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A la télé : "Nous les soignants, on n'est plus que deux bras et deux jambes"

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Compétences infirmières

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Son post avait fait le buzz sur les réseaux sociaux, Mathilde Basset, infirmière dans un centre hospitalier en Ardèche, a rendu sa blouse et a décidé d'expliquer pourquoi via facebook. Elle a été l'invitée de l'émission Dimanche en politique sur France 3 Auvergne Rhône-Alpes afin de témoigner du mal-être général des professionnels de santé. Mais comment en est-on arrivé là ? Jean-Louis Touraine, député (LREM), professeur de médecine et Gilles Herreros, spécialiste des organisations, étaient également présents pour apporter quelques éléments de réponse.

Dans sa lettre ouverte adressée directement à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, une jeune infirmière décrivait son quotidien devenu trop lourd à porter au point qu'elle ait décidé de quitter ce radeau de la méduse, après seulement un an et demi d'exercice. Publié sur facebook, le texte a été liké plus de 20 000 fois et très largement partagé. La professionnelle de santé y évoque son travail au service d'urgence où elle a d'abord été affectée avant de descendre d'un étage, « direction l'EHPAD de l'hôpital ».

Je bacle et j'agis comme un robot en omettant volontairement les transmissions de mes collègues que je considère comme les moins prioritaires pour aller à l'essentiel auprès des 99 vies dont j'ai la responsabilité.

Invitée sur le plateau de l'émission Dimanche en politique le 18 janvier, elle revient sur son expérience en tant que soignante, ses désillusions et son découragement. Un EHPAD, c'est un lieu de vie pour personnes âgées où les blouses blanches, infirmiers ou aides-soignants, sont censées être en mesure de communiquer avec les résidents. La jeune femme affirme avoir été particulièrement choquée par la disparition de l'aspect relationnel du métier d'IDE. Nous les soignants, on n'est plus que deux bras, deux jambes qui venons apporter des médicaments ou remettre au propre un pansement.

Il y a une attractivité insuffisante pour que tous les postes soient occupés.

La situation est particulièrement difficile dans certains établissements

personne âgée hopital sonnette

Après sa lettre adressée à la ministre des Solidarités et de la Santé, Mathilde Basset est intervenue sur le plateau de Dimanche en politique pour dénoncer le manque de personnel et de la déshumanisation des soins.

Le système est en crise, mais le problème a-t-il pris la même ampleur partout ? Apparemment, non. J'ai exercé dans deux autres EHPAD. Là aussi, il y avait des choses à revoir mais on pouvait échanger avec les résidents. Un point de vue que semble partager Jean-Louis Touraine, médecin et vice-président de la Fédération Hospitalière de France. Il souligne d'importantes disparités au niveau de la charge de travail : certains endroits sont soumis à un excès de travail considérable qui génère ces troubles psycho-sociaux évoqués, et d'autres endroits où la charge de travail est plus modeste.

Il pointe également du doigt l'écart entre les postes budgétés et ceux qui sont réellement pourvus. Les effectifs officiels ne correspondraient pas toujours au nombre de personnes sur le terrain. Une véritable problématique selon l'ancienne infirmière : on était 5 ou 6 infirmières en tout sur le planning mais une était en congé maladie et une autre en congé maternité. Elles n'ont pas été remplacées compte-tenu des budgets insuffisants. Si, d'après J-L Touraine, on ne vit pas la pire période de notre histoire, la situation demeure plus que préoccupante. Il y a une attractivité insuffisante pour que tous les postes soient occupés.

Alors quand on n'a plus de mots, à quand les actes ?

Rationaliser les hôpitaux : oublier ce qu'est la fonction publique

C'est au début des années 1980 que tout commence : on met en place un système qui consiste à comptabiliser les actes, explique Gilles Herreros, enseignant à Lyon II et expert des systèmes d'organisations. Puis, on commence à mesurer les performances des établissements en attribuant des points selon les actes effectués. La démarche s'accélère dans les années 1990, avec le T2A, une étape supplémentaire est alors franchie : chaque établissement se verra attribuer un budget en fonction des actes accomplis. Un processus qui engendre une logique économique où l'on optimise les actes mais où l'on oublie en peu le principal : l'accompagnement du malade. On sort de la logique du service public !

On a une contradiction entre un discours managérial tout a fait sympathique qui parle d'optimiser la qualité des soins, d'améliorer les performances ou de réduire les infections nosocomiales… Sauf que cette démarche enferme les activités dans des contraintes et des normes qui ne sont pas réalisables, clarifie-t-il. Avec l'arrivée des nouvelles gouvernances dans les années 1990-2000, le problème s'intensifie. Quoi de plus noble que de vouloir gouverner autrement en réintroduisant les patients ? Mais du coup, on rassemble des services, on créé des pôles. On est toujours dans la même logique de mutualisation, ce qui engendre la réduction du personnel (...) On demande une plasticité aux gens que l'on balade d'une discipline à une autre.

La logique de l'hôpital-entreprise, on le sait, on l'a dit, on le rabâche, c'est en contradiction avec le fait de prendre soin. Alors quand on n'a plus de mots, à quand les actes ? Pour l'instant, Mathilde Basset n'a eu aucun retour d'Agnès Buzyn qu'elle a pourtant interpellé publiquement fin décembre. Elle espère toujours.

L'émission a été diffusée en direct sur facebook le 18 janvier à 16h, puis à l'antenne de France 3 Auvergne Rhône-Alpes le dimanche 21 janvier à 11h.

Une journée de mobilisation est prévue le 30 janvier afin d'attirer une fois encore l'attention des pouvoirs publics sur la situation des EHPAD qui ne cesse d'attendre des réponses, pourtant urgentes

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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