure !) se tait… Les autres n’entendent pas, ou n’ont rien vu… « Loi » du silence, dit-il ? Ah… Alors des questions me viennent... Dans notre exercice quotidien, pourquoi ? Quand ? Que signaler ? Peut-on, doit-on le faire ? Et qu’est-ce qu’on risque si on le fait ? Et si on ne le fait pas ? Après tout…, est-ce que ça me regarde, est-ce que ça me concerne ?

Tout d’abord, tordons le cou aux idées souvent véhiculées, notamment par la télévision, parce que spectaculaires sans doute, et rappelons d'emblée quelques chiffres publiés par l'Alma2, association de lutte contre la maltraitance envers les personnes âgées, pour l'année 2010 en France. C’est en effet à domicile qu’ « on » « maltraite le plus »… mais c’est « normal » sur un plan statistique, pour l'année 2010 : plus de 80 % des personnes dites « âgées » y vivent, le plus souvent seules. Et le handicap est encore un facteur de risque supplémentaire à la maltraitance... Qui maltraite ? En premier lieu l'entourage familial (fils, fille, conjoint et autre parent...). La maltraitance envers les femmes est également plus fréquente3. Parallèlement à cela, les soignants - conduits à intervenir auprès de personnes vulnérables de plus en plus dépendantes, sont tenus de s’interroger sur leurs pratiques : la lutte contre la maltraitance4, la promotion de la bien-traitance sont des préoccupations majeures portées par les décideurs politiques et les comités d’éthique et les philosophes sont également interpellés.

L’Anesm, Agence nationale d'évaluation des structures médicosociales5, a publié sur le sujet des recommandations de bonnes pratiques professionnelles, notamment celle de 2009 : « les Missions du responsable de service et rôle de l’encadrement dans la prévention et le traitement de la maltraitance à domicile »…« Champ et objectifs généraux : l’objet de la recommandation est de placer les acteurs de terrain en situation de responsabilité par rapport aux risques de maltraitance et aux actes de maltraitance avérés. Ainsi, elle propose des repères sur la thématique de la maltraitance au regard de la spécificité de l’accompagnement à domicile. Elle définit les principes et les dispositifs d’un management opératoire dans la prévention, le repérage et le traitement de la maltraitance à domicile. Les cibles sont les services sociaux et médico-sociaux proposant des accompagnements à domicile à des usagers adultes vulnérables : services d’aide et d’accompagnement à domicile (Saad), services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS), services de soins infirmiers à domicile (Ssiad), services d’accompagnement médico-social pour les adultes handicapés (Samsah), services polyvalents de soins et d’aide à domicile (Spassad) »…

Rappelons préalablement, et pour bien poser les bases de cet exposé, ce qu'est la bientraitance à partir d'une recommandation de l'Anesm pilotée par une philosophe, Caroline Casagrande : « La proximité des deux concepts de bientraitance et de maltraitance signale une profonde résonance entre les deux. Utiliser le terme de bientraitance oblige en effet les professionnels à garder la mémoire, la trace de la maltraitance. Ainsi, la bientraitance, démarche volontariste, situe les intentions et les actes des professionnels dans un horizon d’amélioration continue des pratiques tout en conservant une empreinte de vigilance incontournable. La bientraitance est donc à la fois démarche positive et mémoire du risque (…) La bientraitance est une culture inspirant les actions individuelles et les relations collectives au sein d’un établissement ou d’un service. Elle vise à promouvoir le bien-être de l’usager en gardant présent à l’esprit le risque de maltraitance.(...) Mouvement d’individualisation et de personnalisation permanente de la prestation, la bientraitance ne peut, en tant que telle, recevoir de définition définitive. (…) Parce que la bientraitance est l’interprétation concrète et momentanée d’une série d’exigences, elle se définit dans le croisement et la rencontre des perspectives de toutes les parties en présence. » C’est dans ce contexte que se situe l’histoire clinique qui va suivre.

La bientraitance est une culture inspirant les actions individuelles et les relations collectives au sein d’un établissement ou d’un service.

Madame H ou histoire d'une séquestration et d'une maltraitance ordinaire...

séquestration, mailtraitanceNous recevons la visite d'un homme, M. H en mai 2011. Il s'adresse au SSIAD car il veut des renseignements sur les aides financières possibles (pour instruire un dossier MGEN). Il souhaite notamment une aide au coucher pour son épouse âgée de 67 ans, décrite par lui comme « atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis qu’elle a 49 ans et qui ne fait plus rien. » Notre entretien est très long (environ 40 minutes) et les propos tenus par M. H semblent confus. De plus, il prend beaucoup de notes. Nous lui donnons les coordonnées de deux personnes de notre connaissance, susceptibles d’être en mesure de répondre à ses besoins (en emploi direct). Les préoccupations d’argent reviennent souvent dans ses propos.

Nous le questionnons davantage. D’après lui, son épouse n’a pas vu de médecin traitant depuis des années parce que celui-ci « la connaît par coeur et qu’il n’y a plus rien à faire ». Ceci nous interpelle et nous laisse à penser que son épouse est peut-être en situation de dépendance importante vis-à-vis de lui et d’isolement social (cf. Référentiel d'évaluation des situations à risque de maltraitance – RESAM). Nous lui signalons que notre service peut intervenir sur prescription médicale en lui décrivant nos missions. Un dépliant lui est remis.

Quelques jours plus tard, en fin de matinée, nous recevons un appel de M. H qui nous dit que « finalement il souhaite que ce soit nous qui venions lever et coucher son épouse ». Nous lui proposons alors de passer dans la journée à son domicile pour faire une première évaluation de la situation, ce qu’il accepte. Nous y allons en binôme infirmier (arrivée au domicile à 12 h 30).

Une femme alitée dans un lit bas...

La maison est moderne, plutôt cossue, relativement isolée (deux voisins) au bout d’une route à proximité de la forêt. Les abords de la maison sont corrects, mais peu soignés. A notre arrivée au domicile, nous découvrons une pièce (salon ?) en désordre, encombrée, négligée. Une forte odeur d'humidité nous saisit et le carrelage est sale. Nous nous dirigeons dans la chambre de l’épouse. L'obscurité totale (volets fermés) règne. Nous découvrons une personne alitée dans un lit bas. Prostrée, le regard fixe, elle ne s’exprime pas. Elle semble apeurée, est très maigre et son apparence générale est très négligée (cheveux longs, ongles très longs, début d’escarre au talon gauche, linge de corps tâché). Malgré les propos inverses du conjoint (d’après lui, elle ne comprend rien), Mme H réagit au contact physique et verbal et sursaute beaucoup, surtout au départ, puis semble s’apaiser. Elle s’aggripera ensuite à la veste de l’infirmière à notre départ. Son mari nous dit qu’elle vit dans un « cinq étoiles » et qu’il lui donne à manger « bio ». A plusieurs reprises, il nous répète qu’il s’en occupe parfaitement bien et qu’il sait faire… Il la découvre rapidement pour nous « démontrer » comment il la manipule, ce à quoi elle répond par une grimace quand il la « déplie ». Alors qu'elle geint, le mari nous dit qu’elle n’a pas mal et il semble banaliser ses plaintes. Il effectue le transfert lit/chaise percée à roulettes avec des gestes brusques. Mme H. a perdu tout tonus musculaire. Elle est totalement incapable de tenir assise sur la chaise et son mari nous dit lui donner sa douche ou lui faire sa toilette en la faisant tenir debout à une barre vissée sur la commode. Nous constatons que Mme H ressemble à une marionnette totalement démantibulée.

Nous la recouchons, contrairement à l’intention du mari qui voulait la déshabiller (la toilette n’a pas été faite ce jour, elle est tout en transpiration et porte un change complet).

Nous insistons sur le fait que notre intervention nécessiterait la mise en place d’un lit médicalisé et des changements dans leur mode de vie… M. H semble ne pas entendre nos propos et poursuit son discours inadapté à la gravité de la situation (banalisation et déni). Au contact des mains sur son visage, la patiente cherche à téter les doigts de l’infirmière (comme un oisillon qui chercherait la becquée). A nos propos relatifs au fait qu'elle a sûrement soif et faim, le mari répond en se justifiant qu’il n’a pas bien dormi, qu’il a eu des papiers à faire ce matin, s’est préparé à notre venue et qu'il ne lui a donc encore donné ni à manger ni à boire. Nous demandons de l'eau et quelque chose de facile à avaler : Mme H avale goûlument une grande quantité d’eau, cherchant à mordre dans le gobelet, et un yaourt (à 0%… à la cerise) sans difficulté, contrairement à ce que nous soutenait le conjoint... Il nous semble qu'elle aurait pu certainement manger plusieurs autres yaourts. Nous n'observons pas de difficulté à la mastication, ni de trouble de la déglutition, malgré une bouche très sèche. Les échanges avec le mari n’étant pas possibles, nous écourtons notre visite. Il nous raccompagne à la porte et la claque après notre départ. Visiblement, il n’a pas compris pourquoi on lui tenait de tels propos.

Une certaine impuissance...

Nous sommes sidérées par la violence de la situation que nous venons de découvrir. De retour au bureau, nous appelons le médecin traitant de Mme H mais celui-ci n’est pas joignable (cabinet fermé, pas de répondeur-enregistreur). Situé à une quinzaine de kilomètres de chez Mme H, il est connu comme ne faisant pas de visite à domicile. Nous joignons alors le fils du couple (nous avions insisté auprès du père pour obtenir ses coordonnées téléphoniques). Il nous tient les propos suivants : « j’attends que ma mère meure, c’était une intellectuelle, elle n’a plus de cerveau, et elle n’est plus qu’une enveloppe corporelle, mon père s’en occupe à merveille dans une démarche de catholique ». Il ne veut pas entendre parler de négligence, encore moins de maltraitance à personne vulnérable et dit qu'il n’a pas vu sa mère depuis deux ans. Il est d’accord avec nous pour dire qu’elle devrait être placée en établissement, mais que ce n’est pas lui qui prend les décisions. Et il insiste encore pour souligner que son père est admirable. Son ton de voix est sec, cassant, et il semble nous considérer avec condescendance. Heureusement, nous sommes deux pour entendre ses propos (haut parleur du téléphone) et nous avons du mal à y croire tant ils sont violents.

En sortant du domicile de Mme H, nous avons croisé par hasard la voisine. Nous sommes allées à sa rencontre et lui avons demandé (ce que nous ne faisons jamais) si elle connaissait ses voisins. Elle a blêmi et nous a expliqué qu'elle était aide à domicile, qu'elle avait par le passé fait des heures de ménage chez eux et qu'elle ne voulait plus y aller. Elle nous a décrit la patiente comme une dame gentille qui, au début de sa maladie, ancienne institutrice, donnait des livres et des bonbons à ses enfants à travers le grillage parce que son mari ne supportait pas qu'elle le fasse. La patiente lui avait fait savoir que son mari l'avait obligée à venir vivre là, isolée, alors qu'elle même voulait rester en ville et qu'ils avaient des difficultés de voisinage à cause du chien... Elle nous a précisé que le mari avait, par le passé, occupé un poste « haut placé » dans une administration importante...

Questionnement : quel est le passé de ce fils et celui de cette famille ? Souffrance extrême ? Appel au secours déguisé du mari ? Nous agissons immédiatement en faisant un signalement au 3977, numéro national d’appel contre la maltraitance des personnes âgées et des personnes handicapées.

Dans la foulée, nous appelons un médecin généraliste de notre connaissance, prêt à intervenir si nécessaire. Mais aussi la gendarmerie et les pompiers qui transfèrent l’appel au centre 15. En fin d’après midi, nous passons à la gendarmerie et apprenons que Mme H a été hospitalisée.

Il ne faut jamais renoncer à nos valeurs et à nos devoirs envers nos frères en humanité.

Retour à domicile et « projet de vie »

soins à domicile personnes agéesLa patiente est en effet hospitalisée pendant une quinzaine de jours, puis est retournée à son domicile. L'assistant social du service hospitalier nous contacte (alors que nous lui avions décrit la situation) pour savoir si notre service y interviendra quand même puisque des aménagements vont être faits et qu'un ergothérapeute va passer au domicile. L'hospitalisation de Mme H n’est en effet plus justifiée médicalement (bilan sanguin normal, pas de signes de dénutrition ou de déshydratation).

Il n’est pas question pour nous d’accepter l’entrée de cette patiente dans notre service. Nous considérons qu'un lit médicalisé et un fauteuil adapté ne vont pas changer grand-chose à sa vie même si elle est mieux installée. Cette décision n’a pas été « légère » à prendre, mais rendue indispensable en raison du comportement du mari. Je souligne que ma collègue, présente dans le service depuis un peu plus de six mois au moment des faits, a travaillé pendant huit ans en psychiatrie. Son expérience et son analyse se sont donc avérées précieuses.

Nous ne faisons pas de signalement au Procureur de la République, puisque les services du Conseil général réagissent immédiatement (signalement transféré par le 3977) en déclenchant une enquête sociale. Ni le médecin traitant, ni le médecin hospitalier, ni le cadre infirmier ne nous ont contactés. Au retour à domicile, Mme H a été prise en charge par une infirmière libérale. Une aide à domicile intervient à raison de deux heures par semaine. L’infirmière du Conseil Général a rendu visite au couple. Alors que tous ces intervenants ont reçu une copie de notre compte-rendu circonstancié, nous n'avons aujourd’hui aucune nouvelle de cette patiente.

La suite de l'histoire...

A la fin du mois de juin 2011, j'ai reçu un courrier de l'Agence régionale de Santé (ARS) me faisant part de la plainte que le fils et le conjoint souhaitaient déposer contre moi.

Ce n'est que huit jours après réception de ce courrier que le médecin de l'ARS m'a téléphoné, une heure durant. Je lui ai transmis, en direct, le compte rendu que nous avons lu ensemble et commenté. Je lui ai fait part de l'état de perturbation dans lequel je me trouvais et je lui ai demandé pourquoi il ne m'avait pas contactée avant. Sa réponse : « c'est la procédure... ». Il a été cependant à l'écoute, bienveillant, et a validé mes arguments et mes décisions, m'assurant que cela serait classé sans suite. Je n'ai reçu aucune confirmation écrite de ce classement et je ne sais pas si le médecin traitant a été mis en cause.

Aujourd’hui, je m'interroge : quelle est notre crédibilité en tant qu’infirmière coordinatrice de SSIAD auprès de nos partenaires, notamment l'hôpital ? Quelle image véhiculons-nous : confinée dans notre bureau à faire des plannings et du travail administratif ? Nous pensons, au contraire, que cette fonction qui demande de l’engagement et de la polyvalence est une réelle spécialité qui ne s’improvise pas et qui manque de reconnaissance.

Interrogations, réflexions, que faireRéflexions : ce que nous devons savoir, ce que nous devons faire...

Voici quelques pistes de réflexions que m'inspire cette situation clinique et que je voudrais soumettre à mes consoeurs et confrères infirmiers intervenant au domicile des patients.

  • Par l’anticipation/à froid :
    • encourager les personnels à s’informer revues professionnelles à disposition, sites internet et portails dédiés, articles de presse, numéro d’appel 3977 affiché dans les locaux et le livret d’accueil…) ;
    • provoquer la réflexion et le questionnement sur les pratiques, inclure la bientraitance/maltraitance dans le plan de formation (formation en intra établissement de préférence) ;
    • faire « tourner » les intervenants à domicile chez tous les patients (prévention de la routine, de l’usure professionnelles, portes ouvertes à la négligence, première forme de maltraitance larvée) ;
    • accueillir régulièrement des stagiaires aides-soignants et infirmiers, des formateurs extérieurs ;
    • rappeler sans cesse l’importance des écrits en général et sur les cahiers de transmissions (utilisation des termes professionnels, sans jugement de valeur) ; assurer une traçabilité par le biais du logiciel « patients » du service ;
    • se faire superviser par des professionnels ayant une expertise en gériatrie ;
    • s’approprier les outils publiés d’évaluation des risques de maltraitance à domicile, tels que : ODIVA6 ou RESAM7 pour pouvoir les utiliser « à chaud » ;
    • savoir qu’on ne sera pas forcément soutenu et qu’on pourra être mis en cause alors qu’on a rempli sa mission.
  • En cas de constat avéré/à chaud :
    • prendre des photos si possible de ce qui est découvert au domicile ;
    • mettre les observations par écrit le plus rapidement (permet une mise à distance et une « intellectualisation » de la situation) et renseigner les outils d’évaluation ;
    • s’autoriser à être en colère et exprimer ses émotions mais ne pas juger ;
    • faire appel au 3977, ne pas rester seul face à une situation de maltraitance supposée ou constatée ;
    • prendre clairement position : nous ne pouvons pas cautionner une situation de maltraitance, la loi nous impose de la dénoncer, et nous ne voulons pas la cautionner, quand bien même la loi ne l’interdirait pas ;
    • recevoir de préférence les familles « dans nos murs » en présence d’un témoin si besoin ;
    • lors d’une conversation difficile, signaler à l’interlocuteur au téléphone que le haut parleur est branché et qu’un témoin entend la conversation ;
    • rappeler à l’entourage le rôle du référent de la structure (relation triangulaire : intervenant/patient/référent) ;
    • dire ce qu’on va faire, l’écrire, le mettre en application ;
    • se donner du temps pour la réflexion (par exemple, laisser passer une nuit ou deux avant d’envoyer un courrier ou un compte rendu) ;
    • dédramatiser le « signalement » au procureur de la république (il y a des courriers types) ;
    • informer les autres intervenants de la situation (copies des courriers), mobiliser notre réseau et nos soutiens professionnels ;
    • ne pas se culpabiliser : « ce n’est pas notre faute » ;
    • accepter de « passer la main », même si la situation n’a pas été résolue ;
    • et surtout, ne jamais renoncer à nos valeurs et à nos devoirs envers nos frères en humanité.

Notes

  1. http://seiler-dessins.monsite-orange.fr/
  2. www.alma-france.org
  3. www.afbah.org
  4. Maltraiter : « Traiter durement, traiter avec violence, mal nourrir ». A contrario, Traiter : « Prendre soin, s'occuper de, nourrir ». Maltraiter c'est en effet, traiter le sujet en objet. (Petit Robert). Maltraitance : « Conséquences de violences mal ou non gérées ». « Tout comportement de maltraitance fait subir à l'autre une violence en le rabaissant à la condition de « chose ». (Petit Robert)
  5. www.anesm.sante.gouv.fr
  6. www.rifvel.org
  7. Référentiel d’Évaluation des Situations à risques de Maltraitance (source : www.una.org)
Creative Commons License

Anik HOFFMANN
Infirmière coordinatrice du SSIAD de Desvres
Rédactrice Infirmiers.com

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Commentaires (8)

execho

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#8

attendrissant mari

si cet homme avait été un attendrissant mari mais aussi nul dans la prise en charge de sa femme,il n'y aurait pas eut de signalement.Cette histoire me fait penser au gars qui se présente à la préfecture pour régulariser ses papiers et qui se retrouve reconduit à la frontière.L'infirmière du ssiad a eut peur que cette femme échappe à la surveillance bienveillante de la société,soit,mais étant prise en charge par le 15 et le mari étant ok pour la prise en charge par ce ssiad,les choses pouvaient se faire sans risque immédiat.l'évaluation sur la prise en charge la plus adaptée ne se fait pas en une visite.

Bernadette Fabregas

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265 commentaires

#7

Nous attendrons vos témoignages

Nous sommes bien d'accord, ce genre de témoignage, argumenté et construit, fait avancer les pratiques. Je vous encourage donc à nous adresser, nombreux, vos coups de coeur, vos coups de gueule, afin de les partager avec notre grande communauté. Se nourrir d'une réflexion clinique conjointe aide à grandir, encore...

pittoresque80

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#6

de quoi faire avancer nos pratiques

Voilà un article comme il y a peut souvent sur infirmier.com qui à engagé une réflexion (par le biais des commentaires) plutôt constructive à partir d'une situation difficile et de points de vue différents... De quoi faire avancer nos pratiques, ma future pratique lorsque je serais diplômé en juin.
Nous devrions, plus souvent partager notre vécue, fasse à ces situations complexes que nous pouvons vivre grâce à des sites comme infirmier.com.

christine54

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#5

j'ai oublié de dire un fondamental

oui mais j'ai oublié un point fondamental acquis au fil de l'expérience: en matière d'évaluation, j'ai appris à travailler à partir d'un concept (pas vraiment connu en tant que concept mais partagé néanmoins dans des échanges avec des gériatres) le concept d'évaluation progressive. En aucun cas on ne peut prétendre évaluer complètement une situation à un instant T de la vie de la personne de façon complète. l'évaluation de type médico-sociale à partir d'outils normatifs est une choas: pratiquée par les ssiads ou les réseaux gérontologiques elle permet des diagnostics infirmiers, médicaux et la mise en place d'actions, OK (celà dit les idels en sont tout aussi capables!). Mais, au début d'une prise en soins complexe (comme il y en aura de plus en plus), seule une "évaluation progressive" permet de comprendre une situation à domicile. Ayant compris celà,je me suis toujours donnée 15 jours de premiers soins, pour observer, comprendre, sentir (ah le feeling). c'est ça la culture des soins à domicile. On ne fait pas des soins en se référant à un modèle organisationnel ou à un idéal. On recréee avec professionnalisme le soin, on le réinvente dans un lieu qui a son histoire propre, sa culture propre. L'évaluation progressive permet aussi la rencontre entre les personnes. Il est très difficile, hélas, de faire considérer cette approche comme complémentaire de l'approche clinique de type ssiad. Sans remettre en question le professionnalisme d'Anik, il faut travailler, ensemble, à la conjugaison de ces 2 approches, indispensables dans le cas des situations complexes. Ou alors, ce n'était pas la peine de promouvoir le maintien à domicile des personnes âgées.

execho

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#4

merci à toi aussi

il ne faut pas oublier le travail de projet de soin fait par les associées en libéral et la necessité de la "relève" de qualité ainsi qu'un bon contact pro avec le médecin et le kiné.Nous relevons ces sortes de défis assez souvent et en effet les résultats sont spectaculaires .La culture infirmière est parfaitement adaptée pour gérer cela.

christine54

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#3

Dénoncer la maltraitance et réponse à eExecho

Merci Execho d'exprimer le même point de vue que moi sur le nombre d'intervenants: multiplier les intervenants, c'est multiplier les subjectivités en place et les conflits Ce qui complique plus encore la situation et n'aurait pu, dans cette situation que braquer cet homme.
Personnellement je n'aurais pas dénoncer la situation de maltraitance: pas à ce stade. Il faut, à domicile, lors d'une première évaluation, réinscrire une situation dans l'histoire. Cet homme lui même âgé est dépassé et comme le dit Execho n'a aucune culture du soin. Il ne sait pas ce que c'est. Le dénoncer comme maltraitant alors qu'il a fait(pour lui) de son mieux: c'est un homme avec ses propres failles, sa culture, son éducation et ses propres..souffrances.
Mais c'est la différence de fonctionnement entre une structure, qui utilise plus volontiers une procédure que le fonctionnement de l'infirmier libéral qui affronte seul ce type de situation. Les infirmiers libéraux savent qu'en effet la patience, la persévérance faite tantôt de compromis tantôt d'autorité donnent des résultats probants/il faut plusieurs semaines pour améliorer une situation mais c'est parfois,justement parce qu'on se sent seuls (ou avec une collègue associée) qu'on remonte ses manches, qu'on puise dans ses propres compétences, qu'on prend sur soi, et qu'on avnce tout doucement. Dans ces situations il y a un travail à faire à partir de la notion de souffrance, celle de cette femme, celle de cet homme: remettre de l'humain dans l'inhumain de la vieillesse de ce couple et, en tant que soignant, donner l'exemple. Dans quelques situations celà ne marchera peut être pas mais dans de nombreuses situtions, on obtient des résultats très surprenants et satisfaisants.
Ceci dit, je crois, comme je l'ai déjà dit, que des infirmières seront plus "armées" pour faire les soins au quotidien que des aides soignantes qui seraient d'emblée plus maltraitées par cet homme.

christine54

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#2

Le paradoxe de la maltraitance

Je remercie Anik Hofmann pour ce très douloureux témoignage. Douloureux car ce n'est pas facile d'exprimer son impuissance. Cette situation est en réalité un "grand classique" du domicile et toute personne exerçant à domicile est susceptible de la rencontrer un jour. Elle rappelle les problèmes posés par l'acceptation d'un aidant naturel d'être aidé au vrai sens du terme aidé. Cet homme avait eu une bonne démarche mais autoritaire, sachant mieux que personne ce qui était bon pour son épouse, ne concevait l'intervention du ssiad qu'à condition d'une sorte d'asservissement des intervenants à une réalité, sa réalité et à sa volonté. Dés le départ il n'y a aucune conscience du professionnalisme du ssiad en matière de soins et la relation est, d'emblée, complètement faussée. Il ne respecte pas le ssiad. Il se sent par ailleurs jugé, remis en cause (inévitable dans de telles circonstances même si on sait qu'il ne faut pas juger). C'est le paradoxe de la maltraitance par les aidants naturels qui pensent faire au mieux mais dépassés, avec le temps,s'enlisent dans un comportement de maltraitance. Le travail à faire, sur le plan relationnel, est énorme: Apprivoiser les résistances d'un homme autoritaire, le déconditionner d'un mode de pensée et de reltion implicite avec son épouse (datant de l'époque où elle allait bien) et de ressentir qui le mène à la maltraitance et le conditionner dans le sens d'un apprentissage de ce que "prendre soin" d'une personne vulnérable signifie.Il est heureux qu'une idel ait accepté de faire les soins. Je pense que c'est préférable à une intervention d'une aide soignante (plusieurs aides soignantes en l'occurence) car une infirmière aura peut être, au fil des jours, plus de possibilité (comme l'autorité parfois nécessaire pour avancer) d'améliorer la situation, la vie de cette femme mais aussi de cet homme dont il faut bien garder en esprit qu'il peut évoluer avec le temps et au contact de l'infirmière, de l'exercice des attentions, des gestes doux, des savoirs, savoirs faire et être. J'ai eu ce type de situations à domicile: ça demande un investissement humain très lourd avant d'être reconnue et respectée et de pouvoir travailler dans des conditions plus normales. Anik a passé la main edt elle a eu raison à partir du moment où cette dame ne restait pas sans soinet regard extérieur. Car refuser d'effectuer des soins dans de mauvaises conditions c'est refuser la maltraitance..aussi pour soi-même. Mais ce n'est acceptable que si il y a un relais.
Sur la question de multiplier les intervenants dans ce cas, je ne suis pas d'accord: pas au début. Car entre cet homme et l'équipe de soin, c'est une véritable confrontation qui s'opère: de personne, de points de vue sur la maltraitance. Il faut 2 ou maximum 3 mêmes personnes, travaillant de façon très solidaires, avec les mêmes objectifs. De telles situations mériteraient une plus grande reconnaissance des pouvoirs publics car elles exigent des compétences psychologiques et relationnelles de haut niveau. C'est de la haute voltige. Je m'arrête là m^me si il y aurait tant à dire et ..partager. Que dire sur l'absence de médecin ne serait ce que pour soutenir moralement les soignantes et protéger leur professionnalisme devant cet homme!

execho

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#1

le 15

Nous abordons parfois à domicile des familles n'ayant aucune culture médicale,des rapports humains violents entre eux assis sur des dizaines d'années.L'infirmière du SSIAD a eut un appel au secours de cet homme"à priori" peu sympathique,c'est ce qu'on appelle une personnalité difficile.Il est possible que sa maltraitance ne lui apporte aucune satisfaction ou qu'il soit pervers,une première visite est courte pour le décider.En tout état de cause l'infirmière juge que le cas de la patiente est grave,personnellement j'aurais tél.au 15.Par la suite rien ne nous dit que l'infirmière libérale ne réussit pas à remettre de l'ordre dans cette famille.C'est un travail de patience et de persévérance.C'est pourquoi je suis contre l'idée de changement incessant de soignants dans ces cas.