INFOS ET ACTUALITES

Là où il y a du gène, il y a de l'empathie !

Cet article fait partie du dossier:

Compétences infirmières

    Précédent Suivant

Il est naturel de penser que savoir faire preuve d'empathie serait dû à son éducation ou à son vécu personnel. Et bien pas seulement… D'après des recherches récentes, l'empathie ne serait pas seulement liée à notre environnement mais aussi à nos gènes !

enfant hospitalisé docteur

Une partie des disparités du degré d'empathie entre les individus serait d'origine génétique.

Être sans gène, c'est être sans empathie ? C'est du moins ce que suggère l'étude réalisée par des chercheurs de l'Institut Pasteur et du CNRS qui vient d'être publiée dans la revue Translational Psychiatry le 12 mars 2018. En effet, si l'expérience personnelle et notre environnement joueraient un rôle, il ne faut pas sous-estimer les prédispositions génétiques dans ce domaine. Apparemment certaines variations dans notre ADN influencent de manière significative notre degré d'empathie et l'intérêt que l'on porte aux autres.

Si l'empathie est déjà primordiale dans les relations humaines en général, elle est d'autant plus importante pour les professionnels de santé. Ce mot représente, à lui seul, la faculté de reconnaître les pensées et les sentiments d’autrui, et celle d’y apporter une réponse émotionnelle adaptée. Dans le premier cas, les sociologues parlent d’« empathie cognitive », et dans le second, d’« empathie affective », mais les deux sont nécessaires dans une relation soignant/soigné.

Le QE, première évaluation du niveau d'empathie

C'est à l'Université de Cambridge que le Quotient Empathique ou EQ a été mis au point il y a une quinzaine d'années. Il s'agit d'une mesure qui permet d'évaluer les deux types d'empathie chez une personne. Les chercheurs de l'époque avaient d'ores et déjà pu constater des variations non négligeables du niveau d'empathie chez les individus. Ils avaient notamment remarqué que les femmes s'avéraient, en moyenne, plus empathiques que les hommes. Les tests effectués sur les personnes autistes ont, quant à eux, démontré que si ces personnes rencontraient des difficultés au niveau de l'empathie cognitive, leur empathie affective pouvait demeurer intacte.

Les gènes n’expliquent qu’un dixième de la variation du degré d’empathie entre les individus, les facteurs non génétiques sont aussi essentiels.

Les gènes sont responsables pour un dixième de notre taux d'empathie

A présent, une équipe de chercheurs de l'Université de Cambridge, de l’Institut Pasteur, et du CNRS publie les résultats de la plus grande étude génétique menée sur le sujet. Ils ont analysé les données de plus de 46 000 personnes qui ont complété le questionnaire EQ en ligne et fourni un échantillon de salive afin d'effectuer des analyses génétiques.  

Et surprise :  notre taux d'empathie est clairement associé à certains gènes. Varun Warrier, un des auteurs, modère ces propos car l'impact de notre ADN serait limité. Les gènes n’expliquent qu’un dixième de la variation du degré d’empathie entre les individus, les facteurs non génétiques sont aussi essentiels. Il reste toutefois enthousiaste quant à cette découverte : nous franchissons une étape majeure dans la compréhension du rôle joué par la génétique dans l’empathie.

Par exemple, si les observations confirment que la gent féminine fait davantage preuve d'empathie, ce ne serait nullement lié à des disparités génétiques ! En effet, si les femmes ont présenté un EQ plus élevé, les scientifiques n'ont noté aucune divergence génétique entre les deux sexes. Cette différence proviendrait donc d'autres facteurs tel que la socialisation ou les influences hormonales notamment prénatales (qui sont des facteurs biologiques non génétiques).

Découvrir qu’une fraction de nos différences en termes d’empathie relève de facteurs génétiques, nous aide à comprendre les individus comme les autistes

Les facteurs génétiques en cause chez les autistes

En parallèle, les chercheurs ont constaté que les variants génétiques associés à une plus faible empathie sont également corrélés à un risque plus élevé d’autisme. Pour le Pr Simon Baron -Cohen, un autre membre de l'équipe, découvrir qu’une fraction de nos différences en termes d’empathie relève de facteurs génétiques, nous aide à comprendre les individus comme les autistes, qui ont du mal à imaginer les sentiments et les émotions des autres. Ce qui, selon lui, peut devenir aussi invalidant que n’importe quel autre handicap.

Si ces résultats sont éclairant pour mieux comprendre les origines de l'autisme, il reste encore du chemin à faire. Les scientifiques ont mis en évidence le rôle de la génétique, mais ils n'ont pas identifié les gènes en question et ignorent dans quelle mesure ils ont un impact sur le phénomène d'empathie. Pour le Pr Thomas Bourgeron, un des auteurs, les recherches vont se poursuivre : la prochaine étape consistera donc à étudier un nombre encore plus grand de personnes afin de répliquer ces découvertes et d’identifier les voies biologiques associées aux différences individuelles en matière d’empathie.

Creative Commons License

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

Retour au sommaire du dossier Compétences infirmières

Publicité

Commentaires (0)