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"Il faut montrer aux puer que ce qu’ils vivent au quotidien ils ne sont pas seuls à le vivre"

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Compétences infirmières

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L’ANPDE (Association Nationale des Puéricultrices(teurs) Diplômé(e)s et des Etudiants) vient de rejoindre le collectif Inter-Urgences et participera à la grande manifestation qui se déroulera mardi 15 octobre. En effet, les infirmiers puériculteurs ont aussi des raisons d’être en colère : la réingénierie de leur diplôme stagne alors que cela fait 10 ans qu’ils la demandent. De même, ils estiment que leur spécificité n’est pas assez reconnue et pour cause, Adrien Taquet pour son projet 1000 premiers jours de la vie de l’enfant a lancé une commission dans laquelle figurent des pédiatres, des psychologues mais aucun puériculteur !

"Il faut montrer aux puer que ce qu’ils vivent au quotidien ils ne sont pas seuls à le vivre"

Le gouvernement pense à réduire les ratios de soignants dans les services de néonatalogie. Ce qui inquiète l’ANPDE, qui vient de rejoindre le Collectif Inter-urgences, et notamment Emilie Ria, vice-présidente de l’association qui exerce dans ce secteur.

En général, les paramédicaux sont oubliés dans les travaux du ministère. On a beaucoup de mal à faire valoir notre plus-value, souligne Emilie Ria, vice-présidente de l’ANPDE et responsable de la commission hospitalière de l’association. En effet si le 7 octobre, l’association a annoncé via un communiqué rejoindre le Collectif Inter-urgences c’est parce que les infirmiers puériculteurs voient également leurs conditions de travail se dégraderOn constate un peu les mêmes problématiques. Or, plus on sera nombreux, plus on se fera entendre, acquiesce la professionnelle de santé. 

Elle remarque notamment que les paramédicaux sont rarement cités par les hautes instances. Par exemple, dans le pacte de refondation des urgences, les puériculteurs sont absents. Pourtant, il y a de nombreux passages aux urgences pédiatriques, une simple consultation de puériculture au sein des urgences permettrait un désengorgement. Le gouvernement ne parle que de rendre du temps médical, ce serait une solution pour y parvenir. Si on utilisait les compétences de chacun dans un objectif commun, on pourrait y arriver, argue la puéricultrice.

En réanimation, nous sommes un soignant pour 2 enfants, aux soins intensifs un pour trois et en médecine néonatale, un pour six. L’idéal, pour ce service, serait un pour quatre.

Vers une diminution du ratio de soignants en néonatalogie ?

Selon elle, les revendications du collectif vont dans le sens de l’ensemble de la profession. En effet, les infirmiers puériculteurs voient aussi leur temps passé auprès des enfants et de leurs parents diminuer. D’autre part, le ministère de la Santé songe également à réduire les ratios de soignants auprès des nouveaux-nés en réanimation néonatale. Ce qui suscite une vive inquiétude pour la professionnelle qui exerce dans un service de néonatalogie au CHU de Nancy depuis avril 2015. Pour l’instant nos conditions de travail sont acceptables, un peu préservées par rapport au service de pédiatrie, témoigne-t-elle. Mais pour combien de temps ? Surtout que si ces conditions sont tolérables elles ne sont pas non plus optimales. En réanimation, nous sommes un soignant pour 2 enfants, aux soins intensifs un pour trois et en médecine néonatale, un pour six. L’idéal, pour ce service, serait un pour quatre. En effet, dans certains pays, deux professionnels spécialisés ont la charge d’un seul enfant en réanimation néonatale, dans d’autres, le ratio est d’un infirmier par enfant. Il serait donc préférable de se rapprocher de cet exemple plutôt que de s’en éloigner. Notre journée : ce sont les soins mais c’est aussi accompagner les parents. Plus on a d’enfants à charge, plus on doit diviser notre temps.

Prendre soin des enfants mais aussi accompagner les parents dans leur parentalité

Autre point relevé par la professionnelle de l’enfance, c’est que de plus en plus de jeunes diplômés sont rattachés à ces services mais non pas de formation spécifique. Il faut être au plus près des enfants et accompagner les familles dans la parentalité pour qu’ils apprennent à connaître leur bébé et qu’ils puissent participer aux soins. Or, on voit de plus en plus d’infirmiers qui se retrouvent en difficulté car il n‘ont pas les connaissances concernant la spécificité de ce secteur, explique Emilie Ria. L’ANPDE avait déjà mis l’accent sur le fait qu’environ un infirmier sur deux n’avait pas de formation adéquate en réanimation néonatale lors de la publication d’une enquête sur le sujet que l’association avait elle-même réalisée. Cela nous ajoute du travail car ces soignants nous interpellent pour obtenir notre aide en cas de problème.

Pour pallier cette problématique certains établissements recourent à la formation professionnelle afin que leur personnel devienne puériculteur. Autre possibilité : le tutorat. Chez nous, par exemple, une collègue, pendant quelques jours, explique les différentes pathologies possibles chez nos petits patients. Elle montre comment fonctionne le matériel. Elle leur apprend comment on on procède pour un bain…. D’autres hôpitaux, encore, prévoient une sorte d’accompagnement ou de doublage. Un soignant plus ancien et expérimenté est suivi par un infirmier non formé pendant un certain temps. Ainsi, il assiste à tous les soins et comprend comment procéder. Malgré tout, il serait préférable que davantage de puériculteurs soient présents en néonatalogie, et ce, dès le départ.

On est une spécialité jamais citée mais qui est partout : en PMI, en mode d’accueil, à l’hôpital et en libéral même si on ne dispose toujours pas d’une nomenclature spécifique.

De la reconnaissance

De manière générale, la professionnelle de santé souhaiterait qu’enfin leurs compétences soient reconnues y compris au niveau salarial : les grilles n’ont pas bougé depuis des années, affirme-t-elle. Emilie Ria espère que la mobilisation du 15 octobre permettra aux membres de l’association d’être reçu au ministère afin que leur voix soit entendue. On aimerait relancer la réingénierie de notre référentiel de formation que l’on demande depuis près de 10 ans. On aimerait également pouvoir participer à plusieurs groupes de travail, notamment la commission des 1000 premiers jours de l’enfant où l’infirmier puériculteur a toute sa place, souligne-t-elle. On est une spécialité jamais citée mais qui est partout : en PMI, en mode d’accueil, à l’hôpital et en libéral même si on ne dispose toujours pas d’une nomenclature spécifique. On ne fait pas que du soin on fait aussi beaucoup de social ! Quand on demande à la professionnelle si elle sera présente le jour de la manifestation à Paris le 15 octobre elle répond sans aucune hésitation Oui, bien sûr que j’y serai !.

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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