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« Montez, montez ! Mettez-vous en sécurité ! »

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Vendredi 13 novembre 2015. Cette nuit là, le monde a basculé pour une nation entière... et ses soignants. Parmi eux, Myriam. Présente à cinquante mètres du Bataclan, au domicile de sa mère, elle intervient spontanément auprès des victimes. Aujourd'hui, elle raconte...

femme fenêtre

Vendredi 13 novembre 2015. Il est 21h50 lorsque Myriam, infirmière, porte secours à une trentaine de blessés du Bataclan.

Rentrez chez vous, ça tire, il y a une attaque ! Il est 21h45. Myriam revient du restaurant avec sa famille. Le quartier est en état d'alerte. Les gendarmes courent en direction du Bataclan. L'urgence : se mettre à l'abri. Sans réfléchir. Sans comprendre réellement ce qu'il se passe à quelques mètres de là. Réfugiée chez sa mère, au deuxième étage d'un appartement situé à l'angle de la rue Saint-Sébastien et du boulevard Richard Lenoir,  Myriam ne réalise pas à cet instant que cette nuit va à jamais les marquer, ses enfants et elle.

21h50. Les blessés courent dans la rue pour fuir l'enfer… la mort. Myriam est à la fenêtre avec sa mère et sa sœur. Montez, montez ! Mettez-vous en sécurité ! Instinctivement, les trois femmes crient le code d'accès de l'immeuble. Certains se réfugient dans la cours du bâtiment, d'autres rejoignent la famille à l'étage.  Le choc, le sang, la peur… Les victimes sont tétanisées. Beaucoup ont besoin de soins. De soutien. A cet instant, nul n'est conscient qu'une infirmière se trouve à leurs côtés…

Je n'ai pas le sentiment d'avoir réagi en tant que infirmière mais simplement en être humain.

« J'ai fait ce que j'ai pu ...»

Myriam a donc été l'une des premières soignantes à venir au secours des victimes du Bataclan. En tout, près de trente personnes se cacheront chez sa mère. Il y avait une femme, une pédopsychiatre, qui avait une plaie au crâne. Une balle avait frôlé sa tête. A un centimètre près, elle ne serait plus là. Sa blessure nécessitait des points de suture. Chez ma mère, je n'avais rien du tout. Aucun matériel. Nous l'avons mise sous la douche pour laver la plaie. Puis, nous avons assuré une compression pour réduire les saignements. Malheureusement, dans l'appartement ce soir là, cette femme ne sera pas l'unique victime à avoir besoin de soins. Et, compte tenu de la gravité des événements qui continuaient à se dérouler dans la salle de concert, aucun secours ne pouvait se déplacer. On les voyait par la fenêtre. Ils étaient débordés..., se souvient Myriam. Parmi les autres blessés, il y aura deux femmes touchées aux fesses par des éclats de balle, mais pas que. Un jeune homme d'une vingtaine d'années est arrivé en état de choc. Sa sœur était morte dans ses bras. Il ne bougeait plus, ne parlait plus, ne réagissait plus. Son regard était vide… La détresse de toutes ces victimes poussera Myriam à chercher encore et toujours des secours, jusqu'à ce que finalement, un policier, qu'elle ira interpeller dans la rue, lui envoie des pompiers. Les blessés seront alors pris en charge, avant que la jeune infirmière ne retourne sur les lieux du drame proposer son aide aux soignants présents. A 2h du matin, le quartier retrouvera son calme, toutefois les stigmates de ce qui fut une nuit d'horreur resteront, notamment, se rappelle la jeune femme avec une grande émotion, de nombreux vêtements tâchés partout dans les pièces…

Ce soir là, le temps était particulier. Tantôt il s'arrêtait, tantôt il s'accélérait...

« La priorité était de leur ouvrir la porte... »

Pour Myriam, rien de ce qu'elle a fait ce soir là ne mérite d'être saluée. Je n'ai pas le sentiment d'avoir réagi en tant que infirmière mais simplement plus en être humain. J'ai juste fait ce que j'ai pu. Je n'ai pas réfléchi aux règles d'hygiène. Ce n'était pas la priorité. La priorité était de leur ouvrir la porte et de les mettre en sécurité. Et pourtant, son métier aura tout de même contribué à gérer cette dramatique situation. Je n'ai pas eu peur. Ni à la vue du sang, ni au regard des événements. Si j'avais perdu mon sang-froid, je pense que mon entourage, ainsi que les victimes auraient d'autant plus paniqué. Elle, qui projetait autrefois d'exercer  en réanimation, réalise aujourd'hui qu'une infirmière est en mesure de donner le meilleure d'elle-même en situation d'urgence, quelles que soient ses compétences.

Je leur ai simplement apporté les soins qu'une infirmière en gériatrie prodigue tous les jours : des soins relationnels, de l'accompagnement et des soins de confort... En résumé, ce dont les personnes réfugiées chez elle avaient besoin ce soir là.

Aujourd'hui, Myriam et ses enfants essaient de retrouver leur quotidien. Toutefois, ce n'est pas si évident après avoir été témoins de ces dramatiques événements. Pour l'instant, cela peut aller... toutefois je m'attends au contre coup. Je ne sais pas quand, mais il arrivera. Pour ce qui est de mes enfants, c'est différent. Désormais, mon fils de quatre ans sursaute au moindre bruit ou lorsqu'une personne s'approche trop près de lui. Mes filles ont dû prendre rendez-vous chez un psychiatre. Malgré cet « après » à gérer, Myriam garde une pensée chaleureuse pour tous les soignants présents sur les lieux ou dans les hôpitaux cette nuit là. Je les admire. Ils ont également vu des choses abominables, pourtant ils tiennent bon. Et même si les secours ont été débordés par ces attaques simultanées, ils ont réussi à gérer et ce n'était pas évident. Ils ont fait ce qu'ils ont pu. Il n'y a aucun regrets à avoir. Aucun regret, si ce n'est que ces effroyables attentats aient pu avoir lieu.

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Gwen HIGHT  Journaliste Infirmiers.comgwenaelle.hight@infirmiers.com@gwenhight

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