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Obésité et Covid-19 : quelles recommandations et quelle prise en charge ?

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Epidémiologie

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La population en situation d’obésité (c’est-à-dire présentant un IMC supérieur ou égal à 30 kg/m2), soit 8 millions de personnes en France, figure parmi les personnes les plus vulnérables à l’épidémie de Covid-19. Pour accompagner les professionnels libéraux et hospitaliers dans la prise en charge de ces patients plus vulnérables, la direction générale de la santé a créé une fiche d’informations et de recommandations.

"Parmi les dernières données disponibles, une étude menée par les équipes du CHRU de Lille montre ainsi que plus de 47 % des patients infectés entrant en réanimation sont en situation d’obésité et que l’obésité augmente significativement le risque d'être placé sous respiration mécanique invasive".

Toutes les réanimations en France constatent une proportion très importante de patients en surpoids ou obèses, soulignait sur France 2 le docteur Matthieu Schmidt, médecin réanimateur de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Parce que les personnes obèses représentent 47% des patients infectés admis en réanimation selon une étude du CHRU de Lille, le ministère des Solidarités et de la Santé a émis, le 20 avril, une fiche destinée aux professionnels de santé libéraux et hospitaliers concernant la prise en charge de ces patients davantage à risque face à l’épidémie.

En France, 8 millions de personnes sont concernées par l’obésité. Elles ont des risques de complications en raison des comorbidités (diabète, hypertension artérielle, maladies cardiovasculaires et respiratoires), mais aussi indépendamment de celles-ci ; l’obésité augmente en effet le risque d’être placé sous respiration mécanique invasive, indépendamment de l’âge du patient. C’est dans ce contexte que le ministère a émis des recommandations tant pour la prise en charge de ville que dans les établissements de santé. Des préconisations qui s’appuient sur l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique (ce dernier estime que sont considérées à risque de Covid-19 grave les personnes présentant un IMC > 40, mais aussi en cas d’obésité avec un IMC>30 kg/m2 , compte tenu de l’expérience de terrain des réanimateurs), et de la Haute Autorité de Santé (HAS).

Les personnes présentant une obésité morbide (IMC > 40 kg/m2), par analogie avec la grippe A (H1N1), mais aussi une obésité avec IMC > 30 kg/m2sont reconnues à risque de formes graves de Covid-19 dès lors qu’elles en présentent des symptômes évocateurs.

Un dispositif dérogatoire pour les arrêts de travail

Le respect d’un confinement strict et des mesures barrières est particulièrement indispensable pour les personnes en situation d’obésité, surtout s’il existe dans leur entourage un cas Covid-19 suspect ou avéré, souligne le ministère. Au-delà du rappel de l’importance de la plus grande prudence, la fiche diffusée par le ministère souligne qu’un dispositif dérogatoire des arrêts de travail a été mis en place pour permettre aux personnes ayant un risque de développer une forme grave d’infection d’en bénéficier à titre préventif.

Less personnes en situation d’obésité (…) font partie des populations prioritaires pour accéder aux tests virologiques de diagnostic en cas de suspicion, conformément à l’avis HCSP du 31 mars.

Les personnes obèses, et les hommes plus vulnérables face au Covid-19

Des statistiques britanniques sur les malades du Covid-19 traités en soins intensifs confirment ce phénomène : 73% sont des hommes et 73,4% sont en surpoids ou obèses. Ce décompte établi au 3 avril par l'organisme indépendant ICNARC, suggère que les malades en surcharge pondérale ont sensiblement moins de chance de sortir vivant de leur passage en soins intensifs : 42,4% des malades obèses (indice de masse corporelle supérieur à 30) survivent contre 56,4% pour ceux de poids moyen ou faible (IMC inférieur à 25).

De même le sexe masculin semble un facteur de moins bon pronostic : 55,4% des femmes survivent, contre moins de la moitié pour les hommes (47,8%), d'après ces données portant sur environ 2 200 patients d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Irlande du Nord, admis en soins intensifs.
Pour la surreprésentation des personnes en surcharge pondérale, l'explication la plus immédiate est la fréquence nettement accrue des cas de diabète et d'hypertension parmi les sujets obèses.

Or, tension élevée et diabète sucré sont deux facteurs aggravants pour le Covid-19, clairement identifiés aussi bien en Chine qu'en Italie, ainsi que l'âge et, dans une moindre mesure, les maladies cardiovasculaires et cérébrovasculaires. Cette caractéristique augure mal de l'épidémie aux Etats-Unis, où plus d'un adulte sur trois souffre d’obésité et où le nouveau coronavirus a déjà fait plus de 54 000 morts depuis le début de l’épidémie.

Des sites ressources pour les professionnels

Par ailleurs, le ministère recommande de maintenir la continuité des soins et du suivi de la prise en charge de l’obésité hors Covid-19, et recense également plusieurs outils à disposition des professionnels de santé pour les aider dans la prise en charge en cas d’infection au Covid19, comme le site Coronaclic, proposé par le collège de la médecine générale.

Continuité des traitements, importance de l’activité physique y compris pendant le confinement et conseils nutritionnels, le ministère rappelle également l’existence d’un livret de conseils pour les personnes en situation d’obésité, à l’initiative de l’Association Française d’Etude et de Recherche sur l’Obésité (AFERO).

Enfin, les 37 centres spécialisés de l’obésité, répartis sur tout le territoire, peuvent également être contactés par tout professionnel de santé qui aurait besoin d’avis ou d’une aide pour le suivi d’un patient.

Pour en savoir plus

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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