INFOS ET ACTUALITES

Mediator : des experts désemparés

Les experts externes de l'AFSSAPS craignent que pour l'opinion publique, ils soient à la solde des "labos", alors qu'ils revendiquent remplir une mission de santé publique.

Des experts externes de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) expriment leur "désarroi" vis-à-vis de l'opprobre médiatique qu'ils subissent dans le cadre de l'affaire Mediator* (benfluorex, Servier) et au-delà, dans une lettre ouverte transmise mardi à l'APM.

"Nous sommes sidérés par tout ce qu'on a lu et entendu dans les médias sur l'affaire Mediator*. Nous serions tous des incompétents et des vendus à 'big pharma' alors que nous essayons de faire ce travail volontaire le plus correctement possible. Nous le vivons très mal", se désole Marie-Claude Bongrand, pharmacien hospitalier à l'hôpital de la Conception à Marseille (AP-HM), auprès de l'APM.

"L'opinion publique ne doit pas ignorer notre désarroi", est-il écrit dans ce courrier rédigé avec le Dr Marie-Hélène Denninger, hématologue à l'hôpital Beaujon à Clichy (Hauts-de-Seine, AP-HP), et le Pr Jean Doucet, médecin interniste au CHU de Rouen, et signée par 12 autres experts.

Commercialisé en 1976, Mediator* était un traitement adjuvant des diabétiques en surpoids qui a été largement prescrit comme coupe-faim. Il a été retiré du marché en novembre 2009 en raison d'une efficacité modeste et d'un risque de valvulopathie. Des études épidémiologiques ont estimé entre 500 et le 2.000 le nombre de décès qui lui seraient attribuables.

Le livre du Dr Irène Frachon du CHU de Brest, des documents révélés par les médias puis l'enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) ont notamment mis en cause le fonctionnement de l'Afssaps, pointant la question des conflits d'intérêts.

"Les événements sanitaires préoccupants de l'actualité conduisent certains à jeter un opprobre définitif sur l'institution de l'Afssaps, sans distinction ni discernement, atteignant ainsi tous ses membres, personnel, évaluateurs internes et experts externes, sans qu'aucune voix ne se fasse entendre en réponse", déplorent les signataires. "Nous sommes tous montrés du doigt en cette période de crise où les informations diffusées sont parfois incomplètes".

Les experts veulent donc se défendre aujourd'hui car, écrivent-ils, "le silence observé conforte l'opinion publique dans la conviction que toutes les accusations formulées (...) sont légitimes, et que tous les individus impliqués dans la sécurité sanitaire doivent être considérés comme malhonnêtes, voire criminels, au mieux totalement incompétents (...)". En outre, "l'opinion publique ne doit pas ignorer non plus que les experts continuent cependant à travailler, la démission n'étant pas acceptable pour des acteurs militants de la santé publique". Ils demandent que leur travail soit "pris en considération" et qu'"on [leur] accorde la sérénité et la confiance indispensables à l'exercice de [leur] mission".

Les experts externes apportent à l'Afssaps "un large spectre de compétences" car médecins, pharmaciens, enseignants chercheurs, en milieu hospitalier ou en ville, ils sont en contact régulier avec les besoins des patients alors que ce travail "demande un investissement important et ne leur apporte aucun avantage direct dans leur carrière". Ils rappellent en outre qu'ils sont tenus de fournir une déclaration d'intérêt et soulignent que le secteur de la santé est le plus en avance en la matière. "Nous avons tous vérifié que nos déclarations d'intérêts étaient à jour et aucun de nous n'a de conflit majeur avec Servier", précise Marie-Claude Bongrand.

"Manifester notre soutien"

Il s'agit aussi d'"exprimer notre respect et manifester notre soutien aux président et vice-président de la commission d'AMM qui doivent être prochainement auditionnés par les missions parlementaires sur Mediator*". Le Pr Jean-François Bergmann de l'hôpital Lariboisière à Paris (AP-HP), premier vice-président de cette commission, doit être entendu jeudi matin par la mission de l'Assemblée nationale. Il n'y a pas encore d'audition prévue pour le second vice-président, Véronique Andrieu, maître...

Prolongez gratuitement votre lecture !

Afin de vous proposer une information et des services personnalisés, certains contenus d'Infirmiers.com sont en accès limité. Identifiez-vous pour bénéficier gratuitement de l'intégralité des articles.

Se connecter
Mot de passe oublié ?

Créer mon compte

Vous n'êtes pas encore inscrit sur Infirmiers.com ? Créez votre compte en quelques clics. C'est gratuit !

M'inscrire

Publicité

Commentaires (2)

serge cannasse

Avatar de l'utilisateur

77 commentaires

#2

bon commentaire, mais pourquoi ici ?

Merci pour ce commentaire très intéressant, mais pourquoi le placer à la suite d'un article qui n'a pas grand chose à voir ? c'est d'autant plus dommage que, j'insiste, vos infos ont beaucoup d'intérêt.

ecureuils21

Avatar de l'utilisateur

93 commentaires

#1

Plus fort que le MEDIATOR :L'ONITOR

Les offensives anti -ordre semblent se multiplier ces derniers jours. Après une intersyndicale, un appel officiel de la CFDT, c’est au tour du vice président du groupe UMP au Sénat de demander à Xavier Bertrand « une solution définitive » face à un Ordre à l’attitude « intransigeante » et au comportement « agressif »


Eric Doligé, Vice-Président du groupe UMP du Sénat © DR
Xavier Bertrand se serait sans doute bien passé de cette patate chaude laissée par Roselyne Bachelot. Après les syndicats, voici que son propre camp s’attelle à chercher des noises aux ordres paramédicaux. Éric Doligé, vice-président du groupe UMP au Sénat a en effet adressé au ministre une lettre particulièrement virulente.

Après avoir fait le constat que le « comportement de l’Ordre (…) loin de concourir à établir sa légitimité, n’a fait qu’aggraver le mécontentement des professionnels concernés. », le sénateur se fait encore plus virulent et estime difficile d’admettre « que l’Ordre National des infirmiers puisse ainsi prétendre invalider des diplômes d’Etat acquis depuis longtemps »

L’élu ne s’arrête pas en si bon chemin, et attaque sur tous les fronts, reprenant à son compte les arguments des opposants les plus acharnés, et ose une hypothèse: « Il semble que cet Ordre ait pris des engagements financiers inconsidérés qui le mettent en difficulté. Si cela se confirmait, cela expliquerait son intransigeance sur la question des cotisations, et sa légitimité à parler de déontologie professionnelle s’en trouverait compromise. »

Et de conclure, lapidaire : « Même si la création d’un Ordre National pouvait trouver sa justification au départ, je crains que son attitude intransigeante et son comportement agressif envers des professionnels que l’Ordre qu’il était supposé défendre et représenter l’a définitivement décrédibilisé. »

Éric Doligé interroge ensuite Xavier Bertrand sur les suites données aux propositions de loi soutenues par Roselyne Bachelot, visant à limiter les ordres paramédicaux aux seuls professionnels libéraux.

La proposition de loi d’Yves Bur reprendrait-elle du poil de la bête ? Se serait dans ce cas un retournement de situation plutôt rapide. Répondant à une question précise d »une journaliste d’ActuSoins sur l’avenir de l’ordre infirmier et le soutien du ministère à la proposition de loi du député Bur, la secrétaire d’Etat avait éludé, souhaitant une solution « consensuelle » et affirmant « continuer la concertation avec les professionnels ».

Cette limitation aux seuls professionnels libéraux semble a présent faire le consensus auprès des opposants à l’ordre, même si c’est pour beaucoup le prélude à une abrogation totale. Dominique Le Boeuf avait d’ailleurs elle même annoncé qu’un ordre limité à un seul mode d’exercice n’avait aucun sens.

Dans un communiqué daté du 7 février, le syndicat Résilience annonce quant à lui « le dépôt de plaintes auprès des tribunaux de Justice à l’encontre de plusieurs personnes morales et physiques »