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"Mon espace santé" : un vent de modernité numérique pour professionnels et usagers

Transformer, et surtout faciliter le parcours de santé des citoyens, c’est l’ambition du projet "Mon espace santé", porté par l’Etat et qui s’inscrit dans la feuille de route du numérique en santé annoncée en avril 2019. Lors d’un point presse organisé ce jeudi 29 avril, le Ministère des Solidarités et de la Santé et la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (CNAM) ont rappelé les cinq grandes orientations qui y président et ont détaillé les axes de progression en cours de développement qui concerneront aussi bien les professionnels de santé que les patients.

Initiée avec l'accélération du virage numérique en santé il y a deux ans, la mise en place de la plateforme "Mon espace santé" doit en premier lieu remédier à l’absence d’échanges efficaces de données médicales entre les nombreux professionnels de santé, qui utilisent actuellement chacun des logiciels différents qui ne communiquent pas entre eux. Un manque d'interopérabilité qui entraîne des ruptures de parcours de soin et qui rend complexe la collaboration de l'ensemble des acteurs du soin (médecins, infirmiers, sages-femmes, kinésithérapeutes...) au bénéfice du patient. 

Absence de langage commun

La plateforme "Mon espace santé" permettra de fluidifier l'échange des données de santé entre les professionnels.

Renforcer la gouvernance du numérique en santé, intensifier la sécurité et l’interopérabilité des systèmes d’information en santé, accélérer le déploiement des services numériques socles (Dossier Médical Partagé, e-prescription), déployer des plateformes numériques de santé, et soutenir l’innovation et favoriser l’engagement des acteurs de santé : voici le socle sur lequel s'appuie le développement du projet "Ma santé 2022". Avec la multiplication des outils numériques, le besoin d'harmonisation et de communication des plateformes entre elles est devenue une nécessité. Depuis 10 ou 15 ans ont fleuri un peu partout pléthore de logiciels, en pharmacies, en hôpitaux, en laboratoires, qui ne sont pas unifiés et ne partagent pas de langage commun, a relevé Dominique Pon, responsable ministériel au numérique en santé. Or, souligne-t-il, selon un sondage, 80 % des personnes interrogées sont favorables au numérique en santé, à condition que le projet soit porté par l’État, qu’il soit sécurisé et qu’il ne laisse pas de côté les citoyens exclus du numérique. Des progrès ont été réalisés et certains résultats déjà obtenus. A titre d'exemple, l'Identité Nationale de Santé (INS), obligatoire depuis le 1er janvier 2021, est un matricule d'identité unique et pérenne de chaque patient qui évite les erreurs d'identification et contribue à la qualité et la sécurité des soins ; de même, la e-CPS (ou carte de professionnel de santé numérique) garantit aux acteurs du soin un accès conforme et sûr à la "sphère numérique de confiance" via une application dédiée. En tout, ce sont ainsi 2 milliards d’euros qui sont consacrés au développement et au renforcement du numérique en santé.

Bonne coordination de la prise en charge

Fruit d’un travail entamé il y a deux ans, "Mon espace santé" s’appuie aussi bien sur les attentes et besoins remontés par les professionnels de santé que par les citoyens eux-mêmes. Confiée à la CNAM, acteur de proximité qui inspire confiance, a noté Thomas Fatôme, son directeur, la mise en œuvre du projet s’appuie sur quatre fonctionnalités accesibles grâce à un "one single sign on" (ou identifiant unique pour un accès mutiple) via un numéro RPPS, déjà en vigueur pour certains professionnels et qui sera conféré aux infirmiers entre mi-2021 et mi-2022 sous réserve qu'ils soient inscrits à l'Ordre : le Dossier Médical Partagé (DMP), trop peu alimenté pour l'instant et dont il s’agira de faciliter l’enrichissement en fonction de l’évolution du parcours des patients ; un agenda de santé, qui permettra de centraliser l’ensemble des rendez-vous médicaux ; une messagerie sécurisée (MSSanté) pour que les professionnels puissent échanger avec les patients eux-mêmes mais aussi partager entre eux, en toute sécuirité, les données de santé sensibles (comptes-rendu biomédicaux, photos de plaies...) et nécessaires à une bonne coordonnation de la prise en charge du patient ; un catalogue d’applications numériques (applications de prévention, de surveillance du poids, glucomètres…) que choisiront les patients en fonction de leurs besoins et qui devront répondre à certaines exigences de sécurité. En décembre 2020, un premier appel à candidature a ainsi été lancé, une trentaine d’application ayant été à ce jour retenues pour intégrer ce fameux catalogue. Nous avons entamé un travail de réflexion avec les industriels et les start-ups sélectionnés afin de peaufiner les processus et de les finaliser d’ici à l’automne 2021, afin que tous les industriels puissent candidater au processus de référencement dès le mois de janvier 2022, a précisé Dominique Pon.

La participation, et non la représentation, de tous est indispensable

Par et pour les citoyens

La construction d’un nouveau système de santé passe nécessairement par les citoyens, qui en sont les usagers. La participation, et non la représentation, de tous est indispensable a tenu à rappeler Gérard Raymond, président de France Assos Santé, qui a ajouté que celle-ci était nécessaire pour assurer la confiance des citoyens dans la plateforme, au même titre que l’exigence de sécurité et de transparence. Cela suppose de mettre en place un véritable accompagnement pour que chaque citoyen puisse prendre des décisions qui lui soient réellement adaptées, a-t-il prévenu. L’objectif ici est bien de rendre le patient acteur de son parcours de soin en l’impliquant jusque dans la construction du nouveau système de santé. Il en a par ailleurs appelé à l’État afin que ce dernier édicte des lois et des règlements strictes en matière de transparence et de sécurité du système et prévoie des sanctions fortes contre ceux qui y contreviendraient.

Il s’agit également pour l’Etat, en plus de faire de chacun un acteur de sa santé, de garantir la souveraineté de la France sur le sujet du numérique en santé en définissant un certain nombre de règles de référentiels socles (cybersurveillance, e-CPS, RPPS+), de sécurité et d’interopérabilité à destination aussi bien des professionnels de santé que des industriels en lien avec le secteur sanitaire. Et de se soustraire ainsi à l’influence et à la toute-puissance des géants du web (GAFAM). Un tour de France, intitulé « Réussir ensemble mon espace santé » sera ainsi organisé pour mobiliser l’ensemble de l’écosystème de santé sur le sujet. Il s’appuiera notamment la mise en place d’ateliers ainsi que sur la diffusion de webinaires. Ouverts à tous, ces derniers pourront être organisés par les professionnels de santé, les industriels et les citoyens volontaires, qui auront à leur disposition des outils tels que la présentation de la feuille de route du numérique en santé et de la plateforme « Participez », où chacun pourra soumettre ses idées afin de participer à la transformation numérique du système de santé.

Il s’agit d’un vrai choix de société que nous devons faire collectivement, si nous voulons conserver notre souveraineté et notre éthique

Ne laisser personne de côté

Enfin, côté calendrier, une première phase pilote sera mise en place dans trois départements (Haute-Garonne, Loire-Atlantique, Somme), pour une population de 4 millions de personnes, afin notamment de mesurer l’appropriation de la messagerie sécurisée et du Dossier Médical Partagé par les professionnels de santé et les patients, pour un déploiement général prévu dès le mois de janvier 2022 et qui intègrera également le catalogue d’applications et l’agenda de rendez-vous médicaux.  A cette date, chaque Français sera informé par courrier ou par mail de l’ouverture par défaut de son espace santé et pourra, s’il le souhaite, s’y opposer. Enfin, un accompagnement, porté aussi bien par les collectivités locales et les associations, sera proposé à toutes les populations éloignées du système de santé ou des outils numériques afin de ne laisser personne de côté, a indiqué Dominique Pon. Il s’agit d’un vrai choix de société que nous devons faire collectivement, si nous voulons conserver notre souveraineté et notre éthique, fondée sur des valeurs humanistes. L’Etat fait son maximum pour construire cette plateforme, mais éditeurs, professionnels de santé et industriels doivent s’en emparer et se mettre aux normes. Et il est également nécessaire que les citoyens se saisissent de ces outils numériques, a-t-il conclu.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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