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« Nina » : prenez soin de vous, zappez !

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Un « coup de gueule » bien senti d'une infirmière rurale blogueuse qui ne manque pas de verve, d'autant lorsqu'il s'agit de tirer à vue sur la série médicale de France 2 « Nina » qui selon elle (et pas que !) n'a pas rendu service à la profession infirmière ! C'est heureusement fini… du moins la saison 1..

nina film télévision

Nina, heureusement pour la profession infirmière, la saison 1 s'est terminée hier soir mercredi 8 juillet 2015… La saison 2 est déjà annoncée… Les soignants seront-ils encore au pays des Bisounours ?

Je viens d’éteindre ma télé et je suis dépitée. En fait, je dirais plutôt « partagée ». J’ai envie de rire et de pester en même temps, tant la série que je viens de regarder est aberrante : « Nina ».

Pour une fois qu’une chaîne de télévision se donnait la peine de réaliser une série sur ma profession, je ne pouvais que regarder. Et devant l’engouement du grand public pour cette infirmière tout droit sortie d’une production à mi-chemin entre « Plus belle la vie » et « Sous le soleil », je me suis laissée tenter… J’aurais mieux fait de m’abstenir. A vrai dire, je crois que j’aurais préféré subir un contrôle de la CPAM plutôt que d’avoir à supporter deux épisodes de plus.

Comment ne pas être sous le charme de cette jolie soignante qui, à l’opposé des vraies professionnelles, n’a pas cette double paupière fatiguée qui augmente au fur et à mesure de sa semaine de roulement ? Elle est toujours charmante, avenante, et n’a ni le cheveu gras, ni l’auréole sous l’aisselle après avoir travaillé douze heures dans un service surchauffé à la ventilation défaillante. Elle est toujours classe dans sa blouse parfaitement ajustée, sans code barre apparent sur le haut des fesses, et n’a certainement pas du entendre de la part de la lingère le jour de sa prise de fonction : C’est deux tailles au dessus ? C’est pas grave ! Toute façon j’ai que ça et puis vous serez plus à l’aise !. Non. Nina est aussi parfaite que son chignon et aussi légère que le nombre de RTT sur un planning infirmier. Bref, vous l’aurez compris, son personnage est une fiction à lui tout seul, et encore, je ne parle que de l’infirmière. Il y aurait tant de choses à dire sur les aides-soignantes totalement mises de côté dans cette série, sur les médecins entrés à la fac de médecine après y avoir vu de la lumière ou sur les étudiants infirmiers que l’ont fait passer pour des abrutis finis. On sait que notre métier est souvent idéalisé, qu’il soulève beaucoup de fantasmes (et je ne parle pas que de la blouse ultra-courte et des talons aiguilles) et il parait plus qu’évident que cette série ne plaide pas notre cause auprès du grand public.

A vrai dire, je crois que j’aurais préféré subir un contrôle de la CPAM plutôt que d’avoir à supporter deux épisodes de plus.

Lorsqu’on regarde Nina, on comprend vite que la production n’a pas dû passer beaucoup de temps dans un service hospitalier pour comprendre en quoi consiste le métier d’infirmière. C’est un pompier qui sauve des vies dans la rue avant d’aller travailler, c’est un médecin qui émet des diagnostics médicaux dans les couloirs, c’est une aide-soignante distribuant les plateaux repas lorsqu’elle est « punie » par sa cadre, c’est une brancardière transportant ses patients dans tous les services de l’hôpital… Elle est sur tous les fronts Nina et je suis fatiguée rien qu’à la regarder travailler. Heureusement pour nous, elle daigne parfois se recentrer sur sa profession pour s’occuper alors de patients sentant bons le sable chaud. Les longs couloirs fraîchement repeints, la machine à café et le toit de l’hôpital deviennent alors de véritables lieux d’introspection pour cette soignante semblant passer plus de temps à regarder par la fenêtre qu’à soigner, les mains bien calées au fond des poches de sa blouse immaculée qui devrait normalement contenir l’équivalent d’un mini chariot de soins. Car Nina c’est ça : une infirmière surréaliste qu’on préfère voir galérer sentimentalement plutôt que professionnellement. Une forme idéalisée d’infirmière qu’on ne trouve nulle part ailleurs qu’à la télévision, et que le français lambda aimerait bien avoir à son chevet.

Vous me direz peut-être que nous, les soignants, sommes les pires téléspectateurs lorsqu’il est question de séries médicales. Et vous aurez raison, car nous n’arrêtons pas de jurer devant des perfusions branchées sans être purgées ou devant les jets tous aussi impressionnants qu’inutiles sortant des seringues brandies à bout de bras par des infirmières zélées. Et quant bien même cette série hospitalière reste avant tout une fiction, je ne peux m’empêcher d’être agacée par son manque de réalisme et par l’image qu’elle donne des paramédicaux. Parce qu’être infirmière ce n’est pas ça. Parce que je ne suis pas Nina…

Nina est aussi parfaite que son chignon et aussi légère que le nombre de RTT sur un planning infirmier.

Mais ce qui est formidable avec la télévision, c’est la télécommande qui l’accompagne et surtout le bouton rouge tout en haut qui permet de mettre fin à une série qui vous semble abrutissante. Et alors que je regardais mon écran noir, j’ai pensé à ceux qui ne l’avaient pas encore éteint. Quelle image allaient-ils se faire de ce qu’est une vraie infirmière ? J’aimerai être une petite souris dans le trou de mur d’un centre hospitalier décrépi pour voir la tête des téléspectateurs lorsqu’ils découvriront ce que sont nos vraies conditions de travail… Des infirmières et des aides-soignantes à la limite du burn-out, obligées de subir le flux tendu des équipes réduites par les arrêts de travail et par l’impossibilité d’embaucher. Des soignants fatigués par le manque de moyens des services, par le cumul des tâches, par le manque évident de soutien du gouvernement, plus enclin à enterrer notre système de santé qu’à lui donner les moyens d’exister. Dernièrement, beaucoup de soignants sont montés au front pour exprimer le ras le bol de toute une profession ; pour mettre des mots sur l’inquiétude qui les habite de ne plus pouvoir soigner convenablement ceux qui ont besoin d’eux. De plus en plus de sparadraps « En grèves ! » décorent les dos des professionnels de santé qui, malgré tout, continuent de prendre soin des patients. D’autres publient des vidéos ou des lettres pour tenter d’être entendus, pour essayer de faire réagir les Français et ceux qui les dirigent… Sans donner l’impression d’être réellement compris et écouté.

J’ai cru un peu trop naïvement que cette série allait permettre de mettre en avant la profession infirmière, mais à l’heure où nous nous battons pour faire reconnaître nos difficultés et notre mal-être, cette série ne fait qu’enfoncer davantage le clou du fantasme entourant notre métier.

Mesdames, messieurs les téléspectateurs, j’espère que vous l’aurez compris : à l’instar du Dr Mamour de Grey’s Anatomy, la Nina n’existe que sur France 2 et vous ne risquez pas de la croiser dans les couloirs des centres hospitaliers français ! Prenez soin de vous, zappez !

Cette série ne fait qu’enfoncer davantage le clou du fantasme entourant notre métier.

Nina série télévisée

Cet article "Nina", une overdose de ridicule qui ne rend pas service aux hospitaliers  a été publié sur le blog C'est l'infirmière ! Brèves et chroniques d'une infirmière rurale, le  8 juillet 2015. Merci de ces échanges toujours aussi délicieux, coups de coeur, comme coups de gueule !

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Commentaires (2)

coe2

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36 commentaires

#1

Au pays des bisounours

Merci, chère collègue, tout est dit,
juste à espérer que France2 n'en remette pas une 2ème couche et ferait mieux de proposer un vrai reportage sur notre profession et nos conditions de travail, mais cela ne serait sans doute pas politiquement correct