INFOS ET ACTUALITES

Niveau de qualification des IDE : la CNI alerte les eurodéputés

La coordination nationale infirmière (CNI) par la voie de sa présidente Nathalie Depoire défend à son tour par l’intermédiaire d’un courrier adressé aux euro députés l’exigence de douze années d’enseignement général préalable à l’entrée en Ifsi. La révision de la directive 2005-36/CE doit en effet faire l’objet d’un vote de la commission du marché intérieur le 23 janvier 2013 au Parlement européen En jeu, rappelons-le, la garantie de la sécurité et de la qualité des soins pour les patients mais également la mobilité des professionnels en Europe.

Communiqué de presse de la Coordination Nationale infirmière – 22 janvier 2013
Objet
: Modification de la directive 2005/36/CE du Parlement européen et du Conseil du 7 septembre 2005 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles pour les soins infirmiers

CNI directive europeenne qualifications professionnelles pour les soins infirmierMadame, Monsieur le Député,
Par ce courrier, je tiens personnellement à vous solliciter pour attirer votre attention sur une profession, celle d’infirmière. De la qualité des soins au respect des droits du patient, de l’accompagnement des familles en passant par la charge émotionnelle ou au stress lié aux responsabilités, les conditions d’exercice sont devenues particulièrement difficiles dans un contexte de maîtrise des dépenses de santé et de réorganisation des soins.

- Depuis 1972, les infirmiers de France ne peuvent exercer que s’ils possèdent un baccalauréat (ou équivalent) et obtenu leur diplôme d’Etat.
- Depuis 2007, avec une vingtaine de syndicats et associations, notre organisation syndicale n’a cessé de promouvoir l’intérêt de l’intégration du diplôme dans le cursus LMD préconisé par les accords de Bologne.
- Après avoir obtenu le grade Licence en 2010, des formations diplômantes (Masters 1 et 2) ainsi que le Doctorat sont déjà délivrées ou en voie de construction dans de nombreuses universités françaises.
- Le 23 janvier 2013, le parlement européen, dans sa discussion sur la directive 2005/36 CE, s’apprête à voter un amendement consistant à baisser le niveau d’entrée en institut de formation en soins infirmiers. A la demande d’une minorité, un amendement a ainsi été déposé pour que l'admission en formation initiale des infirmiers en soins généraux suppose une formation scolaire générale de 10 années au lieu de 12.
Si le texte est voté, le baccalauréat ou son équivalence ne sera plus exigé, les lycéens pourront ainsi dès la fin de la seconde accéder à la formation en soins infirmiers.

- Les accords de Bologne permettent d’harmoniser les diplômes au niveau européen. Nous comprenons l’intérêt lié à cette unification. Elle permettrait une meilleure mobilité des professionnels. Toutefois, si l’amendement concernant le niveau d’étude est adopté, une déqualification des personnels se profile. La conséquence en serait la dégradation de la qualité et de la sécurité des soins et un risque important pour la santé des européens.

- Une enquête de l’OCDE1 a démontré que le niveau d’études, en amont de la formation infirmière, avait un impact direct sur la qualité des soins : 10% d’infirmiers bacheliers diminuent de 7% le taux d’infections nosocomiales. De même, une augmentation de 10% de la proportion d'infirmières titulaires d'un baccalauréat a été associée à une diminution de 5% de la mortalité de patient dans les 30 jours suivant l'admission2.

- Le SIDIIEF3 déclare « une infirmière détenant un grade universitaire est d’emblée compensé à hauteur de 75% par une réduction des coûts médicaux et hospitaliers directs imputables aux erreurs, accidents, complications et mortalité. Un ratio optimal d’infirmières formées à ces niveaux d’études contribue directement à réduire les coûts associés aux accidents et événements indésirables, estimés par l’OMS à 10% des dépenses de santé d’un pays ».

- La CNI s’associe à cette initiative et partage les recommandations du SIDIIEF, du CEFIEC, de la FNESI,de l’ANPDE et du CEEPAME qui vous ont déjà alerté sur :
- l’importance d’entériner les 12 années d’études avant d’intégrer la formation infirmière ;
- l’obligation de l’obtention d’un niveau Licence pour l’entrée dans l’exercice de la profession infirmière dans l’ensemble des pays de la Communauté Européenne ;
- le refus de deux niveaux de formation et de qualification pour les infirmiers, mais le soutien pour la construction d’un cursus universitaire complet, en trois cycles (Licence, Master et Doctorat) ;
- la nécessité pour la deuxième phase de modernisation de la directive d’inclure une réflexion sur le développement de compétences, d’activités et d’actes nouveaux comme le préconise l’annexe V de la directive ;
- l’obligation de s’appuyer sur l’expertise des professionnels infirmiers, des universités en sciences infirmières et des associations professionnelles et d’usagers pour les étapes suivantes de la directive.

- En votre qualité de parlementaire européen, nous vous demandons de prendre en compte les intérêts majeurs liés au degré d’exigence de la qualification des infirmiers de demain sur le territoire de l’Union Européenne. Le socle de 12 années avec l’obtention du baccalauréat ou équivalent est indispensable.

En vous remerciant très sincèrement d’avoir porté attention à notre profession, je vous prie d’agréer Madame, Monsieur le Député, l’expression de ma considération distinguée.

Notes

  1. Delamaire, M. et G. Lafortune (2010), « Les pratiques infirmières avancées : Une description et évaluation des expériences dans 12 pays développés », Éditions OCDE.
  2. Aiken, L. H., Clarke, S.P., Cheung, R.B., Sloane, D.M., Silber, J.H., (2003). Educational Levels of Hospital Nurses and Surgical Patient Mortality. Journal of the American Medical Association. 290 (12), 1617-1623.
  3. SIDIIEF (Secrétariat International des Infirmières et Infirmiers de l’Espace Francophone) dans son mémoire adopté le 26 mai 2011 et intitulé « La formation universitaire des infirmières et infirmiers : une réponse aux défis des systèmes de santé ».


Présidente de la Coordination Nationale Infirmière
http://www.coordination-nationale-infirmiere.org

Publicité

Commentaires (3)

quichou13

Avatar de l'utilisateur

72 commentaires

#3

alerte

"La CNI s’associe à cette initiative et partage les recommandations du SIDIIEF, du CEFIEC, de la FNESI,de l’ANPDE et du CEEPAME qui vous ont déjà alerté" ....
A noter que le collectif nibonnes ninonnes nipigeonnes aussi a alerté et envoyé un courrier a chaque député francais et europeen le 6janvier.....

la fée calôme

Avatar de l'utilisateur

45 commentaires

#2

Une fois de plus, du grand n'importe quoi.

Une fois de plus, du grand n'importe quoi.

On ne peut à la fois revendiquer d'intégrer une formation infirmière tricolore dans un système universitaire européen sous prétexte des accords "Bolognaise", et reprocher à ce système universitaire européen d'évoluer (dans le bon et/ou le mauvais sens). Fallait réfléchir avant !
D'autant plus qu'au niveau national, la licence infirmière on l'attend toujours : MDR.

A force de vouloir "péter plus haut que son cul" voilà ce qui arrive :)

Iserys

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#1

Retour vers le futur?

Cet amendement n'est absolument pas dans la logique de la réforme des études d'accès au DEI!! ce serait même plutôt l'inverse... Alors qu'on tente de faire valoir nos compétences, de faire mieux reconnaître notre profession (et ces mesure s'avèrent déjà insuffisantes, puisqu'on nous parle de transferts de compétences médicales sans pour autant proposer quelque revalorisation salariale que ce soit), faire passer cette proposition serait à mon sens un retour en arrière catastrophique pour notre profession...

Espérons que les eurodéputés seront sensibles aux arguments de la CNI et des syndicats!