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Le manque d’attractivité du métier d’aide-soignant chiffré par la DREES

On le sait les établissements peinent à en recruter. Si les aides-soignants sont comme chaque professionnel de santé, des maillons indispensables dans la chaîne du soin, ce métier souffre d’un manque d’attractivité. La DRESS vient de publier un bilan sur l’entrée en formation des aides-soignants, ainsi que sur les profils des nouveaux inscrits. Le constat reste le même : de moins en moins de candidats et une chute des nouveaux étudiants en IFAS.

Le manque d’attractivité du métier d’aide-soignant chiffré par la DREES

Le nombre d’inscrits en institut de formation d’aide-soignant a baissé pour la deuxième année consécutive (-6% entre 2016 et 2018).

En 2018, plus de 26 000 étudiants se sont inscrits pour suivre une formation d’aide-soignant selon une enquête menée par la DREES auprès des IFAS. Ils constituaient 35% des effectifs totaux des premières années sur l’ensemble des formations en santé, ce qui fait que la formation d’AS reste à la seconde place des formations les plus suivies après celle en soins infirmiers.

Un nombre de diplômés qui stagne et une baisse des inscriptions

L’an dernier, 22 800 étudiants ont reçu leurs diplômes, c’est 300 de moins qu’en 2017. De manière générale, le nombre d’aides-soignants nouvellement diplômés évolue peu depuis 2010. En effet, la DREES constate une hausse de 12% seulement entre 2010 et 2018 alors que ce nombre avait fortement augmenté au début des années 2000 (+58% entre 2000 et 2005) grâce notamment à une hausse des capacités d’accueil des instituts de formation.

D’autre part, le nombre d’inscrits a baissé pour la deuxième année consécutive (-6% entre 2016 et 2018). Quant aux candidats passant les épreuves de sélection, ils sont également de moins en moins nombreux. L’année dernière, 64 500 personnes ont tenté le concours contre 111 100 en 2014, ce qui représente une chute de 42% en quatre ans. Par voie de conséquence, le taux de candidats reçus en IFAS est particulièrement élevé en 2018 (41% contre 24% en 2014).

En 2018, 64 500 personnes ont tenté le concours d’entrée en IFAS contre 111 100 en 2014, ce qui représente une chute de 42% en quatre ans.

Un profil type de personnes s’inscrivant en IFAS

Les personnes inscrites en formation d’aides-soignants ont 28 ans en moyenne contre 25 ans pour les autres formations de santé. Cet écart s’explique en partie par le fait que les nouveaux entrants en formation sont plus souvent en reconversion professionnelle ou en retour à l’emploi (74% vs 35% pour les autres formations). Plus précisément, parmi les nouveaux étudiants 52% occupaient un emploi auparavant, 19% étaient au chômage et 3% étaient inactifs le jour de la rentrée. De même, parmi ceux qui avaient un travail, près des trois quarts exerçaient dans le secteur sanitaire, social ou médico-social.

En outre, s’il n’existe pas de conditions d’obtention de diplôme pour entrer en IFAS, 57% des nouveaux inscrits en 2017 ont souligné être titulaire du baccalauréat ou équivalent comme diplôme le plus élevé. Par ailleurs, 9% des nouveaux arrivants cette même année avaient un diplôme de l’enseignement supérieur. Parmi ces étudiants, 56% avaient un baccalauréat professionnel.

Autre fait marquant : si les formations en santé sont relativement féminisées (84% des nouveaux entrants toutes formations confondues), celle des aides-soignants l’est tout particulièrement avec 9 étudiants sur 10 étant des femmes. De plus, les enfants d’employés étaient surreprésentés en 2017 parmi les étudiants alors qu’à l’inverse les enfants de cadres et de professions intermédiaires sont sous-représentés si l’on compare aux profils des étudiants des autres formations de santé.

De manière générale, les futurs AS bénéficient davantage de financement que les inscrits en première année des autres formations (84% contre 61%).

CR : DREES

CR : DREES

84% des étudiants bénéficient d’une aide financière pour leurs études

En totalité, il existe 484 instituts de formation d’aides-soignants dont au moins un par département. En moyenne la densité standardisée des aides-soignants (diplômés) s’élève à 35 pour 100 000 habitants.

En ce qui concerne plus spécifiquement la formation en elle-même, il s’est avéré que les futurs aides-soignants changeaient moins de département pour suivre leurs études que ceux dans d’autres formations de santé. En effet, les chiffres montrent une mobilité moins forte, puisqu’en 2017 seuls 30% des étudiants étaient inscrits dans un IFAS situé dans un département différent de celui où ils vivaient un an plutôt contre 40% pour les nouveaux inscrits suivant d’autres cursus.

Enfin, 84% des nouveaux étudiants ont perçu au moins un financement en 2017. Pour 49% d’entre eux, il s’agit d’une aide en tant que demandeur d’emploi, pour un tiers d’une bourse ou d’une aide d’un conseil régional ou départemental et pour 8% d’une aide obtenue via une promotion professionnelle. De manière générale, les futurs AS bénéficient davantage de financement que les inscrits en première année des autres formations (84% contre 61%).

Ainsi, si cette étude permet d’en apprendre plus sur les profils des étudiants AS : une profession particulièrement féminisée, qui attire davantage les réorientations professionnelles, certains chiffres peuvent inquiéter. En effet, les établissements ont déjà évoqué avoir de plus en plus de mal à recruter des aides-soignants, or, le fait que les candidats diminuent ainsi que les inscrits sont des signes évidents d’une baisse d’attractivité. La disparition du concours d'entrée en IFAS annoncée dès 2020 ainsi que la réingénierie de la formation tant attendue pourront-elles suffire à inverser cette tendance ?

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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Commentaires (1)

test112408

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7 commentaires

#1

Aide-soignant, une espèce en voie de disparition

Bonjour,

Tout d'abord, je remercie Mme CURTET pour la rédaction de cet article qui traite d'un sujet très grave, la crise des vocations pour la fonction d'AS.

Votre article confirme les propos de M.ROCHE, Cadre de santé formateur qui a rédigé un article alarmant sur un autre site :
" AS, une espèce en voie de disparition ". Je reprends son titre qui est évocateur.

AS est de mon point de vue la fonction la plus dénigrée du système de santé français, ce qui n'est pas glorieux quand on voit l'attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des autres professionnels de santé, (IDE, aux sages-femmes et fait nouveau, les médecins !)

Pour revenir sur la fonction d'AS, il faut donc partir du constat. Cette fonction rencontre une véritable crise des vocations depuis quelques années. (-40% de candidats dans les IFAS depuis 2014 selon la DREES). La question, c'est pourquoi ?

- Un salaire indigne pour un métier qualifié à l'instar des IDE (SMIC+180 euros dans la FPH)

- Des conditions de travail indignes. Les AS sont traitées comme des machines-à-laver (j'ai lu cette expression ici car elle est malheureusement vraie) dans certains lieux de soins, je pense aux VMC, un acte ignoble qui est une machine à détruire des vocations.

- Des perspectives d'évolutions limitées. Il est difficile (pas impossible) d'obtenir un financement pour suivre des formations complémentaires (DU/DIU ; devenir IDE, responsable de service)

- Le corporatisme. Certaines associations IDEL bloquent l'évolution légitime de la fonction AS, en utilisant el famoso "la sécurité du patient", une novlangue dans ce cas précis servant à masquer des intérêts corporatistes. (PS : J'ai un grand respect pour les IDEL qui constituent l'ultime barrière en matière d'accès aux soins dans les déserts médicaux)

Il y a urgence. Si on n'inverse pas la tendance, ce sont les IDE qui vont en faire les frais !

Signé : Un usager et membre d'une association de patients