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Nouveau Coronavirus : comment gagner la bataille ?

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La décennie qui démarre nous offre une opportunité inédite de suivre en temps quasi réel l’émergence d’un nouveau virus à potentiel épidémique, appelé nCoV 2019. Cela peut paraitre à la fois passionnant, inquiétant ou déroutant selon son niveau d’information et son profil de personnalité, le tout combiné à l’évolution des faits et de leur traitement médiatique. L’émergence du nouveau Coronavirus pose à chacun, professionnels et grand public, un challenge que l’on peut relever. Notre organisation et nos moyens sont parfaitement adaptés et évolutifs mais les comportements et les réflexes de prévention se doivent encore de progresser. On ne maîtrise pas le risque infectieux, d’aujourd’hui et de demain, sans engagement citoyens et sans solidarité.

coronavirus chinois

Jugé faible au départ, la capacité de transmission interhumaine a été revue à la hausse avec un R0, à savoir le nombre moyen de cas secondaires survenant à partir d’un cas index, estimé à 4 dans les analyses les plus récentes. Ce chiffre place cette pathologie au même niveau de contagiosité que le SRAS ou, plus ancien, que la fameuse grippe espagnole de 1918.


Le 31 décembre 2019, l’OMS a été informée par les autorités chinoises d’un épisode de cas groupés de pneumonies dont tous les cas avaient un lien avec un marché d’animaux vivants dans la ville de Wuhan, en Chine, le Huanan South China Seafood Market. Le 9 janvier 2020, un nouveau coronavirus (2019-nCoV) a été identifié comme étant la cause de cet épisode. Le marché a été fermé et désinfecté le 1er janvier, mais la source d’infection n’a pas été formellement identifiée à ce jour. 

Cet épisode viral de quasi téléréalité nous vient de l’expérience des précédentes crises dont celle d’une autre Coronavirus d’origine animale, à l’origine de l’épidémie de SRAS en 2002. Cette fois, les autorités Chinoise ont joué la carte de la transparence et de la communication très précoce si bien que chacun a pu cheminer autour des interrogations sur la nature de l’agent infectieux, sa source, le mode de contamination et de transmission et la gravité de la maladie associée. On a découvert qu’il s’agissait d’un nouveau Coronavirus transmis à partir d'un réservoir animal, encore non identifié avec certitude. On a constaté avec la survenue de cas chez des professionnels de santé et dans des environnements familiaux que le virus avait évolué avec une capacité de transmission interhumaine. Jugé faible au départ, elle a été revue à la hausse avec un R0, à savoir le nombre moyen de cas secondaires survenant à partir d’un cas index, estimé à 4 dans les analyses les plus récentes. Ce chiffre place cette pathologie au même niveau de contagiosité que le SRAS ou, plus ancien, que la fameuse grippe espagnole de 1918. On sait que l’incubation de la maladie va de 2 à 14 jours et que le virus se transmet par voie respiratoire, directement ou indirectement, selon les mêmes modalités que le virus de la grippe.

Avec 5974 personnes touchées et 131 morts, le nombre d'infections en Chine dépasse celui du Sras

Le Lancet a publié le 24 janvier dernier les résultats de l’investigation d’une épidémie à transmission intrafamiliale. On y voit que dans les symptômes d’alerte, la diarrhée peut être fréquente, que le port du masque chirurgical a une évidente vertu protectrice et que la période d’incubation peut être fréquemment assez courte entre 3 et 6 jours. Le virus est essentiellement présent dans les voies aériennes supérieures, a été isolé une fois ici dans un sérum et jamais dans les selles. Au fil de l’épidémie, les connaissances vont évidemment continuer à évoluer très régulièrement. Survenu dans un milieu urbain très dense, on vu le nombre de cas passer rapidement de quelques dizaines à près de 3 000 aujourd’hui. En parallèle, la mortalité initiale a été revue à la baisse pour être estimée autour de 3% contre par exemple 10% pour le SRAS. Le risque d’issue fatale est évidemment nettement accru chez les sujets porteurs de pathologies cardio-respiratoires sévères.

En termes de contrôle de l’infection, les autorités chinoises ont pris des mesures d’une ampleur inédite avec la mise en quarantaine de dizaine de millions de personnes et on ne peut qu’être admiratif de la discipline et du sang froid de ces populations dont on aimerait savoir faire montre si une telle situation venait à advenir chez nous.
Pour le moment, on en est très loin et l’alerte chinoise précoce a permis à tous les autres pays d’anticiper l’arrivée de patients potentiellement infectés. C’est le cas en France avec l’identification rapide des trois premiers cas chez des personnes revenant de la province chinoise de Wuhan.

Wuhan, ville épicentre du coronavirus, coupée du monde

En Chine, les autorités ont pris des mesures de sécurité drastiques pour éviter que le coronavirus ne se propage. Depuis le 23 janvier, Wuhan, ville épicentre du coronavirus, est coupée du monde. La circulation des véhicules est interdite. Il règne ici un silence étonnant pour une ville de 11 millions d'habitants, sauf à certains endroits ou des haut-parleurs invitent les gens à se rendre à l'hôpital s'ils ont de la température, rapporte le correspondant Arnauld Miguet, envoyé spécial de France 2 depuis Wuhan. Quant aux expatriés français qui vivent dans la zone de l'épidémie en Chine, ils vont pouvoir être rapatriés en milieu de semaine, a annoncé le gouvernement.

Quatre patients infectés hospitalisés : l'un à Bordeaux, les trois autres à Paris

Le chef du service des maladies infectieuses au CHU de Bordeaux a donné des nouvelles rassurantes du patient touché par le coronavirus, hospitalisé dans cet hôpital. Il souffre toujours de "fièvre" et de "toux", mais son état est stable. Âgé de 48 ans, ce Français d'origine chinoise s'était rendu à Shanghai et à Wuhan, le fief de l'épidémie, en Chine, pour rendre visite à sa famille. J'ai encore de la fièvre et je tousse plus qu'hier, rapporte le patient lui-même dans les colonnes du journal Sud-Ouest qui affirme avoir confiance dans l'équipe médicale qui prend soin de lui. Ici, toutes les personnes qui entrent sont en combinaison, avec des masques, des gants et des lunettes. Nous n'avons aucun contact physique, raconte-t-il, ajoutant qu'il n'a aucun traitement mis à part du Doliprane pour faire baisser sa fièvre. En effet, à ce jour, aucun traitement spécifique n’a été identifié pour ce nouveau coronavirus, le traitement est symptomatique. Actuellement, plusieurs traitements sont en cours d’évaluation par l’OMS avec la participation d’experts français.

À l'hôpital Bichat, établissement de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, le chef du service des maladies infectieuses et tropicales, le Pr Yazdan Yazdanpanah, a fait un point de situation le 25 janvier sur les premiers cas détectés : deux patients qui vont bien.

Dernier cas annoncé par les autorités françaises, le 28 janvier : il s’agit d’un touriste de 80 ans qui est originaire de Hubei en Chine, épicentre du virus. Il est hospitalisé à Paris, en réanimation dans un état grave.

Un système de santé français rodé...

Rappelons que le système français de gestion des émergences infectieuses à risque épidémique est rodé et s’articule autour de Santé Publique France. Cette agence de l’état est chargée de mettre à jour les définitions des patients suspects et d’organiser le suivi des cas et de leurs contacts potentiels. Une page internet dédiée permet de trouver les documents les plus actualisés.

En milieu de soins, l’organisation initiale se fait autour des Etablissements de santé de référence (ESR) qui maillent notre territoire national. C’est en leur sein que seront hospitalisés les premiers cas suspects puis avérés. Ils sont dotés de chambres à pression négative empêchant la diffusion extérieure du virus via l’air. Les équipes de soins appliqueront des précautions complémentaires contact et air, correspondant au niveau de sécurité maximale adopté par la France pour toute émergence de virus respiratoire. Une adaptation à la baisse, avec un passage des précautions air vers gouttelettes, sera ensuite faite si nécessaire lorsque l’on connaitra sans ambiguïté les modalités de transmission du virus. Certains pays ont choisi d’appliquer d’emblée des précautions gouttelettes.

En milieu de soins, hors ESR, si un patient suspect se présente, il conviendra donc de lui faire mettre un masque chirurgical immédiatement, de le conduire ensuite dans un lieu isolé avant de procéder en lien avec le Centre 15 à l’évaluation précise du risque. Les professionnels qui auront à le prendre en charge adopteront des précautions contact et air avec le port d’un masque de protection respiratoire de type FFP2. Pour les soignants de première ligne, le COREB a édité une fiche de mesures spécifiques adaptée à la situation.

L’enjeu fort de l’épisode se situe dans la population générale et, à cette fin, le gouvernement a ouvert une page dédiée à l’intention de nos compatriotes. La première notion réside dans le fait que si on vient de la zone à risque depuis moins de 14 jours et que l’on présente des symptômes compatibles avec l’affection il ne faut surtout pas se déplacer vers un service d’urgences ou un cabinet médical mais rester chez soi et appeler le centre 15. C’est un concept qu’il revient à chaque soignant de faire connaitre le plus largement possible.

Dans l'Hexagone, l'organisation médicale est stricte. Les patients suspectés de porter un tel virus sont placés en isolement dans des chambres destinées à faire face aux risques épidémiques biologiques (REB). Elles sont dotées de sas et de circuits à pression négative afin que l'air ne filtre pas à l'extérieur.

Après, l’application d’une bonne hygiène respiratoire est plus que jamais nécessaire avec le début concomitant de l’épidémie de grippe sur notre territoire. Là encore, l’assurance maladie propose des outils de communication parfaits pour diffuser les bons messages et acquérir les bons réflexes. Le port du masque chirurgical doit devenir culturel pour toute personne ayant une toux et de la fièvre dans l’attente d’en connaitre l’origine exacte et l’ARS de Nouvelle Aquitaine a développé depuis plusieurs mois une campagne très percutante à ce propos.

Pour tester l’aptitude de nos concitoyens à adopter un comportement responsable vis-à-vis de ce risque infectieux, il faut leur rappeler aussi que la campagne de vaccination antigrippale n’est pas encore close. C’est un impératif pour tous les sujets à risque, qui sont les mêmes que ceux qui ont des probabilités plus élevées de complications graves d’une contamination par le nouveau Coronavirus. Mais plus globalement, si ce n’est pas encore le cas, chacun doit se faire rapidement vacciner contre la grippe saisonnière avec 4 bénéfices escomptés : se protéger,  protéger les autres, ne pas saturer encore plus les urgences, faciliter le diagnostic différentiel avec le nouveau Coronavirus.

Au total, l’émergence du nouveau Coronavirus pose à chacun, professionnels et grand public, un challenge que l’on peut relever. Notre organisation et nos moyens sont  parfaitement adaptés et évolutifs mais les comportements et les réflexes de prévention se doivent encore de progresser. On ne maitrise pas le risque infectieux, d’aujourd’hui et de demain, sans engagement citoyens et sans solidarité. Les infirmiers sont au cœur du maillage en santé de notre territoire pour diffuser les bons messages et montrer les bons exemples à une population qui leur fait très majoritairement une grande confiance.

Les établissements hospitaliers, médico-sociaux et les professionnels de santé libéraux ont été sensibilisés sur la situation et les recommandations dès le 14 janvier.

Pierre Parneix
Médecin de Santé publique et d’hygiène hospitalière
CHU de Bordeaux
pierre.parneix@chu-bordeaux.fr
peyo3319

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